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"Le synthétique, c’est fantastique ?" : pourquoi les terrains synthétiques se généralisent

Cette saison, neuf des seize clubs de Pro D2 évolueront sur une pelouse synthétique. Pourquoi cette mutation ? Éléments de réponse.

"Le plastique c’est fantastique" chantait Elmer Food Beat au début des années 90. Ce tube pourrait être repris par les clubs de rugby. En effet, depuis une dizaine d’années et l’apparition du premier terrain synthétique en 2015, au stade Charles-Mathon d’Oyonnax, en plein cœur de la « Plastics Vallée » ça ne s’invente pas, les terrains en gazon naturel ont peu à peu laissé place à l’artificiel. Provence Rugby, Montauban, Soyaux-Angoulême, Nevers, Biarritz ont tous choisi cette surface pour leur enceinte. Cet été, Agen, Aurillac et Colomiers ont fait le choix d’installer un terrain synthétique. Soit neuf équipes sur les seize de Pro D2 ! Seuls Dax, Valence-Romans, Narbonne et Nice évoluent encore sur une pelouse 100 % naturelle, tandis que Béziers, Brive et Grenoble disposent d’une pelouse hybride. Alors pourquoi ce phénomène a rapidement pris de l’ampleur dans le rugby français et en particulier en Pro D2 ?

Plus de spectacle…

Tout d’abord, le rugby professionnel ne cesse d’évoluer dans son ensemble. Le but ? Rendre ce sport plus télévisuel pour conquérir un maximum de spectateurs. "La Ligue fait tout pour que même les terrains en herbe soient de très bonne qualité et qu’on puisse jouer au rugby partout. Aujourd’hui que ce soient les terrains, l’arbitrage et les règles, tout est fait avec cette volonté de pousser pour un rugby offensif et que ce dernier soit récompensé. Même si je n’ai jamais évolué dessus, ça correspond à ma philosophie, note Fabien Fortassin, l’entraîneur passé de Valence à Brive cet été. Je sais que certains joueurs ne sont pas tous fans notamment en termes d’hygiène par rapport aux éraflures mais ce qui est sûr, c’est que ça rend le rugby spectaculaire." L’essor des pelouses synthétiques s’inscrit pleinement dans cette évolution. Depuis leur arrivée dans le rugby professionnel, elles ont profondément modifié les conditions de jeu. Des appuis plus francs, des rebonds plus réguliers, des courses plus explosives : les sensations ont changé et, avec elles, le rythme des rencontres. Les sorties de balle se sont accélérées, les enchaînements sont devenus plus fluides et les équipes ont progressivement adapté leur jeu à une surface qui favorise la vitesse d’exécution.
Plus de points, plus d’essais… Une tendance qui se confirme dans les chiffres ces dernières saisons. Lors de la saison régulière de Pro D2 2015-2016, les moyennes étaient de 42 points et 4,1 essais par match contre 52 et 6,4 dix ans plus tard. "Nous voulions passer au synthétique parce que le rugby qu’on propose est plus adapté à cette surface, avoue Mauricio Reggiardo, manager d’Agen. Aujourd’hui, la qualité de ces pelouses est très bonne. Ça aide à bien jouer au rugby, à avoir de bonnes conditions. Ce n’est pas la surface idéale pour proposer un rugby de combat mais la vitesse et le déplacement du ballon sont l’avenir de ce jeu. Aujourd’hui, Agen est entre Toulouse et Bordeaux, deux équipes qui produisent un rugby spectaculaire. On essaye de s’inspirer un peu de ces modèles, de mettre de la vitesse et de marquer des essais de trois-quarts. Le synthétique nous convient donc très bien."
De plus, une majorité des clubs de Pro D2 ayant fait ce choix de la pelouse artificielle, cela a également poussé les Lot-et-Garonnais à franchir le pas. "En adoptant cette surface, on s’habitue aussi à la surface que l’on va rencontrer le plus souvent cette saison, reprend Reggiardo. Il y a aujourd’hui neuf terrains de Pro D2 en synthétique, ça veut dire qu’on va faire quinze matchs chez nous et huit à l’extérieur sur cette surface, soit vingt-trois rencontres sur ces pelouses." Avant de conclure : "Le Pro D2 n’a pas encore les moyens du Top 14 où les hybrides dominent. C’est aussi une question d’argent."

… et moins de coûts

Le technicien argentin a raison. L’entretien d’une pelouse naturelle représenterait en moyenne entre 100 000 et 150 000 euros annuels, contre 10 000 ou 20 000 euros annuels pour une surface synthétique selon plusieurs clubs consultés. Un écart non-négligeable pour des écuries souvent en quête de la moindre économie. "Surtout, on n’utilisera pas ce terrain uniquement quinze fois par an, note Alain Carré, le président de Colomiers. Il sera beaucoup plus utilisé par toutes les équipes du club. Féminines, Espoirs, jeunes pourront y jouer. C’est un atout supplémentaire. En période hivernale, les entraînements pourront se faire sur le terrain d’honneur."
Et si la première génération de terrains synthétiques a connu pas mal de critiques, les dernières sont bien plus "confortables". "Si vous regardez les terrains de Montauban, Mont-de-Marsan ou Biarritz, qui viennent tous du même constructeur que le nôtre, ils sont très bien, rajoute Alain Carré. Ce ne sera pas comme à Aix-en-Provence où le terrain a déjà 7-8 ans, et qui est moins agréable pour les joueurs." Justement, si les avis des joueurs, les premiers concernés, sont partagés sur cette surface, l’un d’eux préfère en sourire : "C’est vrai qu’à Aurillac en plein hiver, ça va faire plaisir de jouer sur synthétique." Alors ? Le synthétique, c’est fantastique ?