Politique. Loi d'urgence agricole : la question des pesticides fait débat avant le vote final ce lundi soir
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Loi d’urgence agricole : la question des pesticides fait débat avant le vote final ce …
Les députés doivent voter ce lundi dans la soirée le projet de loi d’urgence agricole qui comprend un amendement réintroduisant la possibilité d’utiliser l’acétamipride. Un an après la pétition aux deux millions de signataires contre la loi Duplomb, censurée par le Conseil constitutionnel, la polémique pourrait ressurgir.
Nathalie Mauret -
Aujourd’hui à 20:10
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C’est ce que l’on appelle un caillou dans la chaussure : l’acétamipride, ce néonicotinoïde considéré comme tueur d’abeilles, revient dans le débat politique français avec force. À deux mois des sénatoriales, 10 mois de la présidentielle et 11 mois des législatives, il n’y a pas pire pour donner des sueurs froides aux groupes politiques.
Petit résumé. Il y a tout juste un an, plus de deux millions de Français se mobilisaient en signant une pétition contre ce pesticide inscrit dans la proposition de loi du sénateur Les Républicains (LR) Laurent Duplomb. Ce texte, après avoir été adopté par le Parlement, avait finalement été censuré par le Conseil constitutionnel. Fin de l’histoire ? C’était sans compter la pugnacité des sénateurs qui ont réintroduit la possibilité pour les agriculteurs d’avoir recours à des pesticides pour quelques cultures. Pour cela, ils ont rédigé un amendement à la loi d’urgence agricole, très attendue par les concernés depuis des mois.
Le vote final de ce texte, prévu ce lundi soir, divise profondément la classe politique. Car même indépendamment du fond, l’acétamipride est devenu un marqueur et un symbole. L’an dernier, après avoir voté sa réintroduction, Gabriel Attal, patron du groupe macroniste à l’Assemblée, avait été vilipendé sur les réseaux sociaux. Celui qui n’était pas encore candidat à la présidentielle avait dû se justifier longuement sur les réseaux sociaux, écartelé entre la demande des agriculteurs et les défenseurs de l’environnement.
Le gouvernement divisé
Un an plus tard, la problématique est la même. L’extrême droite et la droite sont favorables à la réintroduction des pesticides. Toute la gauche est contre. Entre les deux, le bloc central est très divisé, à l’image du gouvernement. Annie Genevard, la ministre de l’Agriculture, issue de LR est pour. Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, issue de la société civile et spécialiste des négociations environnementales, est farouchement contre. Cette division au sein du gouvernement a contraint Sébastien Lecornu à mettre autour de la table ce lundi à Matignon tous les groupes du socle commun (la macronie et LR). Le but : trouver une solution. « Le débat sur les phytosanitaires peut faire tomber l’ensemble d’une loi très attendue par les agriculteurs. Ce risque a toujours été identifié par le Premier ministre », explique l’entourage de Sébastien Lecornu. Ce dernier n’a pour autant pas présenté d’amendement de suppression des articles sur les phytosanitaires.
Car les sénateurs LR ne veulent pas se mettre à dos les agriculteurs à deux mois des élections sénatoriales. Et au sein du bloc central, on marche aussi sur des œufs, car les députés ont conscience que les préoccupations environnementales restent très fortes. « Ce texte est soutenu par le monde agricole », rappelle une députée qui continue de penser que les dispositions sur les phytosanitaires n’ont pas leur place dans le texte qui s’en trouve politiquement fragilisé. De là à convaincre certains députés de ne pas le voter ? Le caillou dans la chaussure demeure et le vote prévu tard dans la soirée de ce lundi pourrait rappeler qu’il existe.
Quels sont ces néonicotinoïdes qui font tant débat ?
L’acétamipride et le flupyradifurone sont des insecticides de synthèse utilisés en arboriculture et sur des légumes pour lutter contre les ravageurs, comme les pucerons, les chenilles, les mouches, les punaises, etc. L’acétamipride fait partie de la classe des néonicotinoïdes, ce qui signifie qu’il agit sur le système central nerveux des insectes. Le flupyradifurone ne fait pas à proprement parler partie des néonicotinoïdes, mais agit de la même manière.
Le texte de compromis entre le Sénat et l’Assemblée prévoit que l’Anses puisse réautoriser l’usage de l’acétamipride pour les noisettes et du flupyradifurone pour les betteraves, les pommes et les cerises. Autorisées dans l’Union européenne, ces substances sont interdites en France depuis 2020 en raison de leur dangerosité pour les abeilles et sont soupçonnées d’être cancérigènes.