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Politique zéro dégradation, « sport attitude »… Comment Antibes, Grasse et Mandelieu tentent d’exister face au (puissant) Palais des festivals de Cannes ?

54,9 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, 1,2 milliard d’euros de retombées économiques la même année, 35 000 m2 de surface dévolus à l’exposition, 5 amphithéâtres équipés de 150 à 2 300 places… Le Palais de Cannes accueille, tout au long de l’année, de nombreux congrès, salons et festival : Mipim, Taxe free, Canneséries…

Face à ce mastodonte, comment les Centres expos et autres Palais des congrès de l’ouest des Alpes-Maritimes arrivent-ils à exister ? « On n’est pas sur le même marché, on n’a pas le même modèle, explique Jean-Pierre Derail, directeur d’exploitation du Palais des congrès Antipolis, à Juan-les-Pins. Les congrès que nous accueillons réunissent entre 400 et 800 personnes » - contre 15 000 à 20 000 personnes pour Cannes.

« Ce n’est pas comparable, abonde Odile Delannoy, directrice du Centre expo congrès de Mandelieu. On est plus en concurrence avec Antibes, mais c’est encore plus sévère au niveau national. »

« Il faut aller chercher le client », lance le directeur d’Antipolis, qui indique que le taux de récurrence atteint les 57 % à Juan-les-Pins. « Il faut arriver à fidéliser nos clients, essayer d’améliorer nos process, nos qualités de services, notre accueil… Il faut aussi innover, se renouveler et proposer à chaque fois une nouvelle expérience… La concurrence nous oblige à rester toujours très compétitif. »

« Une politique zéro dégradation » à Antibes

Jean-Pierre Derail est le directeur d’exploitation du Palais des congrès Antipolis de Juan-Les-Pins depuis sa sortie de terre.
Jean-Pierre Derail est le directeur d’exploitation du Palais des congrès Antipolis de Juan-Les-Pins depuis sa sortie de terre.
Sébastien Botella / Nice-Matin

Du côté d’Antibes, avec 4,5 millions d’euros de retombées indirectes, on mise sur « une politique zéro dégradation. […] On fait toujours en sorte que le Palais ait un aspect neuf. On repeint quand c’est nécessaire, on change la moquette… Dès qu’on voit que ça commence à se dégrader, on n’attend pas qu’un client vienne nous le dire. Notre maître mot, c’est l’excellence. On a aussi un agent de propreté présent en permanence », ajoute Jean-Pierre Derail.

Antipolis souhaite aussi être un exemple en matière de développement durable : mise en place de systèmes de management responsable, tri des déchets, abandon de la vaisselle jetable… la structure antiboise compte même installer, très prochainement, des ruches sur le toit du bâtiment.

Et puisque c’est Juan… il y a forcément du jazz. Des photos ou des empreintes de mains d’artistes passés par le festival Jazz à Juan, des salles aux noms de grands noms du genre musical - « espace Gould », « salle Ella Fitzgerald », « salle Ray Charles »… « Et les congressistes sont accueillis par un saxophoniste ! »

À Mandelieu, « un terrain de jeu sportif assez étendu »

Le Centre expo congrès de Mandelieu (ici sa directrice, Odile Delannoy), dont les espaces se situent principalement de plain-pied.

Le Centre expo congrès de Mandelieu (ici sa directrice, Odile Delannoy), dont les espaces se situent principalement de plain-pied.
Dylan Meiffret / Nice-Matin

Quant à Mandelieu, l’atout du Centre expo des congrès, selon sa directrice, c’est que « c’est un palais de plain-pied », ce qui permet de « réduire le temps de montage ». Avec, notamment, un plateau de 1 700 m² sans pilier : « On peut présenter des véhicules et les exposants peuvent mettre leurs camions à cul. » Et puisque « chaque destination à son univers », dixit Odile Delannoy, du côté de la cité du mimosa, on mise sur le sport.

« On a un terrain de jeu sportif qui est assez étendu, entre la mer et les espaces verts ou la montagne, expose la directrice. D’où l’idée de créer ce sport-attitude et de proposer à nos congressistes un catalogue d’activités qu’ils peuvent pratiquer. On n’est pas obligés d’être un sportif dans l’âme, mais on peut faire une séance de Pilates, de yoga, de réveil musculaire. Et pour ceux qui sont un peu plus sportifs, on offre des choses un peu plus cardios. » Une formule qui séduit, puisque près de 80 % des congrès intègrent cette option « sport attitude ».

