Plan d’aide du gouvernement pour l’agriculture : "Le compte n’y est pas !", réagit Arnaud Rousseau dans Midi Libre
Plus d’un milliard d’euros vont être débloqués pour venir en aide aux agriculteurs dont la production a été affectée par les canicules successives cet été, a annoncé vendredi, le gouvernement. Un effort insuffisant, lui répond Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA, le premier syndicat agricole français, qui demande aux préfets de recevoir le syndicat la semaine prochaine.
Le gouvernement a annoncé, vendredi, un plan de plus d’un milliard d’euros. Est-il à la hauteur de la situation que traverse l’agriculture ?
Il y a une prise en compte de l’urgence, comme on le demandait, mais clairement le compte n’y est pas, au regard de la situation des agriculteurs sur tout le territoire, ce plan ne permet pas d’y répondre.
La fameuse enveloppe de réarmement qui va être à la main des préfets, ça va dans le bon sens, mais il y a, notamment, un oubli important, un prêt à taux zéro que nous avions réclamé. Les banques ont fait savoir qu’elles étaient d’accord pour bonifier une partie des taux, ça n’a pas été repris par le gouvernement. Ces annonces nécessitent aussi des clarifications et nous avons besoin que d’ici un mois, les premiers agriculteurs commencent à toucher des fonds.
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, prépare un plan de relance pour l’agriculture qui doit figurer dans le projet de loi de finances 2027. Qu’attendez-vous ?
On comprend déjà que le To-De, cette mesure qui aide les travailleurs occasionnels, pourrait être menacé, pour nous, il n’est pas question d’y toucher. Le maraîchage et l’arboriculture sont déjà dans une situation intenable.
Il faut amplifier le soutien, notamment avec des mesures fiscales et sociales, sortir les décrets d’application de la dernière loi d’urgence agricole et faire en sorte que les obligations réglementaires soient assouplies.
Dans le moment que traversent les finances publiques, un effort est consenti, mais il y a un fossé avec les attentes des agriculteurs pour faire face à des situations absolument dramatiques dans des régions comme l’Occitanie.
Le monde agricole va-t-il faire à nouveau faire entendre sa colère ? Préparez-vous des actions ?
Oui, dans un premier temps, et de manière constructive, nous avons demandé que l’ensemble de notre réseau se mobilise la semaine prochaine auprès des préfectures pour savoir comment sera décliné ce plan, quel est le délai de mise en œuvre, qui va être ciblé par les soutiens.
Et si on veut un certain nombre de mesures pour l’agriculture, il faudra bien aussi qu’un budget soit voté pour le pays. Or il a des enjeux politiques autour de ce vote, dans le cadre de la préparation de la présidentielle, qui dépassent le sujet agricole.
Ce mouvement que vous annoncez auprès des préfectures, quelle forme va-t-il prendre ? Il n’y aura pas de manifestations dans la rue, pas de blocages ?
D’abord on discute. On souhaite être reçus par les préfets, avec d’autres représentants, notamment des chambres d’agriculture.
L’agriculture a subi plusieurs chocs exogènes, la chaleur, la sécheresse, la guerre en Iran… quelle est la situation aujourd’hui dans les exploitations ?
Quand vous avez eu une année difficile, deux années difficiles, une troisième, et que là vous prenez une sécheresse carabinée doublée de canicules à répétition, il y a clairement des gens qui sont dans des situations qui ne sont plus tenables.
On nous dit "il faut vous adapter", encore faut-il avoir les moyens de le faire ! Dans bien des endroits, ce n’est pas le cas. Ce n’est pas la première fois que le monde agricole traverse une crise climatique, mais celle-ci est particulièrement impactante, elle a un effet absolument terrible sur l’état des finances des exploitations, mais aussi sur le moral des agriculteurs, allant parfois jusqu’à la remise en cause de la poursuite de l’activité, c’est absolument dramatique. Il y a des gens qui aiment ce métier, mais font le constat qu’ils ne peuvent plus en vivre, et que les politiques publiques ont conduit à ce désastre.
Parfois aussi, être capable de payer quelques centimes ou euros supplémentaires le produit acheté à l’agriculteur, c’est lui permettre de poursuivre son activité. Je le dis parce que je vois passer des prospectus avec des prix absolument intolérables. On ne peut pas expliquer qu’en vendant une bouteille AOC à moins de 2 euros dans une foire aux vins, ou une brique de lait à 80 centimes, il y a un revenu pour le producteur, ce n’est pas vrai !
On ne peut pas vouloir un haut niveau de qualité, de proximité, mais ne pas accepter de payer le prix. Les tarifs de l’énergie montent, il n’y a aucune raison que les prix de nos denrées ne connaissent pas, eux aussi, une augmentation du prix.
Ça veut dire que les consommateurs doivent s’attendre à des hausses de prix ?
Pas toujours, ça dépendra aussi de l’effort consenti par les filières. On aimerait beaucoup aussi que l’industrie agroalimentaire, la grande distribution, la restauration confirment qu’elles entendent venir en aide au monde agricole, le fassent vite et de manière très claire.
Est-ce que certains industriels ou certains distributeurs sont prêts à prendre conscience qu’il faut rogner un peu leurs marges pour redonner un peu de vie aux agriculteurs ?