Chronique des matières premières - Quand les quotas chinois bouleversent le commerce mondial du bœuf
Après l'Australie, le Brésil a atteint à son tour son quota d'exportation annuel de viande de bœuf sur le marché chinois. Résultat : la viande brésilienne se voit désormais surtaxée. La Chine avait imposé la mesure au début de l'année pour protéger sa filière de production.
À partir du 1er octobre, le bœuf brésilien se voit fermer la porte du marché chinois jusqu'à la fin de l'année et la réinitialisation des quotas d'exportation. Selon les chiffres du ministère chinois du Commerce, depuis janvier, le Brésil a exporté plus d'1,1 million de tonnes de viande de bœuf. Désormais, la viande de bœuf provenant du Brésil sera visée par des droits douanes de 55% qui s'ajouteront aux droits de douane existants.
Brasilia s'était préparée à cette échéance et certains transformateurs de viande avaient déjà commencé à licencier des employés ou à les mettre en congé collectif pour s'adapter à la baisse de la demande à l'approche du seuil maximal d'exportations autorisé par la Chine.
Une concurrence accrue sur les marchés de report
Le Brésil va donc devoir trouver des marchés de report pour écouler son bœuf, tout comme les autres grands producteurs de viande bovine qui auront atteint leurs quotas d'exportations vers la Chine. Cela devrait logiquement accroître la concurrence entre pays producteurs sur les marchés importateurs, comme la Corée du Sud, le Vietnam, le Japon mais aussi la Russie.
Le Brésil, premier producteur mondial de viande bovine, peut néanmoins compter sur une viande compétitive sur un marché déjà tendu en raison, notamment, du réchauffement climatique qui pèse lourdement sur la filière.
Les importations américaines de bœuf en hausse de 19% sur un an
Les producteurs brésiliens peuvent également compter sur les États-Unis, où la filière bovine connaît une crise sans précédent. La production américaine chute depuis 40 ans. Résultat : des prix en nette hausse. En cinq ans, le prix du bœuf a augmenté de 50% aux États-Unis.
« Les États Unis importent plus qu'ils n'exportent. Ils ne produisent pas assez de bœuf et les prix sont élevés. Cela crée une situation paradoxale : Donald Trump a détaxé les importations de bœuf argentin car il veut faire baisser le prix de la viande sur le marché américain », explique Jean-Paul Simier, expert de la filière viande et co-auteur du rapport Cyclope sur les matières premières.
Les importations de bœuf argentin aux États-Unis ont ainsi augmenté de 500% au premier trimestre 2026. Le plafond annuel est passé de 20 000 tonnes à 100 000 tonnes. En août, Donald Trump a également annoncé l'importation de 300 000 tonnes de bœuf d'Argentine et du Brésil, destiné à produire de la viande hachée. Des produits qui ont bénéficié de droits de douane réduits. Objectif affiché par le gouvernement américain : importer de la viande maigre pour faire baisser le prix du steak haché américain, qui subit une forte inflation.