Pourquoi les Islandais ont-ils dit non à l’Union européenne?
Tout l’été, les sondages annonçaient une lutte serrée dans la petite île nordique. Elle l’aura été jusqu’au milieu de la nuit, samedi, quand l’option du « non » a finalement pris le dessus.
Les arguments en matière de politique intérieure du pays et de souveraineté, au cœur de la stratégie du camp opposé à une relation plus étroite avec l’Union européenne (UE), semblent donc avoir eu le dessus sur les arguments avancés par le camp pro-européen, soit les avantages économiques et sécuritaires qu’auraient permis d’adhérer à l’UE.
Nous sommes déçus, mais nous respectons la décision des Islandais. Nous ne devrions pas ignorer que 105 339 d’entre eux, près de la moitié de l’électorat, ont voté en faveur de ce processus d’adhésion. Ils doivent être entendus, a déclaré Magnús Árni Skjöld Magnússon, président du Mouvement européen en Islande.
Selon Eliza Reid, autrice et ex-première dame d’Islande, si les médias étrangers ont fait grand cas de la dimension géopolitique de ce débat, avec les velléités du président américain, Donald Trump, d'acquérir le Groenland, voisin de l’Islande, ce sont des préoccupations nationales qui ont primé au bureau de vote.
Les pêcheries, l’agriculture et l’indépendance de manière générale étaient les principaux facteurs, a déclaré à Radio-Canada cette Islandaise d’adoption, née à Ottawa.

L'industrie de la pêche a été au cœur du référendum islandais.
Photo : Radio-Canada / Mathieu Hagnery
La crainte de se voir imposer des quotas de pêche et de devoir ouvrir cette industrie, qui représente 8 % du PIB du pays, à des intérêts européens a souvent été évoquée pendant la campagne référendaire.
Les liens existants entre Reykjavik et Bruxelles, comme la participation de l’Islande à l’Espace économique européen et à l’espace Schengen, qui permet la libre circulation en Europe, ne sont pas remis en cause par le vote de samedi.
Beaucoup de gens pensent que ce système fonctionne déjà bien et qu’il n’a pas besoin d’être changé, ajoute Eliza Reid pour expliquer les résultats du référendum.
N’empêche, l’idée de développer une relation encore plus étroite ne sera plus à l’ordre du jour au moins jusqu’à la fin du mandat du gouvernement actuel, en 2028.
Il est clair que ce dossier n’avancera pas sous ce gouvernement, a confirmé dimanche la première ministre, Kristrún Frostadóttir, qui s’est néanmoins félicitée du taux de participation au référendum dépassant les 80 %.

La première ministre islandaise, Kristrun Frostadottir, était en faveur de la relance des discussions avec l'Union européenne.
Photo : afp via getty images / JONATHAN KLEIN
Un revers pour l’Union européenne
Dans un bloc qui compte déjà plus de 450 millions d’habitants, l’arrivée éventuelle de l’Islande et de ses quelque 400 000 habitants au sein de l’UE aurait pu avoir un effet marginal. Or, le refus d’une majorité d’Islandais de poursuivre les négociations en vue d’une adhésion, aussi peu nombreux soient-ils, est un coup dur pour Bruxelles.
Dans un monde en changement, où l’UE est régulièrement critiquée par des hauts placés de l’administration américaine, à commencer par le président Trump et son vice-présiden, J.D. Vance, un oui islandais aurait été un symbole d’attractivité du bloc européen.
Bien sûr, l’UE attire toujours, puisque 9 pays sont aujourd’hui candidats, attendant patiemment de se joindre au groupe des 27. La plupart de ces pays, comme l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Géorgie et l’Ukraine, se trouvent aux frontières est et sud de la zone actuelle de l’Union et peinent à répondre aux critères économiques qui leur permettraient d’adhérer au groupe.
Malgré d’importants défis liés à l’inflation, l’Islande dispose d’indices économiques, comme le PIB et les salaires, qui sont considérablement plus élevés que la moyenne européenne. Sa volonté d’éventuellement intégrer le bloc aurait donc permis de démontrer un attrait renouvelé pour Bruxelles, donnant peut-être même l’idée à la Norvège, une autre nation européenne riche en ressources, d’éventuellement franchir le pas.

L'Islande respecte déjà environ 75 % des normes européennes. (Photo d'archives)
Photo : Getty Images / AFP / HANS LUCAS / MARTIN BERTRAND
Vu l’aspect symbolique de ce vote, la Commission européenne s’était même montrée ouverte à des aménagements pour répondre aux craintes des Islandais quant au contrôle de leur industrie de la pêche.
Le résultat de samedi offre plutôt des arguments aux critiques des institutions bruxelloises.
Au moment où certains poussent pour davantage de fédéralisme et de transfert de souveraineté à la Commission européenne, ce vote rappelle qu’une autre Europe est possible, une Europe des nations libres, souveraines et coopérant volontairement sur les sujets d’intérêt commun, a déclaré Marine Le Pen, candidate à la présidence française pour le Rassemblement national.
Au Royaume-Uni, le résultat du vote a aussi été salué par le chef du parti de droite radicale Reform UK, qui avait été l’une des principales figures publiques en faveur du Brexit, il y a 10 ans.
Ce vote de 2016, en faveur de la sortie du Royaume-Uni, l’un des pays les plus peuplés de l’UE, avait été un choc bien plus grand pour Bruxelles que celui du référendum d’Islande, qui conserve néanmoins des liens étroits avec le bloc européen.
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