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Comment l’école s’installe dans le match entre Attal et Philippe

Politique 25/08/2026 14:09 Actualisé le 25/08/2026 14:37

À quelques jours de la rentrée scolaire, les deux candidats qui se disputent l’héritage d’Emmanuel Macron rivalisent de propositions pour l’école.

Édouard Philippe et Gabriel Attal se livrent à une bataille à distance.

THOMAS SAMSON / AFP

Édouard Philippe et Gabriel Attal se livrent à une bataille à distance.

La bataille à laquelle se livrent Gabriel Attal et Édouard Philippe pour savoir qui portera les couleurs de la droite et du centre à l’élection présidentielle se cristallise pour l’instant autour d’un sujet : l’école. Et à ce petit jeu, le premier capitalise sur sa longueur d’avance, lui qui a furtivement occupé le ministère de l’Éducation nationale.

Par interviews interposées, l’un dans Le Monde, l’autre dans Le Figaro, les deux candidats mettent en scène leur opposition et étalent leurs désaccords. Avec, à la clé, des propositions dont on se demande pourquoi elles n’ont pas été mises en œuvre au cours des deux quinquennats d’Emmanuel Macron. En cumulé, les deux hommes ont passé près de quatre ans à Matignon. La magie des campagnes présidentielles.

Gabriel Attal propose d’inaugurer « une loi de programmation pour l’école », sur le modèle de la défense, et promet que s’il est élu président, son ministre de l’Éducation « restera en poste cinq ans ». « Il faudra donner à ce service public les moyens politiques et budgétaires d’accomplir sa mission », estime le patron de Renaissance, pour qui « on ne peut pas faire d’économie sur le dos de l’école ».

Ses opposants ne manqueront pas de rappeler qu’en février 2024, alors Premier ministre, il publiait un décret annulant 691 millions d’euros alloués à l’enseignement scolaire. Cela s’inscrivait dans un plan d’économies plus globales de 10 milliards d’euros. De quoi nuancer le volontarisme dont il fait preuve aujourd’hui.

Édouard Philippe, lui, entend augmenter de « 20 % la rémunération moyenne des enseignants » sur cinq ans. Une promesse considérable, qui en rappelle une autre. En 2022, la socialiste Anne Hidalgo proposait de doubler le salaire des enseignants. Alléchant, mais difficilement réalisable. S’il n’a pas chiffré sa mesure, celle-ci coûterait autour de 12 milliards d’euros par an à l’État, selon nos calculs basés sur les données du ministère de l’Éducation, qui estimait à 3 090 euros nets par mois le salaire moyen des enseignants en 2024. Le doublement proposé par Anne Hidalgo en 2022 coûtait, lui, aux alentours de 36,4 milliards d’euros pour les seuls enseignants du public.

Cette hausse de 20 % proposée par le maire du Havre est d’autant plus difficile à tenir qu’il défend, par ailleurs, des économies drastiques de la part de l’État.

Vers une autonomie des établissements ?

Le candidat Horizons en profite pour relancer un chantier abandonné depuis de longues années : l’autonomie des établissements. Avec le risque non négligeable que les écoles, les collèges et les lycées se retrouvent en concurrence les uns avec les autres, accentuant les disparités territoriales. Si « les programmes doivent rester nationaux », Édouard Philippe propose d’accorder une « grande liberté » aux établissements scolaires sur « l’organisation des classes, les rythmes scolaires et la pédagogie ». Il entend aussi accentuer les tests de « performance » au sein de chaque école.

Une idée contre laquelle s’est aussitôt élevé Jean-Luc Mélenchon, qui ne veut pas revivre, « vingt ans après », « le désastre de l’autonomie des universités ». En 2007, Valérie Pécresse, alors ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, portait une loi sur l’autonomie des universités, vivement critiquée par la majorité des organisations étudiantes. Aujourd’hui, le candidat de La France insoumise reproche à Édouard Philippe et Gabriel Attal de vouloir « dynamiter l’école publique » et de proposer « d’augmenter les salaires qu’ils ont gelés pendant dix ans ».

Ambiance électrique

Les propositions des deux ex-Premiers ministres sont donc bien différentes, sans être pour autant irréconciliables. Réussiront-ils à trouver un chemin d’entente avant le premier tour, ce qui suppose que l’un se retire au profit de l’autre ? Pour l’instant, les deux hommes font campagne séparément. Sans s’épargner. Gabriel Attal y va franchement dans les critiques qu’il adresse au maire du Havre.

« Édouard Philippe est candidat depuis trois ans ; je ne le suis que depuis trois mois, et on est aujourd’hui au coude-à-coude, dans la marge d’erreur des sondages », attaque-t-il, pas peu fier de voir qu’il se rapprochait de son rival dans le dernier baromètre Toluna Harris Interactive pour M6 et RTL. Surtout, le candidat Renaissance accuse Édouard Philippe de vouloir « recréer l’UMP d’il y a vingt ans, avec ceux d’il y a vingt ans ». Il avait d’ailleurs réagi amèrement au ralliement de Gérald Darmanin, annoncé la semaine dernière dans La Voix du Nord. Gabriel Attal assume de ne pas avoir « du tout » la même approche.

En retour, l’entourage d’Édouard Philippe ne ménage pas ses coups. Le porte-parole de la campagne Arnaud Péricard s’est dit « assez surpris par l’immaturité de ces propos dans un contexte où l’esprit de responsabilité et de rassemblement doit prévaloir ». Entre les deux camps, l’ambiance est électrique. Et pas forcément propice à un rapprochement. En tout cas pour l’instant.