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Politique. La ministre de la Transition écologique Monique Barbut, opposée aux pesticides, va démissionner

Dire que la loi d’urgence agricole, définitivement adoptée par le Parlement ce mardi, laissera des traces, est un euphémisme. Parce que contrairement à ce qu’il souhaitait au départ, le gouvernement a laissé la disposition réintégrant deux pesticides, dont l’acétamipride, dans un texte très attendu par le monde paysan. La classe politique sort fracturée de cette séquence où l’on a davantage parlé d’acétamipride que des problématiques du monde rural. Fracturée jusqu’à mettre en colère Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, qui présentera sa démission avant le prochain conseil des ministres prévu ce mercredi matin. Elle s’est rendue à Matignon à la mi-journée pour rencontrer le Premier ministre Sébastien Lecornu. « Dans ma tête je n'ai pas d'autre option que de remettre ma démission. Soit vous êtes ministre, soit vous n'êtes pas ministre. Aujourd'hui, dans ma tête, je suis partie demain », a dit Monique Barbut en petit comité.

Lundi soir, lors du vote à l’Assemblée nationale, toute la gauche s’est positionnée contre et toute la droite pour. La droite considère que la réintroduction de produits sanitaires est une urgence et la gauche une aberration. Entre les deux, le bloc central, divisé comme rarement, a fini par faire pencher la balance du côté du vote pour.

L'ancienne présidente de WWF France met prématurément fin à son parcours politique. Photo Sipa/Jeanne Accorsini

L'ancienne présidente de WWF France met prématurément fin à son parcours politique. Photo Sipa/Jeanne Accorsini

Tensions au sein du bloc central

Les tensions étaient tellement exacerbées qu’à l’issue du vote, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard et l’ancienne Première ministre Élisabeth Borne ont eu une explication extrêmement houleuse dans l’hémicycle, sous le regard de plusieurs députés qui ont filmé la scène. Les deux femmes ne sont pourtant pas connues pour leurs excès verbaux. « Je suis en colère. Il suffisait de respecter le contrat initial c’est-à-dire de ne pas parler du mot interdit », lâche Erwan Balanant député MoDem (Finistère). Le mot interdit c’est « acétamipride », finalement réintroduit grâce à un amendement des sénateurs, tout juste un an après que plus de deux millions de Français ont signé une pétition contre la loi Duplomb (qui l’autorisait avant d’être retoquée par le Conseil constitutionnel).

Dans une société où les politiques sont mal considérés par les Français, cette dérogation possible pour utiliser des pesticides interdits grâce à un amendement sénatorial non débattu par les députés fait débat. Que la réintroduction des phytosanitaires soit soumise à la décision de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) ne convainc pas tout le monde.

« On ne récoltera que la colère »

Agnès Pannier-Runacher, ancienne ministre de la Transition écologique, s’est fait l’écho des inquiétudes sans mâcher ses mots. Elle déplore le manque de vote sur l’amendement relatif aux deux pesticides et parle de « passage en force du gouvernement ». « Cela va créer des tensions inutiles dans le pays contre les agriculteurs », a-t-elle ajouté sur franceinfo, critiquant vertement la méthode. « On ne récoltera que la colère », prévient-elle.

Les tensions ont été effectivement visibles lors de la dernière séance des questions au gouvernement, ce mardi. Sébastien Lecornu a accusé les Écologistes de « mensonges », leur reprochant d’instrumentaliser et de jouer sur les peurs. « Je forme le vœu que l’agriculture sorte de ce décor politique ou politicien de pré campagne présidentielle », a-t-il lancé dans une bronca, qui rappelait les tensions du vote la veille. La députée insoumise Anne Stambach-Terrenoir, députée de Haute-Garonne et spécialiste de ces questions, n’a pas été la moins véhémente. « Vous êtes des empoisonneurs et nous le ferons savoir », a-t-elle averti.

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Au-delà des formules définitives, des craintes de certains, et des démissions, le vote de cette loi d’urgence fait renaître le clivage traditionnel droite-gauche de façon marquée. Marine Tondelier, patronne des Écologistes et candidate à la présidentielle, a dénoncé « un texte climaticide porté par la droite et l’extrême droite ». « Pour les écolo-dingos, il faudrait toujours moins d’engrais, plus de restrictions sur les produits phytosanitaires et toujours moins d’eau pour produire », rétorque Philippe Ballard, député RN (Oise) accolant l’adjectif « punitive » au terme écologie.

À noter aussi que les principaux candidats à la présidentielle sont restés silencieux, sans réagir à ce débat. Faut-il y voir de l’embarras à un moment où les questions environnementales, avec les canicules et les feux de forêt, inquiètent et prennent de plus en plus de place chez les Français ? Sans doute, pour le moins une grande prudence.