Pourquoi le secteur financier redevient un enjeu de souveraineté économique pour l'Arizona
Belfius, Ethias, Ageas,… Le secteur de la banque et de l'assurance est très certainement à l'aube de bouleversements majeurs qui pourraient, d'ici quelques années, totalement redessiner les contours du paysage financier belge.
Car en coulisses, cela s'active et ce sur plusieurs fronts. Il y a évidemment le dossier de la banque publique Belfius, désormais couplé à celui de l'assureur Ethias. Le gouvernement a décidé lors du dernier conseil des ministres de demander aux Régions, en l'occurrence les Régions flamande et wallonne, si elles étaient ouvertes à l'idée de vendre leurs parts dans Ethias. Une démarche qui résonne comme une première victoire pour Georges-Louis Bouchez qui prêche depuis des mois maintenant pour un rapprochement entre Belfius et Ethias. Pour le président du MR, un tel "deal" est stratégique pour préserver un ancrage belge et assurer notre autonomie dans le domaine financier alors que plusieurs grands acteurs du secteur sont passés sous pavillon étranger.
Pertes de centres de décision
Pour le MR, il est temps de reprendre la main. Et d'être activement à la manœuvre. Car une nouvelle vague de consolidation va voir le jour dans le secteur financier. La SFPIM, le bras financier belge, est ainsi arrivée à la conclusion que la position de "stand alone" d'Ethias n'était pas à terme tenable. Différents scénarios sont dès lors possibles : une consolidation belgo-belge, qui pourrait passer par un adossement à Belfius ou le rachat de l'assureur par un groupe étranger, ce qui ferait perdre à la Belgique un centre de décision supplémentaire. Parallèlement à ce dossier Ethias, la piste d'une cession de 20 % du capital de Belfius – une opération qui pourrait rapporter 2 milliards d'euros – est elle aussi à l'étude. Là aussi, la volonté du gouvernement serait de pousser, en partie en tout cas, la piste du "made in Belgium", en permettant à des "Family Offices" – des grandes familles belges – de rentrer dans le capital de Belfius, aux côtés de l'État qui conserverait la majorité du capital.
Le gouvernement va sonder les Régions pour une vente des parts d'Ethias dans l'idée d'un éventuel rapprochement avec BelfiusOn le sait, la Belgique, en l'espace de deux à trois décennies, a perdu la maîtrise d'un grand pan de son secteur financier. Il y a eu durant les années 90 le rachat de la Banque Bruxelles Lambert (BBL) par le géant néerlandais ING. Les crises financières de 2008 et 2011 ont également précipité le groupe Fortis dans les bras de BNP Paribas. La Belgique est ainsi devenue le seul pays en Europe… à avoir perdu la maîtrise du destin de sa première banque. BNP Paribas a au passage fait une très bonne affaire, empochant au fil des années de très juteux dividendes liés aux bénéfices réalisés dans notre pays. À l'image d'Engie avec Electrabel…
Ageas, demain Français ?
L'avenir d'Ageas, premier assureur du pays, est également à écrire. BNP Paribas en détient aujourd'hui 22,5 % des parts et 24 % des droits de vote. La SFPIM, qui considère Ageas comme un actif stratégique, a œuvré pour mettre en place des verrous juridiques afin de préserver sur la durée l'indépendance d'Ageas. Mais qu'en sera-t-il d'ici cinq ou dix ans ? L'appétit des Français ne va-t-il pas s'aiguiser au fil des années ?
Bref, le secteur financier semble arrivé à un nouveau tournant. Et après des décennies de "laisser-faire, laisser aller" sur le front économique, le gouvernement mené par Bart De Wever semble donc déterminé à porter une stratégie nettement plus volontariste, destinée à préserver nos intérêts vitaux, nos infrastructures critiques et à défendre notre souveraineté économique. On le voit aussi dans le domaine nucléaire avec l'analyse de l'opportunité pour l'État de reprendre la main sur nos centrales nucléaires. Ou dans le secteur de la défense.
Quand le fédéral s'inspire de la Flandre
Le fédéral suit en quelque sorte, avec un temps de retard, la vision incarnée depuis un bon moment par la Région flamande qui ne lésine pas, elle, à mobiliser des milliards pour maîtriser les outils indispensables à son développement économique : la montée dans le capital de Brussels Airport en est le meilleur exemple.
Même un quart français, le groupe d'assurance Ageas "garde sa belgitude"Ce réveil de l'"État stratège" tient évidemment, en partie, au contexte géopolitique qui a révélé les risques d'une trop grande dépendance économique et bousculé les alliances traditionnelles, y compris celles que l'on pensait les plus indéfectibles. Ne pensons qu'aux États-Unis de Donald Trump…
"Un pari hasardeux"
L'enjeu sera évidemment pour l'Arizona d'incarner cette vision, en combinant volontarisme et efficacité économique. La gestion du dossier Belfius-Ethias sera, à ce titre, un premier test de crédibilité. Car ce dossier est fortement miné, tant l'opposition à un rapprochement des deux institutions est grande, tant dans le chef de leurs managements respectifs que des Régions, actionnaires d'Ethias. "La taille n'est pas une stratégie", expliquait, il y a quelques jours, l'économiste Bruno Colmant, parlant de "pari hasardeux" dans les colonnes du Trends. Ce dernier se montrait ainsi très critique sur la valeur d'un tel rapprochement en y voyant avant tout une "opération orchestrée par le pouvoir politique" et ne reposant pas sur une "stratégie industrielle claire".
Quand on sait que de nombreuses fusions – même quand elles sont souhaitées par les entreprises concernées – ne produisent jamais les résultats escomptés, le risque est effectivement réel...
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