taraskuzio.com

Pierre de Maere raconte ses "premières fois" dans "Ave de Maere" : "Mon premier coup de foudre, ma première nuit de sexe, ma première rupture…"

Le point de départ du nouvel album "Ave de Maere" de Pierre de Maere, c'est la chanson "Mon Paradis", sur laquelle le chanteur Ucclois évoque son coming out.

"Ave de Maere, c'est l'itinéraire d'un garçon vulnérable qui découvre le monde en se découvrant lui-même," confie l'artiste.

Camille Yembe, Pierre de Maere, drones, Schtroumpfs et... Wout van Aert: retour en images sur une royale Belgian Party du 21 juillet au Cinquantenaire

Des histoires vraies, les siennes

Ave de Maere raconte des histoires vraies. Les siennes. Son amour assumé pour les garçons, les excès d'une adolescence consommée sur le tard, ses failles, sa quête identitaire. L'écriture gagne en franchise.

La voix est mixée en avant, les arrangements sont épurés et les outils de studio davantage maîtrisés. Il y a des tubes imparables ("Je Pense à vous", "La grande vie" et surtout "Quasiment parfait" en duo avec Clara Luciani), de la confession ("Mon Paradis"), de la vulnérabilité ("I Don't Wanna Sleep Tonight").

Il y a même de l'émotion qui arrachera des larmes ("J'aurais fini par te plaire", "Je m'en souviendrai"). Un grand disque de pop moderne, intimiste et lumineuse.

Interview.

Helena écoutée jusque dans l'espace grâce à une astronaute française

La Victoire de la Musique dans la catégorie "Révélation masculine", votre duo avec Dua Lipa, une tournée de 150 dates… Comment avez-vous vécu le succès de votre premier album ?

PIERRE DE MAERE – J'en rêvais depuis toujours, donc je l'ai vécu de la meilleure des façons. Je ne regrette rien. J'ai connu une certaine forme de succès avec Regarde-moi, mais tout cela reste à taille humaine. On ne m'arrête pas toutes les deux minutes dans la rue pour me demander un selfie. Mon label ne m'a mis aucune pression pour ce deuxième album et, surtout, je n'ai ressenti aucune peur pour la suite. La raison est simple. Le jour où Regarde-moi est sorti, j'étais convaincu que je pouvais faire encore mieux.

"J'étais gay dans un collège de Jésuites"

À l'écoute d'Ave de Maere, on a le sentiment que vous êtes passé du fantasme à la confession. Qu'est-ce qui vous a donné envie de vous raconter de manière aussi directe ?

J'ai grandi, tout simplement. Entre mes quinze ans et Regarde-moi, je ne vivais que pour mes passions : la musique et la photographie. J'étais un mec très sage, je ne sortais pas, je ne buvais pas. Et puis, j'étais gay dans un collège de Jésuites… Après la sortie de mon single "Un jour je marierai un ange", je me suis installé à Paris et tout s'est accéléré. J'ai commencé à m'accomplir sur le plan personnel. C'était comme si je connaissais une deuxième adolescence. Le point de départ de ce nouvel album, c'est la chanson "Mon Paradis", sur laquelle j'évoque mon coming out. Ensuite, chaque titre raconte une "première fois" : mon premier coup de foudre, ma première nuit de sexe, ma première rupture, ma première cuite… Ave de Maere, c'est l'itinéraire d'un garçon vulnérable qui découvre le monde en se découvrant lui-même.

Damso star musicale de l'année 2025 en Belgique: chronique d'un succès inévitable

Pourquoi choisir l'humour pour évoquer un coup de foudre non réciproque sur "Quasiment parfait" ?

Avec le recul, je trouve cette histoire très drôle, même si j'ai morflé quand je l'ai vécue. J'ai préféré me montrer plus tendre sur "Je m'en souviendrai", une chanson en forme de lettre adressée à mon partenaire d'aujourd'hui. Ce premier coup de foudre non réciproque remonte à mes années de collège. Je dois avoir dix-huit ans. J'ai un crush sur un garçon qui a un an de plus que moi. Je me coupe les cheveux comme lui, je me mets à la course à pied comme lui, je passe de Zara à Massimo Dutti pour lui ressembler. Bref, je fais ce qu'il ne faut pas faire et, évidemment, ça ne marche pas. Une mauvaise façon de séduire, un énorme chagrin mais aussi un apprentissage…

Helena de retour à Forest National pour de nouveaux concerts enflammés… avec un invité surprise: "Un artiste belge que j'ai écouté en boucle"

"Se mettre à nu, au sens propre comme au sens figuré, demande énormément de confiance en soi et en l'autre"

Là où beaucoup d'artistes romantisent leur première nuit d'amour, vous évoquez la peur qu'elle peut susciter. Pourquoi partager cette expérience intime ?

