taraskuzio.com

Pourquoi La France insoumise cherche tant à profiter de l’agitation lycéenne

Lors de son meeting à Clermont-Ferrand ce dimanche, Jean-Luc Mélenchon reviendra largement sur la colère des lycéens et des étudiants qui s’exprime partout en France.

Jean-Luc Mélenchon lors d’une des manifestations lycéennes à Paris.

KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Jean-Luc Mélenchon lors d’une des manifestations lycéennes à Paris.

Sur les blocages, dans les manifestations, aux abords des établissements, ils sont reconnaissables à leur écharpe bleu blanc rouge. Depuis le début de la mobilisation lycéenne, les élus de La France insoumise se démultiplient sur le terrain pour accompagner la colère des jeunes. Ici, le maire de Saint-Denis Bally Bagayoko tente de s’interposer entre des manifestants et les forces de l’ordre ; là, le député Louis Boyard monte sur des poubelles amassées et chauffe son auditoire à blanc.

Jean-Luc Mélenchon ne s’y trompe pas vraiment. Dans une note de blog publiée mercredi 7 octobre, il a reconnu que le mécontentement des lycéens, qui se transforme selon lui en une « crise politique globale », est bénéfique au « programme de rupture » qu’il porte dans le cadre de la présidentielle. « Il y aura dans la mémoire collective de plusieurs générations de jeunes d’aujourd’hui, et pour toute une vie, le souvenir de ces journées qui font trembler le territoire politique et ses routines », a-t-il écrit.

En meeting ce dimanche 11 octobre à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), le candidat s’exprimera longuement sur le sujet. Et refera nécessairement le fil des derniers jours. Auprès du HuffPost, Manuel Bompard reconnaît avoir été surpris comme tout le monde par le déclenchement du mouvement, qu’il attribue à un premier blocage de lycée survenu à Créteil (Val-de-Marne).

« Cet établissement se trouve dans la circonscription de Clémence Guetté. Elle y est donc allée, comme on va à chaque fois sur les piquets de grève ou en soutien de collectifs mobilisés. C’est notre rôle », explique-t-il. Les députés LFI n’ont pas eu trop de mal à se faire une place dans les cortèges, bien accueillis par une jeunesse contestataire largement acquise aux idées de la gauche.

Dans la sphère politique, les critiques n’ont pas tardé à fuser. Le gouvernement, la droite et l’extrême droite s’en sont donné à cœur joie sur la volonté supposée de LFI de « souffler sur les braises », d’instrumentaliser la mobilisation dans un but électoral, voire de tomber dans la « surenchère irresponsable », comme l’a fait Sébastien Lecornu. Le Premier ministre a même accusé Jean-Luc Mélenchon « d’organiser un chaos à des fins électoralistes ».

« Révolution citoyenne »

En réalité, les jeunes lycéens âgés de 15 à 18 ans n’ont pas encore le droit de vote. Très peu d’entre eux vont pouvoir glisser un bulletin dans l’urne en avril prochain. Mais ce n’est pas uniquement le vote des lycéens que cherche à conquérir La France insoumise : c’est celui de tous ceux qui partagent leurs revendications (absences non remplacées, locaux dégradés, emplois du temps hachés...). Donc potentiellement leurs parents et les membres de leur entourage. Un sondage Elabe pour BFMTV, publié le 7 octobre, a montré que 55 % des Français approuvent la mobilisation lycéenne.

D’ailleurs, toute la stratégie de LFI repose sur une ébullition globale de la société. Le pari de Jean-Luc Mélenchon, qui défend depuis des années le concept de « révolution citoyenne », est de faire en sorte que le peuple soit en mouvement permanent. Il n’y a rien de plus déprimant pour lui qu’un peuple atone. Non sans arrière-pensée électorale, évidemment. Plus l’agitation est forte, plus le pouvoir en place tangue. Toujours bon à prendre à six mois d’une élection présidentielle.

« Tout ce qui bouge est rouge »

À gauche, les cadres et les militants rappellent souvent que « tout ce qui bouge est rouge », une vieille formule pour dire qu’il faut se saisir de toutes les ébullitions populaires, anticipées ou non. Cette fois, la mobilisation se fait en plus sur un terreau favorable à la gauche. « Évidemment, on préfère une grande mobilisation sociale qui porte sur les conditions d’accès à l’enseignement plutôt qu’un fait divers instrumentalisé par l’extrême droite », assure Manuel Bompard au HuffPost. Sans se risquer pour autant à prédire si la séquence profitera (ou non) à son mouvement.

D’où la volonté de La France insoumise de faire durer au maximum le mouvement. Dès le 6 octobre, l’entourage de Jean-Luc Mélenchon parlait « d’un point de départ ». Comme pour accréditer l’idée que les lycéens ne rentreraient pas chez eux aussi facilement... Cette même stratégie a été déployée à de maintes reprises par le passé.

L’an dernier, c’était autour de l’appel « Bloquons tout » ; il avait alors appelé à « la grève générale ». Avant ça, il y eut les émeutes déclenchées par la mort de Nahel Merzouk à Nanterre, les cortèges très fournis contre la réforme des retraites, les Gilets jaunes... En 2017, Jean-Luc Mélenchon avait appelé à manifester contre « le coup d’État social » commis selon lui par Emmanuel Macron. Maintenant, tout l’enjeu est de transformer cette colère en vote. Et là, c’est tout de suite plus compliqué.