Polymarket : le site bloqué en France, l'ANJ met fin aux paris sur l'actualité
Publié le 17 juillet 2026 à 19:20 par Christian D.
Le rideau de fer numérique s'abat sur Polymarket. La plateforme de paris sur l'actualité, qui transformait chaque événement en opportunité de mise, voit son accès coupé net sur le territoire français. Une décision radicale qui signe la fin d'une partie pour des milliers de parieurs.
L'Autorité Nationale des Jeux (ANJ) a ordonné le blocage total du site de paris Polymarket en France. Cette décision, effective depuis le 16 juillet, transforme un simple géo-blocage des transactions en une interdiction d'accès complète. Le régulateur considère la plateforme comme une offre de jeu d'argent illégale dont la page d'accueil constitue une publicité non autorisée.
Le couperet est tombé. L'Autorité Nationale des Jeux (ANJ) a ordonné aux fournisseurs d'accès à Internet français de bloquer Polymarket, la célèbre plateforme où l'on pouvait miser sur tout et n'importe quoi, des élections présidentielles à la date de décès d'une célébrité.
Cette mesure drastique succède à une première tentative de géoblocage des transactions datant de novembre 2024, que les utilisateurs parvenaient manifestement à contourner.
Avec plus de 578 000 visites et 205 000 visiteurs uniques depuis la France pour le seul mois de juin, le régulateur a décidé de passer à la vitesse supérieure. La raison est double : l'activité même du site est jugée illégale, et sa simple vitrine est perçue comme une publicité agressive pour des jeux d'argent prohibés.
Pourquoi le site Polymarket est-il désormais inaccessible en France ?
L'accès à Polymarket est bloqué car l'ANJ le qualifie de jeu d'argent illégal. Le régulateur estime que la page d'accueil, qui affiche dynamiquement les cotes des paris, constitue une forme de publicité pour une activité non autorisée sur le territoire français. Cette promotion est considérée comme un délit pénal, exposant ses auteurs à une amende salée de 100 000 euros.
La législation française est très stricte sur ce point. « La publicité, par quelque moyen que ce soit, en faveur d’un site de paris ou de jeux d’argent et de hasard non autorisé est un délit pénal », martèle l'ANJ.
Le simple fait de diffuser les cotes et rapports de ces sites non agréés tombe sous le coup de la même peine. En passant d'un géoblocage des transactions à un blocage administratif complet, l'autorité durcit le ton.
Quels scandales ont accéléré la décision de l'ANJ ?
La décision a été précipitée par plusieurs affaires sulfureuses, notamment une manipulation présumée de capteurs météo. En avril, Météo-France a porté plainte après qu'un parieur a empoché 14 000 dollars en misant sur une hausse anormale des températures à l'aéroport de Roissy, le jour même où les instruments de mesure ont connu des dysfonctionnements suspects.
Cette affaire a mis en lumière les risques de dérives et l'absence de garde-fous sur la plateforme. Ce n'est pas le seul incident ayant attiré l'attention du régulateur. Fin 2024, un trader français avait déjà fait les gros titres avec un gain hors-norme de 44 millions d'euros en pariant sur la victoire de Donald Trump.
De tels événements, combinés à l'absence de dispositif d'identification des utilisateurs (KYC, pour Know Your Customer), ont convaincu l'ANJ que la plateforme représentait une menace pour l'intégrité et la protection des joueurs, justifiant une mesure d'interdiction totale.
Comment fonctionne concrètement un marché prédictif comme Polymarket ?
Polymarket est une plateforme décentralisée de marchés de prédiction, bâtie sur la blockchain Polygon (un réseau conçu pour améliorer la vitesse et réduire les coûts des transactions sur Ethereum).
Les utilisateurs ne parient pas contre un bookmaker mais achètent et vendent des "actions" représentant l'issue d'un événement. Chaque marché propose une question binaire, avec une réponse par « oui » ou par « non ».
Le prix d'une action, fluctuant entre 0 et 1 dollar, reflète la probabilité agrégée que l'événement se produise, selon les participants.
Le système repose sur des contrats intelligents (des programmes autonomes sur la blockchain) pour gérer les paris et la résolution des résultats de manière automatisée et transparente.
À la clôture du marché, si l'événement s'est produit, les actions « oui » valent 1 dollar et les actions « non » ne valent rien, et inversement. Ce mécanisme, soutenu par des investisseurs comme Peter Thiel et Vitalik Buterin, se présente comme un outil d'analyse complémentaire aux sondages mais son aspect spéculatif le place directement dans le viseur des régulateurs de jeux.
Quel avenir pour les marchés prédictifs face aux régulateurs européens ?
L'avenir de ces plateformes en Europe s'assombrit, car la France n'est pas un cas isolé. L'étau réglementaire se resserre sur tout le continent avec des pays comme l'Allemagne, la Belgique, l'Italie, l'Espagne et la Suisse ayant déjà pris des mesures de restriction ou de blocage.
Ces régulateurs partagent la même analyse : les marchés prédictifs sont, au fond, une forme de jeu d'argent qui opère sans licence. La nature hybride de ces marchés, à mi-chemin entre la finance spéculative et le pari sportif, complique la tâche des autorités.
Cependant, une tendance générale se dessine : une régulation de plus en plus stricte. Le véritable enjeu est peut-être là : comment réguler un phénomène qui, par nature, est conçu pour échapper aux frontières traditionnelles et aux cadres juridiques existants ?
Journaliste GNT spécialisé en mobilité / Ante-Geek des profondeurs du Web et d'ailleurs
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