J'ai longtemps flippé à l'idée de me retrouver au lit avec quelqu'un et je ne pense pas être le seul dans ce cas. Se mettre à nu, au sens propre comme au sens figuré, demande énormément de confiance en soi et en l'autre. La première fois que ça m'est arrivé, j'avais l'impression de jouer un rôle. J'en faisais des caisses, je jouais au malin pour faire croire que je me sentais à l'aise, alors que je n'osais même pas me déshabiller la lumière allumée. Par pudeur, je me suis caché derrière la langue anglaise pour écrire cette histoire il y a trois ans. Finalement, j'ai trouvé le courage de la traduire. Je n'ai gardé que le titre initial en anglais : "I Don" t Wanna Sleep Tonight". J'adore la première phrase : "Touche à tout mais à pas à pas".

Le Belge Pierre De Maere et Dua Lipa, qui chante quelques mots en français, dévoilent le résultat de leur collaboration surprise (vidéo)

Y a-t-il des albums ou des rencontres qui ont influencé vos nouveaux choix artistiques ?

Zaho de Sagazan est devenue une amie très proche. Elle me tire constamment vers le haut. Je lui ai d'ailleurs avoué avoir été profondément jaloux de La Symphonie des éclairs. Contrairement au mien, son premier album me semble parfait. Voix, paroles, arrangements, mixage… Tout est à sa place. Je lui ai demandé en riant : "pourquoi je suis moins bon que toi ?" Elle m'a répondu quelque chose que je n'oublierai jamais : "J'ai travaillé quatre ans sur ce disque. Il n'y a pas une ligne ni une note qui ont été laissées au hasard." Son exigence m'a énormément marqué.

Sur votre premier album, les textes étaient parfois noyés sous les couches de synthés et il vous arrivait de chanter faux sur scène. Vous vous êtes amélioré ?

Après 150 concerts, j'espère bien. À l'époque de Regarde-moi, je n'avais pas encore toutes les pièces de puzzle. En studio, ça me rassurait de cacher les chansons derrière une multitude d'effets. Pour promouvoir des concerts, je disais souvent : "Attendez-vous à du stand-up, un défilé de mode et un peu de musique." Je maîtrise mieux les outils de production aujourd'hui, je crois avoir davantage de choses à raconter et j'ai pris des cours de chant. Ce que vous entendez sur le disque, c'est ma voix, rien d'autre. Il n'y a pas d'autotune. J'avais envie de faire ressortir ma vulnérabilité sans le moindre filtre.

"Mon coming out ? Ce n'était pas compliqué par rapport à ma famille et mes proches"

Entre l'artiste qui monte sur scène en costume Yves-Saint Laurent et celui qu'on a vu en bermuda manger des frites lors d'un concert de RORI à Paris, où se situe le vrai Pierre de Maere ?

C'est exactement la même personne. J'aurai toujours besoin d'être bien sapé sur scène pour me sentir pleinement épanoui, mais j'aimerais que le public découvre aussi mon côté détendu. Après mes premiers clips, beaucoup de gens ont surtout retenu une image très construite de moi, ce qui a parfois créé un malentendu. Mon rapport à la mode a aussi changé. Avant, j'étais surtout attiré par ce qu'elle représentait. Aujourd'hui je l'envisage davantage comme une forme d'expression plus artistique et personnelle. Je n'ai jamais menti, mais je n'avais pas tout montré. J'ai envie qu'on découvre davantage l'humain dans toute sa complexité.

Vous chantez : "Mon paradis, c'est mon enfer". À quoi vous faites allusion ?

C'est une manière de dire que la vie est faite de contrastes. Pour atteindre mon propre Eden, je suis passé par des moments difficiles. Je rêvais de chanter devant un public, mais au début c'était un cauchemar. Mon coming out ? Ce n'était pas compliqué par rapport à ma famille et mes proches. En revanche, à l'heure de mon premier album, je ne voulais pas en faire un sujet public. J'avais peur que toute l'attention se focalise là-dessus plutôt que sur ma musique. Mais d'un autre côté, une grande partie de mes chansons émanent de cette expérience. Je devais rester honnête avec celles et ceux qui les écoutent.

Les 1er et 2/12, Ancienne Belgique, Bruxelles. Le 5/12, OM, Seraing.

Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.