"Qu'est-ce que ça grimpe !" Les pousterles d'Auch dévoilent un pan méconnu de l'histoire médiévale de la capitale de la Gascogne
l'essentiel Bien moins célèbres que l’escalier monumental, les pousterles d’Auch offrent une immersion originale dans l’histoire de la ville. Ces ruelles en escaliers, uniques en France, attirent les visiteurs curieux et amateurs de dénivelé.
En arrivant à Auch, Gérard et Sandrine pensaient surtout gravir les marches de l'Escalier monumental, emblème de la ville. "Quand on a choisi la préfecture gersoise pour nos vacances, on avait planifié, comme beaucoup de touristes, la visite de la cathédrale Sainte-Marie, des ruelles historiques et de l'Escalier, indique la retraitée du Calvados. Mais on a découvert ces pousterles, c'est très original et typique."
Ces ruelles en escaliers sont en effet uniques. Si on en trouve dans d'autres villes, il n'y a qu'à Auch qu'elles portent le nom de "pousterles", issu du latin "posterula", signifiant poterne. Ce terme désigne une petite porte dérobée dans la muraille d'enceinte d'un château ou de fortifications.
Un pont entre les murailles et le Gers
Ces ruelles se trouvent toutes dans les faubourgs ou les anciens faubourgs de la cité, le long de la déclivité de la colline. Elles se situent entre les murailles d’un côté et la rivière Gers de l’autre. Ce réseau de ruelles étroites, escarpées, a été aménagé en escalier à l’époque médiévale, afin d'éviter les accidents.
"Les habitants des faubourgs les empruntaient pour rejoindre la rivière pour aller chercher de l’eau. L’alternance de marches et de paliers permettait de faire des pauses. Ce sont les habitants les plus pauvres qui les utilisaient. Les plus aisés avaient des puits ou des fontaines privées. Ce n’est qu’au XIXe siècle que l’on a vu à Auch émerger les premières fontaines publiques", expliquait Laurent Marsol, guide-conférencier du Pays d'art et d'Histoire du Grand Auch.
En arrivant en haut de la pousterle de l'Est, qui démarre rue Rabelais, Geneviève reprend son souffle. "Qu'est-ce que ça grimpe", glisse-t-elle à son amie dans un soupir. "On ne va pas toutes les monter finalement", rigole la quinquagénaire originaire de Gironde.
Des témoins de l'histoire médiévale
Aujourd'hui, ne subsistent que quatre pousterles, cinq en comptant la rue de la Vieille Pousterle, qui n'a pas conservé ses marches. Certaines ont disparu ou ont été transformées, en fonction des mutations de la ville. La pousterle de Paris est la plus courte ; bordée par des maisons à colombage, celle de Las Oumettos ("les petits ormes" en gascon) est la plus longue avec ses 132 marches. La pousterle de l'Est est quant à elle la plus étroite, tandis que celle des Couloumats (qui signifie "pigeons") est la plus large.
Parfois inégales, les marches de ces venelles "en gradins" sont d’origine même si elles ont pu être rénovées au cours des siècles. Quant aux galets, ils ont été rajoutés récemment.
En week-end prolongé dans le Gers, Romain et Carla ont eux décidé de monter, à pied, la rue de la Vieille Pousterle. "On avait envie de découvrir ces ruelles, mais avec la poussette, monter les marches, cela aurait compliqué", rigole la mère de deux enfants de moins de 3 ans. "Mais elle grimpe énormément quand même !"
Élément incontournable du patrimoine médiéval auscitain, les pousterles surprennent les touristes mais sont, au contraire, bien connues des 24 000 habitants de la préfecture gersoise. Évitées par de nombreux marcheurs, elles sont adoptées par les sportifs à la recherche de dénivelé. Témoins de l'histoire, elles offrent un détour insolite sur des chemins parallèles de la capitale gasconne.