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Peplum, western, Space Cats, Marsu, homme-chevreuil ou savant fou : un été palpitant avec les auteurs BD namurois

Et si on commençait, sur les plages et les planches, avec une BD de vacances. Oui mais qui transcende toute une vie. Dans Si je t'écris du Davois Vincent Zabus et de l'Hanretois Denis Bodart, la mer se souvient, la falaise vous retient. La mer se souvient, la falaise vous retient

Si je t'écris, de Vincent Zabus et Denis Bodart

Sur la plage, Louis a débarqué avec sa famille. Une plage comme les autres ? Non, Louis a vécu ici une expérience intime, qui a changé le cours de sa vie. Sans doute, la "sorcière" qui vivait là a-t-elle disparu depuis longtemps ? Peu importe, il a une histoire à achever. Louis avait dix ans, lors de cet inoubliable et un peu foireux séjour avec son père, son oncle et sa tante. Cette sorcière, il se pourrait bien qu'il lui ait confié une lettre importante, qu'elle seule pouvait transporter. Encore fallait-il que cet innocent petit garçon puisse aller au-devant de bien des dangers.

si je t'écris... une émotion intense signée Zabus et Bodart.
Une collaboration magique entre Vincent Zabus et Denis Bodart. ©Dupuis

Cela fait des années que nous attendons cet album, quelle bonne idée de l'avoir attendu. Sur un texte initial de Vincent Zabus, Denis Bodart s'est engagé corps et âme pour le réécrire, le redessiner et remettre en scène, le rendre juste, désarmant et pourtant sans pathos ni mélo. Chercheur de pureté, pouvant refaire cent fois une scène pour qu'elle transcende le papier, tout en simplicité, Bodart a trouvé quelque chose de l'essentiel, d'universel. Peu d'auteurs arrivent aussi bien à faire sentir les choses, les décors et les humains qui ne font qu'y passer. Je pleure rarement devant une BD, celle-ci m'a fait chialer comme un môme devant tant de beauté, de surprises aussi. Vincent Zabus et Denis Bodart ont fait cent fois cet album mais en ont livré la version ultime. Cet album sensible, sensitif, vertigineux, chahuté par la houle, le vent et l'érosion de la roche, est une des grandes réussites de cette année 2026.

Si je t'écris, un projet BD intense de Vincent Zabus et Denis Bodart qu'il ne suffisait pas de dessiner mais qu'il fallait vivre, à hauteur d'un gamin de dix ans.
Si je t'écris, un projet BD intense de Vincent Zabus et Denis Bodart qu'il ne suffisait pas de dessiner mais qu'il fallait vivre, à hauteur d'un gamin de dix ans. ©Zabus/Bodart chez Dupuis

Si je t'écris, Zabus/Bodart, chez Dupuis, 80p., 19,5€


Restons encore un peu avec Vincent Zabus, prolifique et tout terrain pourvu qu'il y ait de l'humain.

La fragilité des hommes, de Vincent Zabus et Nicoby

Chez Dargaud, il a imaginé avec son désormais indissociable comparse Nicoby La fragilité des hommes. Le duo (qui avait déjà adapté le conte philosophique Le monde de Sophie mais aussi sublimé Dave Rivage dans Nos rives partagées) livre un petit bijou d'humanité, entre solitude et chaleur humaine, fragilité intime et force collective.

La fragilité des hommes de Vincent Zabus et Nicoby
La fragilité des hommes de Vincent Zabus et Nicoby ©Zabus/Nicoby chez Dargaud

Cette histoire" se passe à Mouais, là où rien ne se passe", mais où le théâtre (tiens tiens, à la belle saison, Vincent Zabus change de casquette et parcourt le monde avec ses spectacles de rue), en invité surprise, va faire sauter les barrières, les œillères, délier les langues (sacré défi pour le héros qui ne termine jamais ses phrases) et les secrets trop longtemps enfouis. Un trésor d'intimité et d'universalité, d'ouverture aux autres et à soi.

Il ne se passait rien à Mouais, jusqu'à ce que le théâtre s'y invite et donne un supplément de vie.
Il ne se passait rien à Mouais, jusqu'à ce que le théâtre s'y invite et donne un supplément de vie. ©Zabus/Nicoby chez Dargaud

La fragilité des hommes, Dargaud, 128p., 23,5€


Encore un peu de Zabus ?

L'Homme-Chevreuil, de Vincent Zabus et Jean-Denis Pendanx

Aux Éditions Les Arènes, changement d'ambiance, boisée, avec L'Homme-Chevreuil, roman autobiographique naturalisé en BD par l'impressionnant et sensible Jean-Denis Pendanx.

