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« Très peu présente »… Rachida Dati se dépeint en « député lambda » au tribunal

COmpte-Rendu•Interrogée pour le deuxième jour consécutif sur les soupçons de corruption qui pèsent à son encontre, Rachida Dati n’a eu de cesse de minimiser son influence au sein du parlement européen

Les images de l’arrivée de Rachida Dati au tribunal pour son procès pour corruption

Caroline Politi

Caroline Politi

Publié le 21/09/2026 à 20h00 • Mis à jour le 21/09/2026 à 20h18

L'essentiel

  • L’interrogatoire de Rachida Dati, soupçonnée d’avoir passé un pacte corruptif avec Carlos Ghosn, l’ancien PDG de Renault-Nissan, s’est poursuivi ce lundi après-midi devant le tribunal correctionnel de Paris.
  • L’ancienne ministre de la Justice, maire du 7e arrondissement, n’a eu de cesse de répéter que la mission qu’elle effectuait auprès de Renault relevait de son métier d’avocate et qu’elle avait une action minime au parlement européen
  • Entre 2009 et 2013, Rachida Dati, qui était à l’époque avocate et députée européenne, a reçu 900.000 euros d’une filiale de Renault-Nissan. La justice estime que cette somme cachait des activités de lobbying.

Au tribunal correctionnel de Paris,

Rachida Dati occupait-elle un emploi fictif au sein du parlement européen ? On pourrait être tenté de le penser en l’entendant, ce lundi, répéter devant le tribunal correctionnel de Paris combien sa présence à Bruxelles était exceptionnelle et son implication minime. « J’étais très peu présente », insiste celle qui y fut pourtant députée entre 2009 et 2019. Droite comme un « i » à la barre, débit de mitraillette, Rachida Dati, vêtue d’un tailleur-pantalon noir, s’astreint à dévaloriser son influence au sein de l’instance européenne pour tenir à distance les accusations de corruption et trafic d’influence qui pèsent à son encontre. L’ex-ministre de la Justice est soupçonnée d’avoir touché 900.000 euros d’une filiale de Renault-Nissan pour faire illégalement du lobbying au sein du Parlement européen entre 2009 et 2013.

A la barre du tribunal correctionnel, Rachida Dati s’efforce de se présenter comme une « députée lambda », voire une mauvaise élève du Parlement européen. Elle ne se rendait à Bruxelles que pour les « séances plénières », ce qui lui assurait un revenu de 7.600 euros par mois. Sur place, l’essentiel du travail était assuré par ses deux collaborateurs. « C’était eux qui me préparaient toutes mes interventions, je n’ai jamais rien changé », jure-t-elle devant une salle archi comble. A l’entendre, ses deux assistants choisissaient jusqu’aux thématiques à aborder. « Vous ne leur donniez pas les grandes lignes ? », s’étonne la présidente du tribunal, Claire Saas. « Sur les questions écrites, jamais », jure la prévenue.

« Mes collaborateurs ont dû le faire »

Trois questions écrites sur le secteur automobile nourrissent les soupçons de ce lobbying. Pourquoi a-t-elle transmis l’une de ces questions – sur le niveau sonore des véhicules – en amont, au secrétariat de Carlos Ghosn, cherche à savoir le tribunal. Rachida Dati s’en défend, évoquant une confusion entre la date de création et d’envoi du fichier. Et si elle reconnaît que le document a bien été transmis à Renault, elle assure que c’était la norme. « Les questions écrites sont envoyées à tous les secteurs concernés », explique-t-elle. A-t-elle alors pris le soin d’envoyer cette même question à tous les constructeurs automobiles et pas seulement à Renault, s’enquiert la présidente. « Mes collaborateurs ont dû le faire », botte-t-elle en touche.

Depuis le début de l’affaire, Rachida Dati affirme que la convention d’honoraires passée avec Renault visait uniquement à rémunérer son travail d’avocate, et plus spécifiquement ses conseils juridiques pour l’expansion du groupe au Maghreb, en Iran et en Turquie. « Je ne suis pas un amateur, j’ai eu d’autres clients. Pourquoi j’aurais été corrompue ? Pourquoi j’aurais fait du lobbying ? », interroge Rachida Dati. Mais bien peu de documents attestent de la matérialité de son travail d’avocate. A l’en croire, Carlos Ghosn préférait « les comptes rendus oraux » et elle affirme ne pas avoir gardé d’« archives au-delà de cinq ans ».

« Secret professionnel »

« Je n’ai jamais été en situation de conflit d’intérêts », insiste-t-elle à la barre. Pourquoi, dans ce cas, a-t-elle attendu un an après être devenue avocate pour en faire part au parlement ? « Conforme à l’administration parlementaire », balaye-t-elle. Et pourquoi ne pas avoir signalé que Carlos Ghosn était son client ? « Secret professionnel. »

Que penser, surtout, de ce mail envoyé par l’un de ses collaborateurs européen sur son mail d’avocate plutôt que celui de députée ? Il lui suggère d’accompagner une « note blanche » - qui sera retrouvée chez Renault - d’une note manuscrite : « Nous avons obtenu une belle victoire cette semaine sur le texte concernant le niveau sonore des véhicules. » N’y a-t-il pas là un mélange des genres ? Pas du tout, rétorque Rachida Dati. Le « nous », jure-t-elle, fait référence à son groupe politique. Quant à la note blanche, elle n’a rien de confidentielle. Selon elle, il s’agissait, selon elle, d’une sorte de newsletter, un mélange d’agenda et de décisions publiques. « Tout était public », insiste celle qui encourt jusqu'à dix ans de prison et 450.000 euros d'amende.

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