Pourquoi certaines personnes sont-elles incapables de jeter un objet cassé, même lorsqu'il ne sert plus à rien ? - Psychologies.com

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Grille-pain muet, chaise bancale, câble sans prise… Pour certains, ces objets hors d'usage ne finiront jamais à la poubelle. Explications.
"Bocaux en verre, boîtes en carton, visserie, vieux équipements électroniques…" Marcel, 66 ans, énumère tout ce qu'il garde, dans un reportage de La Libre. Ce retraité belge sait que ses affaires l'encombrent : il manque de place et il en souffre. Pourtant, quand il se force à jeter, il le regrette presque aussitôt. Il pense encore à ce projecteur de diapositives balancé vingt ans plus tôt, alors qu'il fonctionnait. Il en a eu besoin juste après. Remplacez le projecteur par une lampe sans ampoule ou un mixeur en panne, et la logique reste la même.
La frénésie du "ça peut servir"
Ce blocage porte un nom : le trouble d'accumulation compulsive, ou hoarding disorder. Il touche plus de monde qu'on ne l'imagine. Une méta-analyse parue en 2019 dans le Journal of Affective Disorders a passé au crible onze études menées auprès de 53 378 adultes. Elle l'estime à 2,5 % de la population, soit environ une personne sur 40. Les hommes et les femmes sont touchés à égalité. Les estimations antérieures oscillaient entre 1,5 % et 6 %.
Ce trouble figure depuis peu parmi les maladies mentales à part entière, dans le DSM-5 comme dans la classification de l'OMS (CIM-11), rappelle une étude de 2022 publiée dans Translational Psychiatry. Il se définit par la difficulté persistante à se séparer de ses biens, quelle que soit leur valeur, au point d'encombrer le logement et de causer de la détresse. Rien à voir avec la collection, qui est choisie et organisée. L'objet cassé fait un candidat idéal : "je pourrais le réparer", "il me rappelle quelqu'un", "et si j'en avais besoin ?". Dans cette étude, menée auprès de 27 651 personnes, les chercheurs ont aussi exploré les pistes génétiques. Le risque génétique lié à la schizophrénie et à l'autisme est associé aux symptômes d'accumulation, mais pas celui du trouble obsessionnel compulsif (TOC), longtemps considéré comme proche.
Quid du syndrome de Diogène ?
Dans les cas extrêmes, l'accumulation s'accompagne d'autre chose. Le syndrome de Diogène désigne l'association d'un logement insalubre, d'une négligence extrême de soi et d'un repli sur soi. Une revue de la littérature publiée dans Canadian Family Physician y voit une entité gériatrique complexe, qui pose des défis cliniques, sociaux et éthiques. L'auteur note que ce nom prête à confusion. Le philosophe grec, qui vivait dans le dénuement par choix, n'a pas grand-chose à voir avec ces situations. Les cas décrits sont aussi très hétérogènes, ce qui souligne combien les contours de la définition du syndrome sont flous.
Le phénomène reste rare, mais pas anecdotique. Ainsi, selon une revue publiée dans le Tidsskrift for Den norske legeforening, l'incidence annuelle chez les plus de 60 ans adressés à un spécialiste avoisine 0,5 pour 1 000. Certains de ces patients accumulent des objets, d'autres non. Les auteurs notent aussi un lien, encore peu documenté, avec un dysfonctionnement des lobes frontaux, qui gèrent la planification et la prise de décision. Autrement dit, l'incapacité à jeter peut parfois venir du cerveau lui-même plutôt que d'un choix. Ces personnes refusent souvent toute aide, ce qui rend l'accompagnement délicat.