L'homme-chevreuil par Vincent Zabus et Jean-Denis Pendanx sur base du roman autobiographique de Geoffroy Delorme.
L'homme-chevreuil par Vincent Zabus et Jean-Denis Pendanx sur base du roman autobiographique de Geoffroy Delorme. ©Zabus/Pendanx chez Les Arènes

Le duo raconte l'histoire vraie de Geoffroy Delorme, un Normand qui ne se retrouvait pas dans la société humaine et s'en est déconnecté pour passer 7 ans sauvages au contact des chevreuils, adopté et trouvant un langage commun. Une déboussolante et fascinante tranche de vie à la fois dure et douce et une mine d'informations sur ces animaux qui sont nos voisins mais que nous connaissons si peu. En ces temps incendiaires pour nos forêts et leur faune, voilà une lecture essentielle.

L'homme-chevreuil par Vincent Zabus et Jean-Denis Pendanx sur base du roman autobiographique de Geoffroy Delorme.
L'homme-chevreuil par Vincent Zabus et Jean-Denis Pendanx sur base du roman autobiographique de Geoffroy Delorme. ©Zabus/Pendanx chez Les Arènes

L'homme Chevreuil, Les Arènes, 252p., 25€


Les Marsupilamis d'Amanda Deibert et Goum (Sambreville)

Alors que la série Le Marsupilami compte désormais 35 albums (en plus de ses apparitions dans Spirou et Fantasio et ailleurs) et est désormais co-scénarisée par le Namurois Kid Toussaint (voir plus loin), la famille s'agrandit ! Les Éditions Dupuis ont profité de l'arrivée d'une nouvelle série animée, sur la RTBF notamment, pour lancer une collection de petits albums pour les plus jeunes : Les Marsupilamis. Twister, Hope et Punch en sont les héros, trois enfants marsu turbulents en diable, aux côtés de Jade et Mica, deux petits humains trop contents de voir la légende devenir réalité sous leurs yeux. Même si, dans cette ville voisine de la forêt palombienne, les bévues et gaffes vont s'enchaîner à vitesse grand V. Concours de cuisine et jaguar en pagaille.

Les Marsupilamis
Les Marsupilamis ©Dupuis

Pas facile de cacher les Marsus, tant convoités, dans ces circonstances. Ça a besoin de bouger ces bêtes-là ! Et, sur scénario de l'Américaine Amanda Deibert, le Sambrevillois Benjamin Mutombo (Le Goum) n'a pas son pareil pour tout faire péter, en couleurs, en expression, en mouvements animés que le papier ne saurait arrêter. On est soufflé.

Les Marsupilamis, t.1, "La légende du Marsupilami, Dupuis, 96p., 11,5€


Le bonheur à la loupe de Francis Métivier et Hamo (Floreffe)

Petit interlude avec un petit album format roman ou guide pratique, qui n'est pas vraiment une bande dessinée mais quand même. Les éditions Printanières ont convié le pop philosophe français Francis Métivier et le dessinateur Hamo autour de 20 philosophes traversant les millénaires. De Marc-Aurèle à bell hooks en passant par Kant, Spinoza, Hannah Arendt et Herculine Poirot. Herculine qui ? Oui l'arrière-petite-fille du célèbre détective belge qui mène l'enquête pour définir le bonheur.

Le bonheur à la loupe
Le bonheur à la loupe ©Les Printannières

C'est rythmé, joyeux et au fil des courts chapitres mis en scène et dialogués, les deux auteurs arrivent à nous mettre sur l'épaule de chacun de ces grands philosophes pour voir le monde à leur façon et en tirer des enseignements. Le panorama est d'autant plus captivant que, s'il n'y a pas de planches de BD en tant que telles, Hamo met toute son expertise du 9e Art, sa typographie pour que chacune des rencontres claque et marque. Surprenant.

Le bonheur à la loupe
Le bonheur à la loupe ©Les Printannières

Le bonheur à la loupe, Les Printanières, 156p., 14,95€


La voie du glaive, d'Emmanuel Herzet (Moustier-sur-Sambre), Vincent Brugeas, Benoît Dellac et Denis Béchu

Pas vraiment de philosophie, ici, mais plutôt des complots dirigés par des hommes mais aussi des femmes, des trahisons, des chasses à l'homme. Le duo Herzet/Brugeas fonctionne toujours autant et entraîne le lecteur dans la Rome Antique, dans l'arène des gladiateurs et des mirmillons.

