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Pour la Fédération Wallonie-Bruxelles, "le salut ne viendra pas de l'extérieur", prévient Benoît Dispa

Les francophones de Belgique n'ont pas vraiment été à la fête dernièrement : finances en pleine déconfiture, pressions des nationalistes flamands, crise dans l'enseignement… Pourtant, ce dimanche, c'est la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), l'institution qui incarne le lien entre Wallons et Bruxellois, qui est célébrée. L'occasion d'évoquer son présent, mais aussi et surtout son avenir, avec le président de son Parlement, Benoît Dispa (Les Engagés).

  • Un récent sondage rappelait combien les Belges ont du mal à s'y retrouver dans la lasagne institutionnelle du pays. Qu'est-ce qui justifie aujourd'hui le maintien de son existence ?

Au-delà de l'institution, ce sont ses compétences qui sont déterminantes. Elles sont même existentielles. L'enseignement, la culture, les médias, l'enfance, la jeunesse… sans en faire la liste complète, ce sont des compétences essentielles dans la vie des gens. Elles doivent être exercées, assumées, incarnées. Et la Fédération est là pour les assumer, au bénéfice de l'ensemble des francophones.

  • Mais ça fait des mois que nombreux sont ceux qui tirent la sonnette d'alarme au sujet de sa situation financière. On parle partout de réduction des dépenses, de rationalisation, de simplification. Voire d'une réforme de l'État. Dans un tel contexte, la FWB a-t-elle encore un avenir ?

Si, dans une idée de simplification à l'extrême, elle disparaissait demain, ça veut dire qu'on renvoie aux Régions l'exercice de ses compétences, qu'on dédouble les administrations entre la Wallonie et Bruxelles. Et donc on va peut-être simplifier la lecture que l'on peut avoir des institutions, mais on ne va certainement pas simplifier la tuyauterie. On va y consacrer une énergie folle. Ça prendrait des années. Et ça ne générerait, à mon sens, aucune économie, puisqu'au contraire on multiplierait les structures. Donc la Communauté française (nom officiel de la Fédération Wallonie-Bruxelles, NDLR), pour moi, a toute sa raison d'être. Maintenant, qu'il faille simplifier le paysage institutionnel, oui, sûrement. Mais c'est peut-être davantage au niveau des institutions provinciales que l'on doit approfondir cette volonté. Il y a un travail au niveau fédéral sur le Sénat. Donc il y a une volonté de simplifier. Mais donc, si, in fine, ce n'est pas la Communauté française qui est dans l'œil du cyclone, c'est parce qu'elle a toute sa raison d'être.

guillement

Si ce n'est pas la Communauté française qui est dans l'œil du cyclone, c'est parce qu'elle a toute sa raison d'être.

  • Son avenir doit-il dès lors passer par un refinancement par d'autres niveaux de pouvoir ?

La FWB est en difficulté budgétaire parce qu'elle est contrainte par une loi de financement qui ne lui donne aucune marge de manœuvre sur ses recettes. Mais il faut savoir agréer au gouvernement d'avoir immédiatement pris la mesure de ces difficultés et d'avoir décidé des mesures permettant de redresser la barre et de se situer désormais dans une perspective de réduction des déficits. Je ne dis pas encore de retour à l'équilibre, mais de réduction des déficits. Ça n'a pas été simple, puisqu'effectivement, ces mesures ont été douloureuses dans certains secteurs et en particulier dans le secteur de l'enseignement (lire ci-dessous). Mais ce sont des mesures qui portent leurs fruits. Le conclave budgétaire pour la FWB sera infiniment moins douloureux que celui de l'année dernière. Et il sera moins douloureux que celui qui se profile au fédéral et au niveau régional. Ça veut dire que la Communauté française, d'une certaine manière, a pris son sort entre les mains. Les autres entités sont au-devant de difficultés au moins aussi importantes : les 10 milliards au fédéral et 1 ou 2 milliards à la Région wallonne vont nécessiter des efforts. D'une certaine manière, la FWB a anticipé. Alors, dans ce contexte-là, peut-on envisager une aide de l'extérieur ? Je n'y crois pas une seule seconde.

guillement

Le conclave budgétaire pour la FWB sera infiniment moins douloureux que celui de l'année dernière. Et il sera moins douloureux que celui qui se profile au fédéral et au niveau régional.

  • Cette semaine, plusieurs personnalités de la N-VA, dont le Premier ministre Bart De Wever, ont mis la pression sur les francophones, faisant planer l'ombre d'une nouvelle réforme de l'État...

L'agenda institutionnel communautaire n'a pas disparu dans la tête des nationalistes flamands. Si on était structurellement en situation de demandeur, on ferait leur jeu. Eux n'attendent que ça pour remettre à l'ordre du jour leur chambardement institutionnel. Ceux qui nient la menace qui pèse sur la soutenabilité de l'endettement des entités fédérées font en réalité leur jeu. Le salut ne viendra pas d'extérieur. Il passera par des efforts en interne.

