"Personne ne voulait porter Tigrou en vêtement": comment à partir de peluches Disney, ce Français est devenu le numéro 1 mondial de la fausse fourrure et fournit 75% des maisons de luxe
"Personne ne voulait porter Tigrou en vêtement": comment à partir de peluches Disney, ce Français est devenu le numéro 1 mondial de la fausse fourrure et fournit 75% des maisons de luxe
Publié aujourd'hui à 07h58
Lire dans l'appDes peluches Mickey aux podiums de Fendi, la fausse fourrure de Christopher Sarfati a parcouru un chemin inattendu. Désormais adoptée par 75 % des maisons de luxe, elle pourrait même remplacer la peau d’ours des bonnets de la garde royale britannique. Mais pour Ecopel, la prochaine révolution sera surtout environnementale: parvenir à fabriquer une fourrure premium sans animaux ni pétrole.
Longtemps cantonnée aux collections grand public et aux vêtements d’hiver bon marché la fausse fourrure a définitivement changé de statut. De plus en plus de maisons de luxe l’utilisent désormais, alors que les politiques fur-free se multiplient dans la mode. Mais, derrière ces matières capables d’imiter à s’y méprendre un vison ou un renard se cache une industrie très technologique, où l'innovation est au cœur du processus.

"Aujourd’hui, 75% des maisons de luxe utilisent notre matière", affirme Christopher Sarfati, directeur général d’Ecopel, qui est le leader mondial de la fausse fourrure.
Parmi ses nouveaux clients, Fendi, la maison de mode italienne dont l’histoire est pourtant intimement liée à la fourrure. Christopher Sarfati confie qu’il vient de signer un contrat avec cette prestigieuse maison, propriété du groupe français LVMH, pourtant fervente utilisatrice de fourrure véritable, qui constitue l’un des piliers stylistiques de la marque.
Un symbole fort car la fausse fourrure n’est plus seulement destinée à imiter la vraie. Elle est devenue un matériau de création à part entière.
Tout commence avec de petites fibres qui ressemblent à de la barbe à papa
Tout commence avec ce que l’industrie appelle une "staple fiber", de petites fibres courtes et désordonnées. Ecopel les compare à des petites boules de barbe à papa. Elles sont ensuite assemblées en longs rubans avant de passer dans des machines à tricoter circulaires.
Ces machines vont fixer les fibres sur une base textile pour créer progressivement la surface poilue. Puis une résine est appliquée au dos afin de stabiliser la matière et d’éviter que les fibres ne se détachent.
Mais le véritable travail commence ensuite.

En effet, selon l’effet recherché par le créateur, la matière va passer par différentes machines de finition: poils rasés, plus longs, bouclés, effet curly… La couleur et les motifs sont eux aussi programmés en amont.
"Les créateurs ont une totale liberté créative", explique Christopher Sarfati.
Une liberté qui permet aujourd’hui de reproduire les nuances d’un animal, mais aussi de s’en affranchir complètement. Rose, jaune, rouge ou bleu, la fausse fourrure n’a pas besoin de respecter les couleurs de la nature.
C’est d’ailleurs ce qui a contribué au décollage d’Ecopel.
Quand Stella McCartney trouvait "morbides" les premières fausses fourrures d’Ecopel
Le parcours de Christopher Sarfati est assez éloigné de celui d’un ingénieur textile. Issu d’une famille de fabricants de vêtements, il commence chez ses parents après avoir abandonné ses études de droit.
"Ils ont eu la chance d’obtenir une licence de la marque Nina Ricci. Et là, mon père m’a dit: “Bon, il est grand temps que tu viennes travailler !”
Il développe les collections, part vendre en Asie et devient directeur commercial de Nina Ricci à seulement 22 ans.
Après la vente de la société en 1998, il part aux États-Unis et développe notamment Von Dutch Europe avec Christian Audigier.
Puis vient une rencontre qui va donner naissance à Ecopel.
En Asie, son père et lui visitent l’usine d’un fabricant de peluches travaillant notamment pour Disney.
"On a vu comment il fabriquait des pièces Mickey, Tigrou… et pour une raison que je ne connais pas, mon père m’a dit: "Mais c’est ça, le futur." Mickey, le futur? Je venais du luxe, de la mode, je ne pensais pas que Tigrou serait tendance."
Ils lancent pourtant leur première activité autour de la fausse fourrure pour les personnages Disney.
"On était seulement deux au début. Et quand on a présenté notre première collection, ça a été un flop complet! Personne ne voulait porter Tigrou en vêtement."
Il faut donc trouver autre chose. Une rencontre avec un fabricant d’extensions capillaires leur permet de découvrir une fibre japonaise appelée Kanekalon. Le résultat est beaucoup plus doux et réaliste.

