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Prendre de la méthadone à domicile est plus efficace

Une étude à laquelle ont participé des chercheurs de l’Université Simon Fraser (SFU) montre que, dans le cadre d’un traitement contre la dépendance aux opioïdes, l’administration de la méthadone à domicile plutôt que sous la supervision d’un pharmacien ou dans une clinique de santé offre de meilleurs résultats et diminue le risque de mortalité.

L’étude a été publiée en août dans la revue Journal of the American Medical Association. Les chercheurs ont utilisé des données collectées entre 2010 et 2022 en Colombie-Britannique. Ils ont comparé les résultats du traitement sur des populations d’individus diverses : ceux n'ayant pas pu prendre le traitement à domicile, et ceux ayant pu le prendre chez eux à partir d’un certain délai, plus ou moins long, après le début du traitement de substitution.

Les résultats de cette étude montrent que le fait de commencer un traitement à domicile à la méthadone dans les 5 à 12 semaines et dans les 13 à 24 semaines suivant la fin de la phase d'induction a permis d'obtenir les meilleurs résultats en termes de réduction de la mortalité et d'abandon du traitement.

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Les chercheurs concluent également que la prise de méthadone à domicile, peu importe si elle débute tôt ou tard après le début du traitement, s'est systématiquement révélée plus efficace que l'absence de traitement à domicile.

En Colombie-Britannique, l'administration de la méthadone doit se faire pour la plupart des patients sous la supervision d’un pharmacien ou d’un professionnel de la santé. Les chercheurs sont partis du principe que cette pratique pourrait constituer un obstacle au maintien à long terme du traitement.

Vous êtes traités comme un enfant, comme un suspect, comme un criminel. Vous savez, ils vous regardent prendre votre médicament. Il n‘y a aucune dignité là-dedans, explique Garth Mullins, membre de la BC Association of People on Methadone, qui a collaboré à l’étude en tant que conseiller.

Selon le Dr Brian Conway, directeur médical du Centre des maladies infectieuses de Vancouver, qui n'a pas participé à l'étude, des barrières existent bel et bien pour celles et ceux qui doivent se rendre dans des pharmacies ou des centres de santé pour l’administration de la méthadone.

Le Dr Brian Conway, le 3 mai 2023.

Le Dr Brian Conway est directeur médical du Centre des maladies infectieuses de Vancouver. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Justine Beaulieu-Poudrier

[Les patients] doivent venir tous les jours, souvent à une heure qui ne leur permet pas de travailler, explique Brian Conway. Il ajoute que, en cas d’empêchement, et lorsqu’on manque un ou deux jours, les individus sont souvent pénalisés avec une réduction de la dose de méthadone.

C’est un modèle qui restreint la marge de manœuvre des gens.

Selon le Dr Bohdan Nosyk, chercheur à la faculté des Sciences de la santé de la SFU et coauteur de l'étude, la pratique de la prise de méthadone de façon supervisée n'a pas prouvé son efficacité. Citant une précédente étude, il estime que le coût pour la province est estimé à plus de 30 millions de dollars par an.

Pas pour tous les patients

Si les chercheurs concluent que les bénéfices au niveau des patients méritent d'être pris en compte lors de l'élaboration des recommandations cliniques relatives à l'administration à domicile, le Dr Brian Conway veut rester prudent.

C'est une étude qui nous vient d’une époque largement avant le fentanyl, avant l’utilisation d’autres stratégies que la méthadone pour les traitements de substitution, dit-il.

Cela dit, je pense que cela nous instruit sur le fait que, chez certains individus très stables sur la méthadone, le fait de pouvoir consommer à la maison la plupart des jours est une stratégie à employer pour les aider dans leur cheminement.

Cela peut leur permettre de retourner à leur vraie vie. Ils travaillent, se réintègrent dans la société. Cela leur permet de consolider la réponse à l’addiction.

Le Dr Brian Conway rappelle qu’il peut exister des risques liés à la consommation de méthadone à domicile, sans supervision. Quelqu’un d’autre peut prendre le traitement, ou la méthadone peut ne pas être conservée de façon sécuritaire, dit-il, rappelant que c'est un produit très toxique, sinon mortel.

Il cite également le risque que la méthadone ne soit pas consommée selon la prescription, ce qui peut engendrer un manque à un certain mom etaugmenter ainsi le risque de recourir de nouveau à des drogues illicites.

Le Dr Brian Conway pense que cette étude peut cependant avoir un impact pour l'élaboration des politiques publiques concernant le traitement des dépendances. Je pense que cela va ouvrir la possibilité que la prise à domicile soit réalisée de façon un peu plus précoce chez certains individus, en démontrant que cela peut réussir.

Avec des informations de Bismah Mughal