President of the Federation Wallonia Brussels parliament Benoit Dispa pictured during a plenary session of the parliament of the Federation Wallonie-Bruxelles (Federation Wallonia Brussels - Federatie Wallonie Brussel) in Brussels, Thursday 3 September 2026. Today is the so-called Rentree, the first plenary session after the summer holidays.
BELGA PHOTO EMILE WINDAL
Pour Benoit Dispa, "le salut de la Fédération Wallonie-Bruxelles ne viendra pas de l'extérieur". ©Belgaimage
  • Ce dimanche reste cependant un jour de fête pour les francophones. Quel message avez-vous envie de leur adresser à cette occasion ?

Un message de vigilance. Parce qu'effectivement l'atmosphère n'est pas à la fête, et les évolutions auxquelles on assiste, et parfois auxquelles on participe, dégradent le débat démocratique sous l'effet de dérives extérieures, mais également intérieures. Et donc il faut à un moment donné que les démocrates se souviennent que ce qui les unit est plus fort que ce qui les sépare. Et c'est vrai aussi pour les francophones. Il peut y avoir des désaccords sur les mesures, mais les enjeux humains sont tellement importants qu'il faut qu'on puisse les assumer collectivement, avec un esprit de responsabilité, mais aussi avec un esprit de dialogue, de cohésion. C'est la seule voie possible pour sortir de cette dérive.


Enseignement : "Il faut trouver une sortie de crise"

Ces derniers mois ont été marqués par la contestation des acteurs de l'enseignement, lesquels ont dénoncé les mesures d'économies ainsi qu'un manque de concertation.

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En mai dernier, Benoit Dispa est allé à la rencontre d'une délégation d'enseignants en colère suite aux mesures d'économies imposées dans leur secteur. ©EDA

Pour Benoît Dispa, "il faut maintenant trouver une sortie de crise". Or, à ses yeux, "il y a quelques facteurs qui permettent de l'envisager". Outre le fait que "la situation budgétaire s'améliore, ce qui permet de se dispenser de mesures additionnelles", il pointe trois directions.

Tout d'abord, il plaide en faveur d'un "accompagnement plus rapproché des écoles et des enseignants eux-mêmes. Il faut qu'on puisse, sur le terrain, au cas par cas, s'assurer que les impacts négatifs sont limités ou qu'ils sont corrigés".

Ensuite, il invite le politique et les acteurs du secteur à "rechercher les voies de l'apaisement" en renouant les liens de la concertation. "La concertation, c'est avoir une méthode de travail, mais c'est aussi avoir un état d'esprit collaboratif. Pour peu qu'il y ait une volonté de renouer le dialogue de part et d'autre, on peut alors se tourner collectivement vers des enjeux majeurs tels que la poursuite de l'implémentation du tronc commun ou la possibilité de donner plus d'autonomie aux écoles. Une des leçons de cette crise, c'est que notre enseignement est trop contraint, il est figé dans des dispositions réglementaires, alors que, sur le terrain, il y a une expertise réelle qui a besoin d'autonomie et d'une certaine liberté d'action".

guillement

Une des leçons de cette crise, c'est que notre enseignement est trop contraint.

Enfin, il pointe l'évolution démographique et la dénatalité "qu'il faut absolument anticiper", car cela "va avoir des effets massifs sur l'enseignement. On le voit déjà maintenant. Mais si on ne s'en préoccupe pas. Donc il faut que l'on anticipe en réfléchissant sur les normes d'encadrement, sur des regroupements d'écoles potentiels, etc."


Une législature sous haute tension : "Le Parlement est à l'image de la société"

Sans doute davantage qu'à d'autres étages de la lasagne institutionnelle, la Fédération Wallonie-Bruxelles est aujourd'hui minée par de vives tensions entre ses acteurs politiques.

"Le Parlement est à l'image de la société. L'un et l'autre sont traversés par des tensions, des crispations, des conflits qui font que le champ politique comme le champ de la société civile sont maintenant des champs de conflictualité", observe ainsi Benoît Dispa. Lequel annonce sa volonté de se saisir de la question afin de "réenchanter" l'institution, et "lui rendre un rôle essentiel dans le débat démocratique, au-delà des polémiques, des caricatures et de cette logique d'affrontement un peu stérile qui ne mènent pas à grand-chose, si ce n'est à une détérioration de l'image du Parlement, de l'image du politique et à une dégradation de la vie démocratique".

Sur initiative de Benoît Dispa, les services du Parlement organisent en octobre une journée d'étude consacrée à la violence en politique.

"Qu'il y ait des conflits, c'est inévitable. Mais la démocratie est là pour permettre de les gérer. Sauf si leur intention est de mettre de l'huile sur le feu et de créer les antagonismes dans une logique de lutte des classes, par exemple, les acteurs doivent gérer leur désaccord, dépasser les antagonismes et se souvenir que ce qui les rapproche est peut-être plus important que ce qui les éloigne", conclut Benoît Dispa.

guillement

 Qu'il y ait des conflits, c'est inévitable. Mais la démocratie est là pour permettre de les gérer.

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