PORTRAIT. Monique Barbut : la ministre lanceuse d’alerte qui gêne le gouvernement
l'essentiel La ministre de l’Environnement, Monique Barbut, impose son style au gouvernement. Entre menaces de démission et franc-parler sur le climat, elle bouscule les codes politiques. Jusqu’où ira cette écologiste intransigeante ?
Durant quelques jours, les Français l’ont maudite… En pleine canicule, Monique Barbut venait d’annoncer qu’une seconde vague de chaleur n’allait pas tarder à déferler sur l’Hexagone. Rétropédalage immédiat de sa collègue Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement : "Il faut être extrêmement prudent en parlant de prévisions météorologiques". Monique Barbut avait pourtant raison. La seconde vague de chaleur est bien arrivée après quelques jours de répit. Fallait-il le dire ? Fallait-il prévenir les Français au risque de les désespérer ? L’anecdote est en tout cas révélatrice d’un personnage entier à qui l’on ne dicte pas ses interventions médiatiques.
Pas fan des médias
Lorsque nous rencontrons Monique Barbut pour la première fois en janvier dernier, elle n’a encore jamais sacrifié au rituel des déjeuners de presse. Ces échanges off permettent aux ministres de balayer l’actualité en sortant largement de leur pré carré. Mais Monique Barbut n’aime pas parler de ce qu’elle ne connaît pas, elle le fait savoir par la voix de son attaché de presse et se cantonnera, deux heures durant, aux questions environnement. Petit bout de femme pétillante, Monique Barbut ne se laisse pas facilement tordre le bras, même pour plaire aux médias.
Le 9 juillet, par exemple, elle renonce à prendre la parole lors d’un point presse organisé à son ministère sur les conséquences du changement climatique en France. "La ministre a une contrainte d’agenda", indique une conseillère. En réalité, seule une poignée de journalistes spécialisés s’était inscrite et la ministre a préféré ne pas perdre son temps pour une salle à moitié vide, révèle alors le journal L’Opinion.
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Il faut dire que Monique Barbut ne vient pas du sérail policé où l’on enrobe les choses d’un coup de langue de bois. Elle a fait ses armes dans le milieu des ONG, puis à l’ONU où elle a été secrétaire exécutive de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification. En 2018, elle rejoint le conseil d’administration de WWF France. Elle en devient la présidente. Puis, de mai 2020 à janvier 2021, elle est envoyée spéciale auprès du président de la République française pour la préparation du "One Planet Summit" sur la biodiversité. Un travail de négociation qui, certes, demande de la diplomatie, mais se déroule loin des yeux de la presse et du grand public.
La démission comme moyen de pression
En entrant au gouvernement, Monique Barbut a donc découvert de nouveaux codes. Elle a aussi découvert le poids d’une menace de démission auprès d’un président encore traumatisé par le départ de Nicolas Hulot en 2018. Et elle va en user pour arriver à ses fins. En janvier dernier, par exemple, alors que sa collègue des Outre-mer Naïma Moutchou souhaite autoriser l’exploration d’hydrocarbures en Guyane, Monique Barbut la reçoit à son ministère. La discussion tourne à l’affrontement et la ministre de l’Environnement menace de claquer la porte. Sébastien Lecornu fera finalement marche arrière.
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Il y a quelques jours, la ministre a de nouveau mis sa démission dans la balance si le gouvernement acceptait de maintenir, dans le projet de loi sur l’urgence agricole, les mesures sur les retenues d’eau et le retour de l’acétamipride votées par les sénateurs. En commission mixte paritaire, les élus macronistes se sont abstenus, ne permettant pas de retirer les mesures contestées par la ministre, mais le texte qui sera soumis ce soir soir à un ultime vote à l’Assemblée nationale pourrait malgré tout être rejeté, offrant à Monique Barbut l'occasion de déchirer une énième lettre de démission.