Pourquoi les pulls et les foulards reviennent-ils noués autour de la taille ?
Il y a les vêtements que l’on porte, et ceux que l’on déplace. Depuis quelques saisons, le stylisme semble moins intéressé par la manière orthodoxe de porter une pièce que par tout ce qui peut se passer autour : une chemise entrouverte, un pull posé sur les épaules, un foulard transformé en ceinture. Après le phénomène du french tuck - popularisé notamment par Tan France, le geste consiste à ne rentrer que l’avant d’un pull, d’une chemise ou d’un T-shirt dans le pantalon afin de modifier discrètement les proportions - le réflexe gagne un nouvel emplacement, à l'approche de l'automne : la taille. Le “noué” a quelque chose de familier puisqu'il évoque les années 1990, le vestiaire off-duty, les silhouettes preppy comme les looks grunge, à cette manière très spontanée de faire d’un pull, un accessoire de circonstance avant même d’en avoir besoin. Sauf que cette fois, le hasard est soigneusement travaillé : nouer, déplacer, laisser tomber, faire dépasser, c'est l'effet recherché.

Anne Floor Wetemans porte un blouson motard oversize en cuir Emporio Armani, body en coton Guess Jeans, chemise harlie boyfriend et jean 568 loose straight Levi's, mocassins à pampilles en cuir J.M. Weston, sac Le Cadence en cuir Longchamp et des lunettes de soleil Ray-Ban© Mathieu Rainaud
Chez Gigi Hadid, le geste prend une tournure particulièrement désirable : un jogging molletoné cappuccino, un débardeur blanc Miu Miu et, autour des hanches, un cardigan noué comme une ceinture improvisée. D’autres silhouettes avaient déjà remis le pull autour de la taille au goût du jour. Kendall Jenner en donne une version plus minimaliste, avec un pull noir noué sur une silhouette blanche. Rien de spectaculaire, justement. Le genre de détail que l’on remarque après coup et qui suffit pourtant à changer les proportions d’un look.
Gigi Hadid dans les rues de Soho à New York© Aeon/Getty Images
Kendall Jenner dans les rues de Los Angeles © Getty Images
© Dutch/Bauer-GriffinSur les podiums automne-hiver 2026-2027, le principe devient plus raffiné. Le pull se détache de sa fonction première pour devenir une pièce que l’on attache, que l’on enroule et que l’on garde à portée de main. Toga en propose une version particulièrement littérale, avec plusieurs mailles nouées autour de la taille, comme si le vêtement avait été attrapé au vol avant de sortir de chez soi. Chez Etro, le styling joue lui aussi sur cette idée de vêtement déplacé : le foulard n’est plus seulement porté autour du cou, mais intégré à la silhouette et utilisé comme un élément de construction. Le foulard, lui, opère un mouvement similaire en descendant d'un cran. Après avoir été porté dans les cheveux, autour du cou ou façon bandana, il descend vers les hanches et s’improvise ceinture, panneau ou même jupe. Chez Givenchy, il vient assouplir le tailoring de Sarah Burton. Quelques mois plus tôt, lors du défilé Métiers d'Art automne 2026, Chanel avait déjà poussé l’idée à son paroxysme, métamorphosant un innocent foulard rouge en pièce nouée à la manière d’un sarong, porté sur un total look noir.
Le retour du vêtement “entre deux”
Le pull noué fonctionne précisément parce qu’il conserve quelque chose de nonchalant. Il donne l’impression que l’on vient de quitter son bureau, son cours de sport ou son appartement sans prendre le temps de tout ranger. Sauf que ce faux désordre est désormais une décision mode.

Manteau à larges poches en croûte de cuir Max Mara, étole frangée nouée à la taille en cachemire, cuir et sac Mousqueton en cuir Togo et Swift Hermès© Mathieu Rainaud
C’est là que le French tuck trouve sa place dans l’histoire. Même logique, autre degré d’intervention : un petit geste suffit à faire basculer une silhouette. Après avoir appris à rentrer son pull dans son pantalon au millimètre près, la mode nous propose donc quelque chose de beaucoup moins sage : le sortir complètement, puis décider où le nouer.