Poutine, la fuite en avant
Plus de quatre ans après avoir lancé son invasion de l'Ukraine, Vladimir Poutine n'a toujours pas obtenu la victoire éclair qu'il promettait. Son armée stagne, recule même par endroits, et continue de frapper durement les villes ukrainiennes. Le maître du Kremlin s'embourbe dans une interminable guerre. Et pourtant, l'homme ne donne aucun signe d'apaisement, ou de découragement. Bien au contraire. Plus le bilan s'alourdit, notamment en pertes humaines, plus il semble déterminé à poursuivre sa conquête. Quitte à choisir l'escalade.
Le principal danger se situe bien là. D'autant que cette guerre se vit désormais aussi sur le sol russe, où les drones ukrainiens frappent les raffineries, les dépôts commerciaux et les infrastructures logistiques. De quoi provoquer des pénuries et alimenter les tensions inflationnistes. L'économie russe, bien que réorganisée autour de l'effort militaire, s'essouffle. Et les investissements nécessaires au reste du pays tardent.
"Vladimir Poutine a très mal vécu cela. Il considère qu'il faut absolument retrouver cette influence"Cette guerre devait démontrer la puissance retrouvée de la Russie. Elle révèle surtout ses fragilités. De là à en conclure que Vladimir Poutine est sur le point de perdre, il y a un pas qu'il serait imprudent de franchir. La Russie dispose encore de ressources financières, humaines et militaires considérables. Son régime autoritaire contrôle la société, réprime les oppositions et impose à sa population des sacrifices qu'aucune démocratie n'accepterait aussi facilement. Surtout, Poutine n'est pas soumis aux mêmes contraintes qui obligeraient un dirigeant démocratique à rendre des comptes après quatre années de morts et de sacrifices en tout genre.
La fuite en avant devient dès lors presque rationnelle pour un régime qui ne parie plus que sur le temps et l'usure. Celle, d'abord, d'une population ukrainienne à bout. Mais ce pari est loin d'être gagné. Soutenue par des aides occidentales importantes, portée par sa capacité d'innovation militaire et par une industrie européenne de défense qui s'organise, l'Ukraine résiste et porte désormais la guerre jusque sur le sol russe. La victoire n'est certes pas imminente, mais le rapport de force commence à évoluer en sa faveur.
Selon Zelensky, la Russie espère recevoir 30 000 soldats de la Corée du Nord : "une menace pour ceux qui se trouvent à portée des missiles"Les difficultés russes doivent donc renforcer notre détermination, sans nourrir l'illusion d'une victoire acquise. Car un Poutine fragilisé n'est pas nécessairement un Poutine moins dangereux. Tant qu'il restera convaincu que le temps joue pour lui, il n'aura aucune raison de s'arrêter.
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