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Pourquoi le MR n'aime pas les syndicats et surtout la FGTB

Ces dernières années, Georges-Louis Bouchez a multiplié les attaques médiatiques contre les organisations de masse que sont les syndicats. La FGTB est particulièrement dans son viseur et elle le lui rend bien. Cette hostilité manifestée par "GLB" n'introduit pourtant pas de rupture. La réticence des libéraux à l'égard du mouvement syndical est bien plus ancienne que sa présidence. D'où vient-elle ?

En première analyse, il faut revenir aux idées. Le libéralisme repose sur un principe cardinal : la concurrence. Dans une certaine mesure, laisser agir les forces économiques relève même de l'intérêt général. Les entreprises se livrent bataille, ajustent leur comportement à leurs besoins et s'appuient sur un marché du travail aussi fluide que possible.

La "main invisible" d'Adam Smith

Adam Smith parlait de la "main invisible". Selon cette célèbre métaphore, la poursuite des intérêts individuels peut produire un effet collectif vertueux : en se combinant, les initiatives privées créent de la richesse et contribuent au bien commun. Par leurs revendications salariales et leur lutte en faveur des "acquis sociaux", les syndicats perturbent cette mécanique idéale.

Dans l'économie libérale, embauches et licenciements sont peu entravés par la loi et la population active demeure largement disponible. C'est dans cette logique que s'est inscrite, au moins en partie, l'action du gouvernement De Wever lorsqu'il a mis fin au chômage illimité dans le temps, qui maintenait à l'écart du marché de l'emploi une partie des travailleurs potentiels.

Une méfiance politique

Aujourd'hui, la méfiance du MR envers les syndicats est d'abord politique. La FGTB, en particulier, est perçue comme un obstacle supplémentaire sur la route des réformes "de droite". Lorsque Charles Michel devient Premier ministre, en 2014, de grandes manifestations nationales, organisées à l'appel des trois syndicats — dont la CGSLB, le syndicat… libéral — avaient mobilisé la rue contre les projets de sa majorité : saut d'index, recul de l'âge de départ à la retraite, etc. Au MR, on accepte avec une dose de fatalisme cette règle non écrite : lorsque le PS est dans l'opposition, les conflits sociaux sont toujours plus vifs.

Le gouvernement De Wever, dont le programme est plus à droite que celui de l'équipe Michel à l'époque, a lui aussi essuyé une forte opposition du monde syndical. Tout comme Georges-Louis Bouchez et ses troupes, le Premier ministre N-VA entretient peu de sympathie pour ces organisations qui contestent ce qu'il considère comme inévitable : l'austérité budgétaire et son cortège d'économies. "L'Arizona n'investit absolument pas dans la concertation sociale", constatait Jean Faniel, directeur du Crisp dans La Libre du 31 janvier.

Coups, insultes, humiliations… Récit de la soirée au cours de laquelle l'extrême gauche "antifasciste" a tenté d'intimider le MR par une rare violence

Le primat du politique

À la tête du MR, Georges-Louis Bouchez défend aussi une conception verticale du pouvoir. La politique doit primer et imposer ses décisions fondées démocratiquement. Conséquence : la concertation des exécutifs avec les multiples composantes de la société civile occupe une place moins importante dans l'ADN libéral que dans ceux des familles socialiste, écologiste ou centriste.

Cette différence tient aussi à l'histoire du pays. Le "pilier" libéral — syndicat, mutuelle et autres corps intermédiaires — s'est moins développé en Belgique que les piliers socialiste et chrétien, profondément implantés dans la société.

"L'Arizona est le gouvernement le plus à droite de ce siècle"

L'Action commune

À droite, un constat vient encore renforcer la défiance : celui de la proximité organique au sein de la galaxie socialiste entre le parti, le syndicat et la mutuelle. Au MR, FGTB et Solidaris sont perçues comme les relais et les amplificateurs du combat politique du PS. Cette alliance, dont l'intensité des liens peut varier selon les périodes, porte d'ailleurs un nom : l'Action commune.

Dans ces conditions, pourquoi s'embarrasser d'une négociation avec des contre-pouvoirs proches du principal adversaire électoral du MR ? D'autant que l'engagement de la gauche syndicale ne se limite pas à contester la vision socio-économique développée par les libéraux au sein des gouvernements. Elle s'exprime sur des sujets comme la question palestinienne et le conflit au Proche-Orient ou encore la politique migratoire, tout ce qui n'est pas de gauche étant souvent qualifié de "fasciste"…

En décembre, l'ancien président de la FGTB, Thierry Bodson, avait ainsi appelé à ne pas voter pour le MR, estimant "qu'il y a une infiltration de toute une série d'idées d'extrême droite à l'intérieur de ce parti. C'est tout à fait contraire aux valeurs du syndicalisme".

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