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Quand le sport extrême rencontre l'éclipse solaire : trois athlètes ont transformé 84 secondes en images historiques

Une éclipse solaire totale est déjà un spectacle hors norme. Mais lorsque des sportifs de haut niveau décident de synchroniser leur mouvement avec le passage de la Lune devant le Soleil, le phénomène astronomique devient soudain un terrain de jeu.

C'est ce qui s'est produit mercredi 12 août en Espagne.

Pendant quelques dizaines de secondes, la Lune a totalement masqué le Soleil au-dessus d'une partie du pays. Une éclipse particulièrement spectaculaire puisqu'elle s'est produite en fin de journée, avec un Soleil très bas sur l'horizon. Selon l'endroit, la totalité n'a duré que quelques secondes à près de deux minutes.

Trois athlètes ont notamment cherché à transformer cet instant impossible à reproduire en images : Mike Brewer en wingsuit, Danny León en skateboard et le Belge Tom de Dorlodot en parapente.

Red Bull Content Pool
Dani Román wing-suits past the total eclipse in Alarilla, Spain on August 12, 2026. // Noah Wetzel / Red Bull Content Pool // SI202608130014 // Usage for editorial use only // ©Noah Wetzel / Red Bull Content Pool

Mike Brewer : 240 km/h devant le Soleil noir

La réalisation la plus complexe est probablement celle imaginée par le photographe Noah Wetzel et le wingsuiter américain Mike Brewer, membre de la Red Bull Air Force.

À Alarilla, près de Madrid, Brewer s'est élancé à plus de 240 km/h, à seulement une quinzaine de pieds, environ 4,5 mètres, au-dessus d'un plateau montagneux.

Son objectif : traverser exactement devant l'éclipse.

À près de 1,5 kilomètre, Wetzel attendait avec un dispositif photographique particulièrement sophistiqué. Deux objectifs Canon de 600 mm étaient utilisés conjointement, tandis que trois systèmes de flashes sans fil avaient été installés au sol pour éclairer et figer le wingsuiter dans l'obscurité.

Et le temps disponible était dérisoire : 84 secondes de totalité.

L'image finale est le résultat de neuf mois de préparation et d'environ 600 heures de travail. Quatre productions de test ont été organisées avant le grand jour, dont une simulation à l'aube dans le désert de Moab, dans l'Utah.

Pour Brewer, le moment le plus intense est finalement arrivé après le cliché : lorsqu'il a ouvert son parachute, il savait que le projet avait fonctionné.

"Il n'y avait qu'une seule chance", expliquait-il après son atterrissage.

Wetzel, lui, considère cette image comme probablement l'un des projets les plus complexes de sa carrière.

Danny León : 30 secondes pour "le trick de sa vie"

Quelques centaines de kilomètres plus loin, un autre athlète tentait lui aussi de jouer avec l'alignement parfait entre un corps humain et le Soleil éclipsé.

À Novales, dans la province de Huesca, le skateur espagnol Danny León, olympien à Tokyo et Paris, a réalisé un trick au moment précis où la Lune recouvrait le Soleil.

L'image donne l'impression que le skateur flotte devant le disque noir de l'éclipse.

Là encore, rien n'a été laissé au hasard.

Le projet avait été préparé pendant des mois avec notamment le photographe Jose Ángel Izquierdo, alias JaiCano, le producteur et vidéaste Gonzalo González de Vega et l'équipe chargée de construire la rampe. La localisation et l'angle du Soleil avaient été calculés à l'avance afin que la trajectoire de León coïncide avec celle de l'éclipse.

Mais contrairement à Brewer, León ne disposait pas de 84 secondes.

Il n'avait qu'environ 30 secondes pour tenter sa chance.

Trois essais ont été réalisés. Un seul a été parfaitement synchronisé avec l'éclipse.

Et le résultat a immédiatement fait le tour du monde. La vidéo publiée par León a dépassé les 100 millions de vues en quelques jours, faisant de cette séquence l'une des images les plus virales de l'éclipse.

Le skateur a résumé l'expérience sur ses réseaux sociaux avec une formule particulièrement simple : "El truco de mi vida" — le trick de ma vie.

Tom de Dorlodot : l'éclipse vue depuis le ciel

Et puis il y avait une troisième manière de vivre cette éclipse : prendre de la hauteur.

Le Belge Tom de Dorlodot, pilote de parapente et aventurier, a lui aussi partagé des images de l'éclipse depuis les airs.

Là où Brewer cherchait à traverser le phénomène et León à littéralement "sauter" devant lui, De Dorlodot s'est offert une place au premier rang dans le ciel.

"Front-row seat for the solar eclipse", écrivait-il en partageant les images sur ses réseaux sociaux.

Ce n'est pas une surprise de retrouver De Dorlodot dans ce type d'aventure. Le Belge est connu pour ses vols et expéditions en parapente dans des environnements particulièrement engagés, notamment dans l'Himalaya et le Karakoram.

Son approche était différente : plutôt que de chercher le cliché millimétré d'un sportif traversant le Soleil, il a utilisé son parapente pour observer le phénomène depuis les airs, avec une perspective inaccessible aux milliers de spectateurs restés au sol.

Quand l'éclipse devient un terrain de jeu

Ces trois projets racontent finalement la même histoire.

Une éclipse totale ne laisse aucune place à l'improvisation. La fenêtre est extrêmement courte et, contrairement à une compétition sportive, il est impossible de demander une deuxième chance au phénomène astronomique.

Le Soleil et la Lune suivent leur trajectoire. À l'athlète de s'y adapter.

Pour Danny León, il fallait que le skate, la rampe, le photographe et la Lune soient parfaitement alignés.

Pour Mike Brewer, il fallait ajouter à cette équation une vitesse de plus de 240 km/h, un vol à quelques mètres du relief et une obscurité quasi totale.

Pour Tom de Dorlodot, il s'agissait au contraire de prendre de la hauteur et de profiter d'un point de vue privilégié sur le phénomène.

Trois disciplines. Trois manières de se confronter au même événement. Et une même obsession : transformer quelques secondes d'un phénomène astronomique que personne ne peut contrôler en images capables, elles, de rester longtemps.

Car c'est peut-être là que ces projets sont les plus intéressants. L'éclipse du 12 août n'était pas seulement un événement scientifique ou astronomique. Pour ces athlètes et leurs équipes, elle est devenue une contrainte créative absolue.