Philippe Brun, l’ancien avocat des salariés de Petitjean ou Sodimédical, s’est éteint
Philippe Brun, avocat rémois spécialisé dans la défense des salariés, s’est éteint ce 8 août à Marseille. Il s’était particulièrement illustré dans l’Aube où il avait ferraillé contre les délocalisations et les démantèlements d’entreprises.
Ajouter L’Est éclair sur Google

Temps de lecture: 3 min
Voix de stentor, stature imposante, cheveux au vent et barbe en broussaille, Philippe Brun ne laissait personne indifférent : « Monsieur le président, j’ai l’honneur de défendre celles et ceux qui ont osé dire non ! ». Et, dans sa bouche, ce « non » était toujours plus large que la simple défense de leur emploi. C’était un non à l’injustice sociale, un non à l’immoralité des licenciements boursiers, un non aux délocalisations, un non à la désindustrialisation. Avec Philippe Brun, au risque d’irriter le tribunal, chaque plaidoirie se transformait en tribune politique. Il défendait non seulement les salariés mais aussi une vision du monde.
Et cet Aubois d’origine était éminemment sympathique. Il croyait sincèrement pouvoir changer le monde en plaidant. Il faisait appel à « l’État de droit » sans arrêt, comme pour rappeler aux juges que c’était leur fonction même qui se jouait à chacune de ses interventions. Il voyait plus loin que le dossier de ses clients. Il imaginait déjà la jurisprudence évoluer grâce aux droits supérieurs des conventions internationales ou au droit européen. Au détriment parfois, il faut bien l’admettre, des intérêts immédiats de ses clients ou de celui du maintien de l’industrie en France. Ce qui lui valut autant de rancœurs que de critiques.
L’incroyable combat des Sodimédical
Au moins faisait-il peur à ceux qui, dans les années 2000, cherchaient par tous moyens à délocaliser. Dans l’Aube, où il est intervenu à de multiples reprises, il fut surtout l’avocat des Sodimédical, cette entreprise de fabrication de kits chirurgicaux de Plancy-l’Abbaye délocalisée du jour au lendemain alors qu’elle vendait sa production aux hôpitaux français. Il a mené aux côtés des salariées, essentiellement des femmes, un combat homérique jusque devant la Cour de cassation. Où il aurait pu gagner.
Avant de tout perdre. En droit comme sur la scène politique. Lui qui espérait que l’élection de François Hollande en 2012 allait permettre de sortir la tête haute du combat a découvert la versatilité du politique. Le soutien n’était que de façade. Le sympathisant socialiste qu’il avait été en a gardé une immense amertume.
Chez Petitjean, le fabricant de mâts de Saint-André-les-Vergers, il fut aussi l’avocat historique du comité d’entreprise. Là, devant la valse des actionnaires, il s’agissait surtout de défendre l’outil industriel. Un combat âpre entre plans de licenciements et redressements judiciaires.
Un style échevelé
Philippe Brun travaillait dans toute la France. Avec un certain style : voiture avec chauffeur, cabinet à Reims et villégiature à Marseille. « Je suis un employeur », aimait-il à rappeler devant les tribunaux. Un employeur qui, malheureusement, a été rattrapé par des soucis de santé. En octobre 2022, lui, le pourfendeur des employeurs défaillants, a tout abandonné et s’est retrouvé en liquidation judiciaire, plantant là ses salariés comme ses clients. Une sortie sans rapport avec la flamboyance de la carrière qu’il menait depuis 1993.
Depuis, il vivait à Marseille où il s’est éteint ce 8 août, en toute discrétion.
Sur le même sujet
Lire aussi
Journal intime, trottinette, dinosaure… Les drôles d’objets retrouvés dans les hôtels à Troyes
Un conducteur contrôlé à La Chapelle-Saint-Luc n’avait ni permis de conduire ni assurance auto
Ligne 10 de la TCAT : plus d’arrêt à la gare, vraiment ?
Juste pour vous
À lire aussi
Journal intime, trottinette, dinosaure… Les drôles d’objets retrouvés dans les hôtels à Troyes
Les sapeurs-pompiers en grande manœuvre à Bouy-Luxembourg
Mesnil-Saint-Père : une cérémonie en hommage aux 24 fusillés
Cérémonie du souvenir des victimes et des héros de la déportation à Lavau
Une conférence gratuite et ouverte à tous sur les violences conjugales
Lacoste, le fashion sport made in Troyes
Voir plus d’articles