Ecopel décroche alors une première commande auprès d’Inditex, le groupe propriétaire de Zara.
Mais Christopher Sarfati, loin d'être un spécialiste du mass market veut monter en gamme, revenir à ses premiers amours, le luxe et la mode, la vraie. La décision est prise, direction Londres, chez Stella McCartney, pionnière de la mode écoresponsable, reconnue pour son engagement en faveur de l’environnement et son refus du cuir et de la fourrure d’origine animale.
"Arrivée au siège de la marque, l’acheteuse me fait attendre pendant deux heures... puis me demande d'étaler toutes mes matières et toutes mes fourrures au sol. Et soudain, Stella McCartney passe par là. Elle regarde mes fourrures et elle dit: 'Waouh, cool! J’aime bien le produit, mais les couleurs, ça ne va pas du tout… C’est morbide! On va faire du rose, du jaune, du rouge, du bleu…"
Il suit les instructions.
"Et après ça, les demandes sont tombées de tous les côtés! Les gens attendaient vraiment une innovation, un renouveau du produit."
"Fendi ou Loro Piana ne s’intéressaient pas du tout à nous"
Le succès de la fausse fourrure pose néanmoins une nouvelle question. Si elle permet de ne plus utiliser de fourrure animale, elle a longtemps reposé principalement sur des fibres synthétiques issues de la pétrochimie.
Ecopel cherche donc maintenant à changer la composition même de la matière.

En 2019, l’entreprise lance KOBA, développée avec Stella McCartney, une fausse fourrure partiellement biosourcée intégrant notamment des ressources végétales et du polyester recyclé. Depuis, l’objectif est d’aller plus loin avec le PLA, ou acide polylactique, un biopolymère fabriqué à partir de ressources végétales comme l’amidon ou le maïs.
Ecopel présente ainsi une nouvelle génération de fourrure entièrement biosourcée, aussi bien pour la fibre que pour la base textile. Un pari de taille puisqu'il s'agit de conserver le toucher, le volume et l’aspect premium de la fourrure tout en réduisant la dépendance aux matières fossiles.
"Notre objectif, c’est vraiment de changer la donne", résume Christopher Sarfati.
Has been la véritable fourrure?
Cette nouvelle génération de matières, portée notamment par Ecopel, émerge alors que l’industrie de la mode se détourne progressivement de la fourrure animale. Ces dernières années, une quarantaine de grandes marques ont adopté une politique fur-free, à l'image d'Armani, Prada ou Dolce & Gabbana, tandis que plusieurs événements encouragent désormais cette transition.
Ce contenu ne peut pas être affiché
Ce contenu ne peut pas être affiché sans votre consentement car il implique l’utilisation de cookies déposés par son fournisseur. Ces cookies peuvent notamment permettre de mesurer l'audience, personnaliser le contenu ou suivre votre navigation. Pour afficher ce contenu, vous pouvez :
Paramétrer vos choix afin d'accepter uniquement les cookies liés à ces contenus tiers en cliquant sur « Paramétrer les cookies ». Vous pouvez à tout moment modifier vos choix et retirer votre consentement en cliquant sur « Paramétrage des cookies » figurant en bas de page de ce site.
Pour en savoir plus, vous pouvez également consulter notre politique de protection des données personnelles. Sans votre consentement, ce contenu ne peut pas être affiché
Les nouvelles "lignes directrices" de la Milano Fashion Week "invitent", sans obligation, les marques à ne pas présenter pendant leurs défilés "des vêtements, accessoires ou tout autre élément comportant de la fourrure", a indiqué la Chambre nationale de la mode italienne (CNMI) dans un communiqué.
Pour Ecopel, cette évolution change complètement le marché.
"Autrefois, des marques comme Fendi ou Loro Piana ne s’intéressaient pas du tout à nous. Au début, elles nous regardaient même avec un certain dédain. Aujourd’hui, la situation a complètement changé."
Sur le même sujet
Les projets d'Ecopel dépassent largement les podiums. En effet, la marque travaille notamment sur une alternative à la fourrure d’ours utilisée traditionnellement pour les bonnets des gardes royaux britanniques. Selon les estimations avancées par l’entreprise, près de 300 ours seraient abattus chaque année afin de répondre aux besoins de la garde britannique pour la fabrication et le renouvellement de ces coiffes cérémonielles.
"C’est un véritable challenge. Nous devons respecter des contraintes précises en matière de poids, de résistance et de durabilité. Le matériau doit notamment réussir des tests exigeants sous la neige et la pluie, tout en conservant son aspect et ses performances."
Sujets liés :