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Procès de l’assassinat d’Aramburu : les larmes des amis du rugby submergent la cour d’assises de Paris

Thomas Lièvremont, Gonzalo Quesada, Laurent Etchebarne… l’émotion des amis du rugby venus porter la mémoire de Fedérico Martin-Aramburu, l’international argentin passé par l’USAP, tué par balles en 2022, a bouleversé la cour d’assises de Paris ce lundi 14 septembre 2026.

Aucun d’entre eux n’a pu retenir ses larmes. Et toute préparation aurait de toute façon été bien inutile avant que la grande famille du rugby ne soit confrontée à cet univers de souffrance, de sang et de mort qui n’est pas le sien. Alors, ce lundi, ils ont fait front face au box de la cour d’assises de Paris, comme ils savent le faire depuis toujours. Dignes de leur monde à eux et de ses valeurs. Tous unis. Comme un seul homme. Comme Fédérico Martin-Aramburu, "Fédé", leur coéquipier, leur "ami", leur "frère", aurait sans doute voulu qu’ils soient. Et comme, lui, l’a toujours été.

Tandis qu’au soutien, sur les bancs du public, des Perpignanais comme Olivier Olibeau ou Manu Plaza ont fait le déplacement depuis les Pyrénées-Orientales un foulard rouge autour du cou, le premier à monter à la barre, Thomas Lièvremont, ancien joueur du XV de France, de Biarritz Olympique, et de l’USAP, n’y échappe pas. Bouleversant à lutter contre son chagrin et à remonter le fil de son amitié avec l’international argentin, passé comme lui par l’équipe des Sang et or.

Ce 19 mars 2022, le jour du drame, Thomas Liévremont était à Paris lui-aussi pour assister au match France-Angleterre qui devait sacrer le grand Chelem. À quelques rues à peine où se trouvait Fédé, et où il a poussé son dernier souffle dans les bras de Shaun Hegarty, ancien joueur du Racing club narbonnais. "Comme j’étais seul avec un de mes fils, on a repoussé nos retrouvailles avec Fédé au lendemain…" Il ne le reverra jamais vivant. "Le matin, mon frère Marc m’appelle et m’annonce la nouvelle. La sidération a été totale. J’ai vécu la pire quinzaine de ma vie. Mais on a essayé d’accompagner au mieux la famille. Parce qu’on leur devait. Et parce qu’on en avait besoin."

Leur manière aussi de combattre l’indicible et l’incompréhensible. "Fédé n’a jamais pris un carton rouge. Je n’ai jamais vu la moindre once de violence chez lui", reprend Thomas Lièvremont. "Oui, on a en fait beaucoup de troisièmes mi-temps, des fêtes aussi, on s’est parfois couchés à 6 ou 7 h du matin avec nos enfants et nos amis. Le quartier Saint-Sulpice, Saint-Germain, c’est un endroit très festif, très convivial où on avait l’habitude de passer nos soirées avec le monde du rugby pour les matchs du Tournoi des 6 Nations. Pour la finale du Top 14, c’est toute la province qui se rejoint à Paris. Et il n’y a jamais eu un seul débordement. Rien. Non, rien ne pouvait laisser présager le drame qui allait suivre."

"C’était un facilitateur de vie"

Thomas Liévremont marque un silence. " Depuis ma vie n’est plus la même. J’ai perdu mon père, et puis mon frère il y a quelques mois, mais le manque de Fédé ne se comble pas. C’était quelqu’un d’un positivisme et d’un altruisme contagieux, un facilitateur de vie, je crois que je n’ai jamais connu quelqu’un comme lui. On parlait de tout. Parfois on n’était pas d’accord. Mais Fédé me disait toujours : "No Passa nada, Thomas", tout va bien." Je suis là pour honorer sa mémoire, pour sa famille et pour que justice soit faite. C’était Fédé, mon ami, je ne comprends toujours pas pourquoi il est parti et pourquoi on a à vivre ça."

Derrière, tous s’avancent tour à tour pour confier la même douleur et pour défendre l’honneur de Federico Martin-Aramburu" Le "généreux", le" fidèle", celui qui "saluait la femme de ménage comme il saluait le président", "le leader qui ne parlait pas plus fort que les autres mais qui embarquait tout le monde avec lui", le "courageux", le "loyal" et surtout le pacifique en toutes circonstances.

"Il était fier et redevable, il avait réussi son implantation en France, dans le premier monde pour les Argentins. Et il disait :" Tu sais ici, je peux élever mes enfants en sécurité" raconte Laurent Etchebarne, ancien kiné du Biarritz Olympique. "ça a été un cauchemar absolu et ça fait encore partie de notre quotidien. Ses filles doivent vivre avec la solitude, et malgré toute la solidarité, en ce moment c’est l’enfer. Et quand j’ai appris la mort de Fédé, j’ai pensé aussi à Shaun, car il y a la tragédie mais il y en a un qui reste…" Laurent Etchebarne ne peut aller plus loin. Effondré. Sous les yeux embués de Shaun Hegarty.

"C’était très fort parce que j’aurais dû être avec eux ce soir-là…"

La voix étranglée de chagrin, Gonzalo Quesada, légende du rugby argentin, ancien joueur du RCN, tente lui aussi de faire face et repasse toutes ses soirées partagées avec Fédé. Il avait d’ailleurs organisé lui-même le repas dans le restaurant de leurs compatriotes où Federico Martin-Aramburu s’était réuni avec des amis cette nuit tragique. "Je suis resté très tard au bureau, j’ai annulé, et Fédé, bien sûr, n’était pas content.", retrace-t-il. "Le lendemain, on m’a dit : "T’es au courant ?" "Fédé est mort"". C’était très fort parce que j’aurais dû être avec eux ce soir-là…"

Et de lutter pour poursuivre : "ll portait toujours ce sourire et avait cette faculté incroyable à rassembler autour de lui. Et auprès de lui, on se sentait bien. Je ne me souviens pas une fois où il a été mêlé à une bagarre. Quand il buvait il pouvait être encore plus drôle, plus heureux d’être avec les autres".

"Alors quels propos ou comportements auraient pu selon vous provoquer chez lui une réaction ou un agacement ?" interroge le président. "Sûrement quelque chose d’injuste. C’était une situation je pense qui le touchait dans ses valeurs de justice. Il a vu son ami se faire humilier, il a eu ce geste intuitif. C’est ce que Fédé était capable de faire pour un ami." Comme eux, aujourd’hui, pour lui. Face à l’injustice de son absence.

Assassinat de Federico Martín-Aramburú

Du 7 au 25 septembre 2026 se tient devant la cour d’assises de Paris le procès de la mort de Federico Martín Aramburú, ancien rugbyman argentin passé notamment par Perpignan.

Loïk Le Priol, jugé pour assassinat, et Romain Bouvier, poursuivi pour "tentative d’assassinat", font partie des accusés.

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