L’établissement mandolocien fait également intervenir des sportifs de hauts niveaux, lors de conférences par exemple, et propose des vélos pour permettre aux congressistes de cheminer jusqu’à leur hôtel. L’hébergement est un autre atout pour les directeurs de Mandelieu et d’Antibes, qui brandissant fièrement que « plus de 1 000 chambres d’hôtels sont accessibles à pied » depuis leurs bâtiments.

« Le gros tissu Airbnb du centre-ville fonctionne très bien »

Laurence Meineri, la directrice du palais des congrès de Grasse, et Hélène Roubaud, directrice générale adjointe à l’attractivité, à l’événement, au commerce et aux relations internationales à la Ville.
Laurence Meineri, la directrice du palais des congrès de Grasse, et Hélène Roubaud, directrice générale adjointe à l’attractivité, à l’événement, au commerce et aux relations internationales à la Ville.
Photo Elodie Longépé / Nice-Matin

Mais alors, quid de Grasse, qui ne possède presque pas d’hôtels en centre-ville et à proximité immédiate de son Palais des congrès ? « On a pensé que ça allait être un frein, et notamment pour le Simppar (Salon international des matières premières pour la parfumerie), parce que les gens venaient du monde entier. Mais au final, avec une bonne collaboration avec l’office de tourisme, on a identifié toutes les possibilités d’hébergement sur la commune mais aussi en petite couronne et, au final, ça s’est passé très bien, expliquent Hélène Roubaud, directrice générale adjointe à l’attractivité, à l’événement, au commerce et aux relations internationales, et Laurence Meineri, la directrice du Palais. Le gros tissu Airbnb du centre-ville fonctionne très bien et est assez qualitatif. »

Et pour un congrès, où les participants sont généralement logés dans le même hôtel - à la sortie de la pénétrante notamment -, « on prévoit des bus pour permettre aux personnes de rejoindre le Palais des congrès le matin et de retourner à leurs chambres le soir ».

Le palais des congrès de Grasse en régie municipale

Le palais des congrès de Grasse fait 1 000 m² sur trois étages.
Le palais des congrès de Grasse fait 1 000 m² sur trois étages.
PATRICE LAPOIRIE / Nice-matin

Le Palais des congrès de Grasse, le plus petit des établissements - 1 000 m² sur trois étages, contre 5 000 pour Mandelieu et 6 500 pour Antibes -, qui accueille notamment des congrès et salons liés à la filière du parfum, de la matière première jusqu’au produit fini, est, lui, géré en régie municipale et non en régie indirecte, comme ses homologues mandolociens et antibois.

Un modèle qui lui permet de mobiliser également l’espace Chiris (un ancien séchoir à fleurs) et le cours Honoré-Cresp… « On peut offrir une espèce de complémentarité, on essaie d’être le plus modulable possible. On peut également voir si on peut actionner le théâtre ou le nouveau campus, qui a une salle de réception… Il n’y a pas de concurrence en interne sur les divers sites. »

Et le petit plus : « Les gens apprécient la dimension humaine, ils ont un seul et même interlocuteur. Ils ont l’impression d’avoir été cocoonés. »

2025-2026, une année record

Mi-septembre, le Palais des Congrès Antipolis accueillait le Platform Global.
Mi-septembre, le Palais des Congrès Antipolis accueillait le Platform Global.
Sébastien Botella

En tout cas, Odile Delannoy à Mandelieu et Jean-Pierre Derail à Antibes s’accordent à le dire : l’année 2025-2026 a été une année record pour les congrès et salon, et 2 027 se présente bien. « Voilà 35 ans que je travaille là-dedans, et le format n’a pas beaucoup évolué, expose Jean-Pierre Derail. Ils se réunissent en sessions plénières, travaillent en petit groupe, échangent sur les bonnes pratiques. Ils ont besoin de se retrouver et les congrès sont des moments de convivialité, de rencontre humaine. »