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Que veulent dire les imminents nouveaux tarifs américains pour…

Les négociations commerciales entre le Canada et les États-Unis approchent de l’ultimatum fixé par le président américain, Donald Trump. Si aucun accord n’est trouvé avant minuit, des droits de douane de 50 % seront imposés dès mercredi sur une multitude d’exportations canadiennes.

Sont notamment visés le bois d’œuvre, le ciment, les meubles, les vins et boissons alcoolisées, les produits de papier et de carton. Des produits plus nichés, comme le miel, les bulbes de tulipes, les huiles essentielles, les bâtonnets à crème glacée ou les bâtons de hockey, sont également dans la mire des négociateurs américains.

En revanche, l’énergie, la potasse, les minéraux critiques et le poisson ne seraient pas soumis à ces nouvelles barrières douanières.

En lançant cette nouvelle offensive le mois dernier, le président américain avait estimé que les États-Unis étaient victimes des contre-mesures mises en place par le Canada en réponse aux droits de douane qu’il avait lui-même imposés.

Qu’est-ce qui est sur la table des négociations ?

La gestion de l’offre dans l’industrie laitière fait partie des principaux motifs d’irritation pour les États-Unis, qui se disent victimes de « discrimination » sur le marché canadien. C’est l’administration des quotas et non la quantité de quotas qui est en jeu, explique Patrick Leblond, professeur à l’École supérieure d’affaires publiques et internationales de l’Université d’Ottawa.

Les entreprises responsables de l’importation de produits laitiers au Canada sont souvent elles-mêmes des transformateurs. « Ce sont des concurrents, mais ils contrôlent les produits étrangers qui entrent. […] Les Américains voudraient que ce soient les détaillants qui aient la possibilité d’avoir ces quotas et d’importer directement. »

Washington reproche également à Ottawa le retrait de l’alcool américain des tablettes par plusieurs provinces, ainsi que les droits de douane et quotas imposés sur les véhicules américains.

Selon CBC, Ottawa tenterait de persuader les provinces de lever leurs restrictions sur l’alcool américain. En ce qui concerne le secteur automobile, les négociateurs américains proposeraient de réduire les droits de douane de 25 % à 12,5 %. Cette offre ne serait toutefois pas suffisante pour Ottawa, prévient Yan Cimon, professeur de stratégie à l’Université Laval.

« Le Canada a raison parce que c’est une industrie manufacturière stratégique pour le pays d’une part ; d’autre part, c’est une industrie intégrée avec les États-Unis, donc les tarifs font aussi mal aux constructeurs américains, quoi qu’en dise le gouvernement Trump. »

Enfin, Washington réclame un accès privilégié aux minéraux critiques canadiens.

Faut-il s’inquiéter ? L’économie canadienne est-elle menacée ?

Pour M. Cimon, de l’Université Laval, ce n’est pas le moment de paniquer.

« Peut-être que, cette fois, le fameux TACO [ “Trump Always Chickens Out”, “Trump se dégonfle toujours”] ne fonctionnera pas. Et quoi qu’il en soit, le Canada doit être prêt à faire face à toute éventualité », prévient l’expert.

Les nouveaux tarifs seraient imposés sur 20 à 25 milliards de dollars de produits canadiens, ce qui représente environ 2,5 % des exportations canadiennes.

« Pour certaines entreprises, ça pourrait faire très mal, souligne Patrick Leblond. Mais pour l’ensemble de l’économie, ce n’est pas quelque chose qui est majeur. »

D’autant plus que le Canada a déjà montré qu’il a des outils pour encaisser le coût, rappelle M. Cimon, qui cite le soutien apporté par la Banque de développement du Canada aux secteurs de l’acier, de l’aluminium et du cuivre.

« Est-ce que ce sont des outils qui permettront de passer à travers un soubresaut important ou une tempête ? La réponse est oui. »

Est-ce l’arrêt de mort de l’ACEUM ?

« Pour moi, le libre-échange en Amérique du Nord est mort », lance Patrick Leblond. Les tarifs que les États-Unis menacent d’imposer contreviennent à l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).

Et même si le Canada décidait de porter plainte auprès du mécanisme de règlement des différends de l’ACEUM et obtenait gain de cause, il y a fort à parier que la situation demeurerait la même. « Si les Américains ne veulent pas respecter le droit, qu’est-ce qu’on peut faire ? On n’est plus dans une ère de traités, d’accords, de droit international. On est dans une ère de pouvoir. »

Cependant, Yan Cimon croit que le Canada devrait faire tout ce qui est en son pouvoir pour protéger l’ACEUM.

« Le Canada ne doit pas agir comme si l’ACEUM n’existait plus, avance-t-il. Il doit travailler pour préserver l’accord et surtout préserver l’accès au marché américain. Si l’ACEUM disparaissait, ce sera très difficile à la fois pour le Canada, mais aussi pour les États-Unis. »

Comment le Canada devrait-il réagir ?

Pour Patrick Leblond, le Canada ne doit pas faire trop de concessions aux Américains. « La grande question est : “Jusqu’à quel point on veut se lier aux Américains, lier notre souveraineté et notre sécurité économique à encore possiblement plus de pressions américaines dans le futur ?” »

Même si un accord est trouvé, rien ne garantit que les États-Unis ne reviendront pas à la charge, croit-il. « Au contraire, ils vont dire : “Regardez, notre stratégie marche. […] Alors, on va en demander encore plus.” »

Selon Yan Cimon, le Canada doit continuer de trouver les points de pression les plus efficaces, comme l’alcool. Et ce, même si les Américains affirment qu’ils ne toléreront pas de réponse de la part du Canada.

« Si on devait riposter, il ne faudrait pas riposter tous azimuts comme certains premiers ministres provinciaux le suggèrent. »

Le Canada devrait avancer prudemment, mais de manière déterminée. « Actuellement, le partenaire prévisible, rationnel, c’est le Canada. Il faut garder cet avantage-là. En plus, ça vient nous donner une légitimité supplémentaire auprès de nos autres partenaires commerciaux. »

Ces négociations peuvent-elles avoir des conséquences sur l’unité canadienne ?

Avec ces tarifs, les États-Unis ciblent particulièrement le Québec, l’Ontario et la Colombie-Britannique, alors que l’Alberta et la Saskatchewan sont relativement épargnées, analyse Patrick Leblond. « Il y a une approche de mieux diviser pour régner. »

Le gouvernement Trump cherche à accentuer les divisions au sein de la fédération canadienne. « Ça fait partie de leur stratégie de limiter la solidarité canadienne et donc le pouvoir de négociation du gouvernement fédéral. »

Pour Yan Cimon, s’il s’agit véritablement d’une stratégie, elle repose sur une mauvaise connaissance de la réalité canadienne. « À l’intérieur du Canada, il n’y a pas de débat sur les compétences provinciales parce qu’elles sont reconnues par la Constitution. Dans un Canada fédéral, ce type de libertés [comme celle des provinces d’autoriser ou non la vente d’alcool américain], c’est normal pour les Canadiens. »

Pour le professeur, ce serait probablement une erreur de calcul de la part des Américains que de penser que les tarifs pourraient avoir des répercussions sur l’équilibre du Canada.

« Les médias MAGA ont tendance à voir ce qui se passe au Québec ou en Alberta comme quelque chose de hors norme pour notre pays. Ils ont tendance à le surinterpréter. »