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UNRWA: Philippe Lazzarini témoigne des "atrocités commises à Gaza"

Le Suisse Philippe Lazzarini a dirigé l'UNRWA, l'agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens, de 2020 à mars 2026. Il publie "Témoin de Gaza – Ce qui ne s'efface pas", ouvrage dans lequel il dénonce l'hypocrisie occidentale et critique ouvertement l'attitude de la Suisse face au drame palestinien.

Quand Philippe Lazzarini quitte ses fonctions en mars dernier, il laisse une agence au bord de l'asphyxie: un déficit de 100 millions de dollars, des centaines de bâtiments détruits et 400 employés tués. Aujourd'hui, c'est à travers un livre qu'il témoigne. "J'ai été un témoin privilégié de la souffrance et des atrocités commises à Gaza, et de comment la gestion de cette crise a été menée ou non menée par la communauté internationale", a-t-il expliqué dimanche sur le plateau du 19h30 de la RTS.

>> Lire aussi : Philippe Lazzarini quitte l'UNRWA: "Toutes les lignes rouges ont été franchies"

La Suisse dans le viseur

Philippe Lazzarini ne ménage pas son pays. "La Suisse a été extraordinairement timorée. C'est malgré tout le pays gardien des Conventions de Genève. On l'a peu entendue sur ce dossier."

Il dénonce plus largement une "érosion du droit international" et une tentative de "remplacer la force de la loi par la loi de la force" au cours des trois dernières années.

L'UNRWA sous pression

Depuis le 7 octobre 2023, l'agence est sous attaque. Plusieurs de ses employés ont été accusés par Israël d'avoir participé aux massacres du 7 octobre, des accusations que Philippe Lazzarini juge destinées à décrédibiliser l'UNRWA. Des lois ont depuis été adoptées en Israël pour empêcher l'agence de maintenir ses activités à Jérusalem. "La pression contre l'agence va continuer", déplore-t-il.

>> Les précisions du 19h30 sur la situation de l'UNRWA :

UNRWA : l'agence de l'ONU est au bord du gouffre

UNRWA: l'agence de l'ONU est au bord du gouffre / 19h30 / 1 min. / hier à 19:30

Pourtant, il défend son maintien. Aujourd'hui, 11'000 employés travaillent encore à Gaza pour l'UNRWA. 50% des activités de santé publique et l'essentiel de l'éducation proviennent encore de l'agence. Ce serait une erreur, selon lui, de s'en débarrasser avant d'avoir des institutions palestiniennes en place.

Aucun parti israélien ne cherche à tendre la main aux Palestiniens

Pas d'horizon politique pour les Palestiniens

Sur le plan politique, Philippe Lazzarini se montre pessimiste. A l'approche des élections législatives du 27 octobre en Israël, il ne croit pas à un changement de cap. Selon lui, aucun parti israélien ne propose dans sa plateforme un processus de paix ou une solution à deux Etats. "Aucun parti ne cherche à tendre la main aux Palestiniens", conclut-il.

Il refuse pourtant de baisser les bras. "On n'a pas le luxe de pouvoir abandonner. Si on se détourne de cette question, nous trahirons les Palestiniens et plus de 80 ans d'engagement de la communauté internationale."

Les Palestiniens risquent de terminer comme les Indiens d'Amérique il y a 200 ans, dans des réserves

Sans processus politique, prévient-il, le risque est que Gaza ne soit plus une terre palestinienne. "Ils risquent de terminer comme les Indiens d'Amérique il y a 200 ans, dans des réserves où ils seront affamés et continueront de vivre dans des conditions sous-humaines".

Sans oublier qu'une telle perspective crée un terreau pour plus de radicalisme à l'avenir. "On ne règle rien en faisant cela", insiste implacablement Philippe Lazzarini.

Propos recueillis par Valentin Emery

Adaptation web: Amaëlle Steffen