Pourquoi les vacances en famille virent souvent à la dispute (et comment l’éviter)
Beaucoup les attendent avec impatience. Pourtant, les vacances en famille peuvent parfois décevoir. Des frères et sœurs qui se taquinent sans cesse, des disputes de couple: si les tensions sont normales, il ne faut surtout pas les ignorer. Deux thérapeutes familiales expliquent comment prévenir et désamorcer ces conflits. “Si vous n’intervenez pas à temps, vous risquez de laisser s’installer des dynamiques très difficiles à corriger par la suite.”
Marie Pauwels, SW
26 juillet 2026, 12:19
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Personne ne sait mieux vous pousser à bout que votre propre famille. Et en vacances, impossible d’échapper à ses proches. Cela peut donc parfois donner lieu à des frustrations et à des conflits, comme l’explique la thérapeute familiale Tessa De Jonck. “Les membres d’une même famille se connaissent par cœur. Ils savent parfaitement ce que vous traversez ou avez traversé, quelles sont vos zones de vulnérabilité et vos sujets sensibles. Parfois, ils utilisent ces faiblesses contre vous, sans que ce soit nécessairement malintentionné.”
“Consciemment ou non, c’est d’ailleurs quelque chose que vous faites probablement vous aussi. C’est le revers incontournable d’une telle proximité. Les proches agissent comme un miroir: ce qu’ils disent vous touche plus profondément, précisément parce qu’ils vous connaissent sur le bout des doigts. C’est pourquoi une simple remarque, même bienveillante, peut blesser plus rapidement, être mal interprétée et mal passer.”
Différents niveaux de loyauté
À cela s’ajoute une question de loyauté, selon la thérapeute Veerle Wullaert. “Envers vos parents, vous éprouvez une ‘loyauté verticale’. Elle est extrêmement puissante et existentielle: vous avez le sentiment d’avoir une dette envers eux parce qu’ils vous ont donné la vie. Cela pousse à vouloir leur plaire à tout prix. Vos frères et sœurs, eux, se situent au même niveau: c’est la ‘loyauté horizontale’, davantage basée sur le donnant-donnant.”
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“Si vos parents vous frustrent, c’est souvent le signe d’un conflit de loyauté. Peu importe notre âge, nous cherchons tous désespérément la reconnaissance et l’approbation de nos parents. Et dans ce bras de fer, la loyauté verticale l’emporte presque toujours sur l’horizontale. C’est pour cela que les remarques venant des parents touchent généralement plus. Mais attention: vous ne devriez jamais faire passer la volonté de plaire à vos parents avant votre propre épanouissement personnel. C’est pourtant ce que font beaucoup d’enfants, accumulant au passage rancœur et frustration.”
La compétition entre frères et sœurs
La relation fraternelle est tout aussi complexe, souligne Veerle Wullaert. “Entre frères et sœurs, on hésite moins à se dire des choses dures parce qu’on se connaît bien. Mais le problème est souvent plus profond: il s’agit fréquemment d’une lutte pour obtenir la reconnaissance des parents. Il n’est pas rare que ces derniers assistent à ce manège pendant des années sans jamais intervenir. Cela crée des toxicités et des rancœurs féroces, très difficiles à désamorcer, même à l’âge adulte.”
C’est ce que la thérapeute appelle “l’effet Fredo”. “Dans le film ‘Le Parrain’, Fredo, l’un des fils, est le maillon faible qui en fait le moins possible. Pourtant, ses parents lui trouvent toujours des excuses. Ils ne se rendent pas compte du mal qu’ils font ni des efforts considérables que fournissent les autres enfants. Les parents préfèrent parfois fermer les yeux sur certaines choses, mais cela a bel et bien des conséquences. C’est terrible, car cela peut rendre les enfants très durs les uns envers les autres et, à terme, même faire naître de la jalousie.”
Quand la présence de l'autre devient insupportable
Tessa De Jonck ajoute: “Certains membres de la famille semblent se chercher plus que d’autres. C’est généralement le signe de divergences profondes. Prenez deux sœurs aux modes de vie diamétralement opposés, ou une mère qui ne soutient pas la carrière de sa fille (et inversement). Dans ces cas-là, la simple présence ou respiration de l’autre suffit à agacer.”
“Le problème vient du fait que nous réagissons presque toujours à travers notre propre prisme. Vous avez construit vos certitudes sur la base de vos propres expériences, ce qui rend parfois difficile la compréhension des choix de vie d’un proche. Et parce que leur avis compte pour vous, vos réactions sont plus vives. Ce jugement finit par s’immiscer et faire écran entre vous.”
“Il ne s’agit pas forcément d’être d’accord, mais de faire preuve de plus de bienveillance et de lâcher prise”
Comment désamorcer la crise pendant les vacances?
“Si ce jugement et ces différends ne sont pas exprimés, la frustration ne fait que croître. On se sent incompris, alors que ce n’est pas une fatalité”, analyse Tessa De Jonck. “La clé reste la communication. Une fois que l’on comprend pourquoi l’autre agit d’une certaine façon, on appréhende la situation différemment. Il ne s’agit pas forcément d’être d’accord, mais cela permet de faire preuve de plus de bienveillance et de lâcher prise.”
“Face à des relations ou des interactions difficiles avec un proche, il faut toujours se poser la question: ‘de quoi s’agit-il vraiment au fond?’ Parlez-en ouvertement, même si le sujet est douloureux ou délicat. Nous avons trop souvent tendance à prêter des intentions aux autres. Lorsque la véritable raison finit par émerger, c’est souvent une surprise: ‘D’accord, je comprends mieux maintenant’. C’est précisément là que l’échange constructif devient possible.”