La voie du glaive
La voie du glaive ©Le Lombard
La voie du glaive
La voie du glaive ©Le Lombard

En suivant les péripéties des Frères Furieux (Fratres Furentes), les auteurs nous font visiter les coulisses des combats, les méthodes d'entraînement, les gueules des combattants et des traîtres, entre la vie et la mort. La mort, partout présente, d'autant plus que le duo est dans le collimateur d'un mystérieux légionnaire, dont ils ont été témoins des actes pas très catholiques. Le Légionnaire attend son heure, il a des yeux partout. Tous les ingrédients du peplum sont au rendez-vous, avec un esprit rock'n'roll mais aussi un brin d'humour et la violente élégance du spectaculaire dessinateur Benoît Dellac. Deux tomes sont parus, le troisième arrive fin août.

Bande annonce : La Voie du Glaive, tome 1 : Les Frères Furieux - YouTube thumbnail

La voie du glaive, 2 tomes, Le Lombard, 56p., 16,45€


Chroniques diplomatiques de Tristan Roulot, Christophe Simon et Alexandre Carpentier (tous deux de Namêche)

Pas de corps à corps ici mais des joutes verbales, à distance. Après l'Iran de 1953, la Birmanie de 1954, place à la Chine de 1955, toujours dans des aventures autoconclusives mais permettant à chaque fois de travailler la psychologie des héros, le jeune ambassadeur Jean d'Arven et son ami Jacques, plus baraqué. Revisitant l'histoire et la géopolitique du siècle dernier (mais vraiment pas si loin), avec un soupçon d'espionnage et beaucoup de négociations, les auteurs ont le chic pour arriver, année après année, au bon endroit au bon moment.

Chroniques Diplomatiques, tome 3
Chroniques Diplomatiques, tome 3 ©Roudot/Simon/Carpentier chez Le Lombard

La Chine de 1955 est à un tournant, en proie à ses luttes intestines (Mao contre Tchang Kaï-chek, replié sur l'île de Formose), et évinçant les Français de leurs dernières possessions. Sur un fil, Jean et Jacques vont tenter de sauver ce qui peut l'être, de rendez-vous officiels en enquête officieuse pour retrouver des papiers importants et donc compromettants. Le tout sous haute surveillance du personnel d'une maison prison. Christophe Simon, c'est du travail d'orfèvre, de la classe, pour un album sans beaucoup d'action et pourtant fortement sous tension.

Chroniques Diplomatiques, tome 3
Chroniques Diplomatiques, tome 3 ©Roudot/Simon/Carpentier chez Le Lombard

Chroniques diplomatiques, t.3, Chine 1955, Le Lombard, 56p.16,45€.


En BD, c'est Toussaint à toutes les saisons. Le scénariste bougeois Kid Toussaint aura publié, encore en 2026, plus d'une dizaine d'albums, tous azimuts.

Graine de vaurien de Kid Toussaint (Namur) et Miss Prickly

Quand elle a rencontré Kid Toussaint en vue d'une future collaboration, la dessinatrice Miss Prickly imaginait réaliser un rêve : une BD plus adulte, un western par exemple. Le projet aura été repoussé de plusieurs années puisque le duo a d'abord créé un petit bonhomme muet mais polymorphe, capable de se transformer en tous les animaux possibles et imaginables (qu'on n'imagine même pas parfois) au gré d'aventures extraordinaires et nous émerveillant sur le monde et ses vivants qui nous entourent. Animal Jack compte aujourd'hui bientôt 11 albums (Nuit sans sommeil sort fin août), plus d'un million d'exemplaires vendus et une série animée en préparation.

Graine de vaurien
Graine de vaurien ©Toussaint/Miss Prickly chez Grand Angle

Entre-temps, Kid Toussaint et Miss Pricky, tous deux bourreaux de travail, ont enfin pu plancher sur ce grand western, empreint d'enfance mais aussi d'une fin de l'innocence. En 126 pages et plusieurs époques, Graine de Vaurien accompagne une bande de gamins et gamines, ayant grandi à Salina, petite ville de l'Ouest américain. Ils ont fait les 400 coups, jusqu'au coup de trop qui a vu la mort de l'un d'eux et le secret des sept survivants. Sauf que des années plus tard, quelqu'un de bien au courant semble se venger, reproduire les circonstances du drame.

Kid Toussaint a sans doute écrit là son album le plus viscéral, le plus noir, sur-mesure pour Miss Prickly qui réussit son exercice de style et de genre. Si elle part de son dessin rond et lumineux comme on le connaît dans Animal Jack, dans les premières planches, Miss Prickly réussit au fil de l'intrigue à le buriner, à lui donner la violence et l'intensité nécessaire à ce western crépusculaire et passionné. Au fil de l'enquête, chorale, des séparations et des retrouvailles, le jeu de massacre ne fait que commencer, à tort ou à raison. Le scénario est malin, osé, le dessin et les couleurs sont bluffants ! Et ça trotte en tête après avoir tourné la dernière page.

