taraskuzio.com

Quinze euros pour voter à la primaire PS ? Un montant stratégique, mais qui crispe déjà

Politique 03/08/2026 18:11 Actualisé le 03/08/2026 19:37

Selon plusieurs médias, le Parti socialiste devrait - sauf surprise lors du vote de validation fin août - réclamer une participation de 15 euros aux électeurs non encartés.

15 euros pour voter à la primaire du PS ? Le montant n’a rien d’anodin, et suscite des crispations

CHRISTOPHE ENA / AFP

15 euros pour voter à la primaire du PS ? Le montant n’a rien d’anodin, et suscite des crispations

La compétition se dessine, non sans ratures. Le Parti socialiste doit acter officiellement fin août les règles qui vont encadrer leur primaire pour l’élection présidentielle 2027. En attendant cette date, qui correspond aux universités d’été du PS à Blois, les dirigeants phosphorent sur plusieurs enjeux, des parrainages nécessaires aux éventuels prétendants, au montant demandé aux électeurs pour choisir leur champion.

Selon L’Opinion et Le Parisien, les différents acteurs s’accordent ce début de mois d’août autour d’une somme de 15 euros (10 pour les personnes les plus modestes), pour ceux qui n’auraient pas adhéré au PS ou à la petite formation de Raphaël Glucksmann, Place Publique. Contrairement à ces militants « hors les murs », ceux à jour de cotisation n’auront pas à débourser un centime. Un tarif peut-être stratégique, notamment pour éviter l’afflux de votants mal intentionnés, mais qui suscite déjà des remous en interne.

« Si c’est le prix final 15 €, y compris pour les non imposables, ça sera quelque chose de dissuasif », déplore par exemple un élu PS auprès du HuffPost, dans le sillage de plusieurs figures du parti. Parmi elles, la finaliste de la présidentielle 2007, Ségolène Royal. Lancée à l’assaut de ce départage interne, comme les députés Philippe Brun ou Jérôme Guedj, l’ancienne ministre déplore un prix prohibitif.

« Ils veulent un suffrage populaire ou censitaire ? »

« C’est trop cher », a-t-elle dénoncé sans ambages sur les réseaux sociaux, en se demandant « comment justifier de passer de 2 euros à la précédente primaire de 2016, à 15 euros cette année », ceci « alors que le pouvoir d’achat a baissé. » « Vérifier une motivation en fixant une contribution symbolique oui, mais faire un barrage par un prix trop élevé risque d’affaiblir l’idée même de la bonne initiative de primaire démocratique », a encore écrit Ségolène Royal dimanche 2 août, en prônant un don de « 5 euros, pas plus. » Et elle n’est pas la seule.

Dans le même esprit, le maire d’Alfortville Luc Carvounas tente un parallèle assez éloquent pour dénoncer la déconnexion des huiles socialistes. « Depuis le 4 mai dernier les étudiants peuvent manger pour 1 € leurs repas grâce au PS », rappelle-t-il, en référence à la négociation menée par Olivier Faure avec Sébastien Lecornu, qui avait débouché sur cette mesure attendue. Or, les opposants du premier secrétaire « souhaitent une participation de nos jeunes aux primaires à 15 € ». Et de s’interroger : « ils veulent un suffrage populaire ou censitaire ? »

De fait, le prix du ticket d’entrée dit beaucoup de ce qui se joue au Parti socialiste à sept mois désormais du premier tour de la présidentielle. Il résulte, tout d’abord, de la victoire de l’option portée par Boris Vallaud, Nicolas Meyer Rossignol et les opposants à Olivier Faure lors de la consultation des militants fin juillet. Ceux-ci ont opté pour la ligne souhaitant le rassemblement du PS avec ses satellites, et une compétition ouverte uniquement aux adhérents. D’où le prix annoncé pour les non encartés, quand la direction du mouvement plaidait plutôt pour une pièce de deux euros.

Limiter l’ingérence de LFI ?

Une portée symbolique qui ne l’est plus vraiment quand on s’apprête à réclamer 15 euros pour participer à un tour de chauffe interne à un parti de gauche. Qu’importe, pour les promoteurs de ce système, celui-ci comporte un avantage : dégoûter les électeurs qui auraient choisi de prendre part à ce scrutin avec de mauvaises intentions.

En clair : éviter l’afflux massif de militants LFI qui pourraient fausser le résultat du scrutin, s’ils décidaient de soutenir un candidat socialiste dans le seul but de favoriser l’aventure de Jean-Luc Mélenchon vers 2027. « On préfère demander une participation symbolique plutôt que de voir des militants LFI ou RN venir choisir le candidat socialiste », assume par exemple Cécile Fadat, une proche de la présidente de région Carole Delga.

Reste que ce risque est relativement faible si l’on regarde les exemples précédents de primaires (celle de la droite en 2016 par exemple), et écarté par de nombreuses sources au sein du PS. « Je ne crains absolument pas l’entrisme car je ne vois pas des militants LFI venir susciter une dynamique dans notre camp, objecte par exemple un député socialiste. Surtout, tout électeur supplémentaire sera facteur de preuve d’attractivité de notre primaire. » Et donc, une mauvaise nouvelle pour les insoumis.

Alors, comment comprendre ce choix ? En creux, c’est aussi la question du corps électoral qui semble se dessiner à travers ces bisbilles de trésoriers. En privilégiant une option aussi onéreuse, les socialistes, certes, empêcheront toute ingérence, mais donneront l’impression de privilégier le soutien de populations aisées. Assez dévastateur quand on se souvient du remous qu’avait provoqué la fuite d’une note interne conseillant à Raphaël Glucksmann de se détourner des précaires et des jeunes pour viser les cadres et les retraités. Sur ce terrain-là aussi, la bataille ne fait que commencer.