Graine de vaurien
Graine de Vaurien ©Toussaint/Miss Prickly chez Grand Angle

Graine de vaurien, Grand Angle, 126p., 19,90€


Mort blanche de Kid Toussaint, Inaki Holgado et Raphaël Bauduin

De l'enfance aux démons adultes, encore, dans cet autre album de Kid Toussaint. Les morts pleuvent d'autant plus dans Mort blanche, fiction se déroulant dans le contexte historique de l'invasion de la Finlande par l'URSS fin 1939, début 1940. Une guerre d'Hiver, éclair, qui suffira à notre justicier solitaire (inspiré par les personnalités et les actions de deux guerriers, le Finlandais Simo Häyhä et le Japonais Hiro Onoda) pour entrer en résistance, offensive.

Mort Blanche
Mort Blanche ©Toussaint/Holgado chez Grand Angle

Riku, "Mort Blanche", va devenir un fantôme, maîtrisant l'art de se réchauffer mais aussi de se camoufler, pour devenir un sniper, un tireur invisible et implacable. 544 morts et les circonstances de la première seulement révélées à la fin de l'album (astucieux, le scénariste, on n'y a vu que du feu). Pas aidé par un passé familial violent, Riku ne verra pas la fin de la guerre, il la continuera inlassablement, continuant de voir des ennemis partout, guerre. Alors que, dans son viseur, il voit aussi les siens, anciens, avancer dans leur vie. Le Basque Inaki Holgado est étonnant dans les contrastes qu'il met en place, par son dessin et ses couleurs, entre un trait semi-réaliste attachant et la barbarie qui peut surgir à tout moment. Un destin hors-norme, fascinant et désolant à la fois.

Mort Blanche
Mort Blanche ©Toussaint/Holgado chez Grand Angle

Mort blanche, Grand Angle, 64p., 15,90€.


Le tome 1 de Space Cats, par Kid Toussaint, Ced, Clarke et MIKL

Là, c'est dans un tout autre délire que Kid nous entraîne avec son coscénariste Ced (le même duo que sur la relance du Marsupilami) et le génial Liégeois Clarke (Mélusine, Sales petits contes, Histoires à lunettes…). Depuis des siècles, les chats ont pris une place importante auprès des humains. Ça ronronne, ça se prélasse mais l'objectif secret était bien de préparer l'invasion de la Terre par l'Empire Chalactique. Était… car les félins ont finalement succombé au luxe et à la paresse de cette vie de rois.

Space Cats, t.1
Space Cats, t.1 ©Toussaint/Ced/Clarke/MIKL

Il y a un hiatus entre les envoyés spéchiaux et les commanditaires. Et ça va finir par se voir, à notre époque. Pendant qu'au-dessus de nos têtes, c'est le branle-bas de combat, en bas, c'est sauve-qui-peut. Grodo, Pacha et Kitkat doivent faire illusion pour l'Éminence, le surintendant et toute leur clique. Dont le champion : L'Angorax 3000. Et les humains, dans tout ça ? Gare à eux, ça va saigner. Clarke semble prendre un plaisir fou dans cet univers sauvage et barge. Si le canevas est connu, ce que les auteurs en font est totalement sidérant, surprenant, alléchant.

Space Cats, t.1
Space Cats, t.1 ©Toussaint/Ced/Clarke/MIKL

Space Cats, t.1, Dans les griffes de l'empire, Le Lombard, 64p., 13,95€


Le 57e tome de Léonard par Turk (Wépion) et Zidrou

De Bouge, on va à Wépion, retrouver Turk pour cette dernière chronique. À force de mettre "génial" dans tous les titres, Génialement vôtre pour ce 57e acte, il faut assurer derrière. Force est de constater que Zidrou (successeur de Bob De Groot) et Turk ne sont pas encore sur la réserve et ont encore des inénarrables (mais dessinables) inventions en stock. Y compris un Robot capable de tout inventer. Mais, alors, ne serait-ce pas la fin de Léonard. Mieux vaut boulotter les plans et les faire disparaître ! Alors, Léonard réfléchit, réfléchit, réfléchit et accouche toujours du meilleur du pire et du pire du meilleur, même quand l'idée est louable : nettoyer les plages ? Encore une fois, Basile, le disciple, va en faire les frais. Alors qu'il aurait tellement besoin de se reposer. Vous nous croirez si on vous dit que c'est une nouvelle fois… génial ?

Léonard 57
Léonard 57 ©Zidrou/Turk

Léonard, t.57, Génialement vôtre, 48p., 12,95€.

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