Peine de mort : quatre initiatives pour soutenir son abolition
Analyse
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Des idées pour agir
Paradoxalement, de plus en plus de pays ont aboli la peine de mort, mais les exécutions sont toujours plus nombreuses. À l’occasion de la Journée mondiale contre la peine de mort, le 10 octobre, voici quatre initiatives qui rappellent l’importance du combat abolitionniste.
Documenter la peine capitale
Savoir pour agir. Depuis les années 1990, l’ONG Amnesty International publie chaque année un rapport sur la peine de mort dans le monde. Son édition 2025‑2026 commence par un constat glaçant : au moins 2 707 personnes ont été exécutées en 2025, soit une augmentation de plus de deux tiers par rapport à 2024. Cette hausse est principalement imputable à l’Iran (2 159 exécutions recensées) et à la Floride, aux États-Unis (plus haut niveau depuis 2009), tout en sachant que les chiffres concernant la Chine, classés secret d’État, ne sont pas connus. L’ONG s’inquiète aussi de la multiplication des exécutions pour trafic de drogue (1 257 personnes en 2025, notamment en Arabie saoudite ou à Singapour).
Malgré ce bilan très sombre, le mouvement abolitionniste est toujours en marche. « Les pays qui pratiquent la peine de mort exécutent de plus en plus, mais ils sont moins d’une vingtaine », résume Anne Denis, responsable de la commission abolition de la peine de mort d’Amnesty International, qui rappelle qu’en 2025 seuls 17 pays ont procédé à des exécutions. Ainsi, depuis 1994, l’ONG n’a enregistré aucune nouvelle condamnation à mort ni exécution en Biélorussie.
Pour la 17e année consécutive, les États-Unis ont été le seul pays des Amériques à procéder à des exécutions. En Afrique subsaharienne, elles se sont limitées à la Somalie et au Soudan du Sud. L’Afghanistan a été la seule nation d’Asie du Sud à en pratiquer. Enfin, des signes positifs sont enregistrés au Vietnam et en Gambie, où la peine de mort a été abolie pour plusieurs infractions.
Correspondre avec des condamnés
Briser l’isolement des condamnés à mort et leur ouvrir une fenêtre sur le monde extérieur. C’est l’objectif du programme de correspondance assuré depuis 1992 par l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat). Aujourd’hui, 430 bénévoles de cette ONG échangent par courrier postal ou numérique avec 240 détenus des couloirs de la mort aux États-Unis. Seule condition pour y participer : être majeur. « Nos bénévoles, qui ont tous les âges, peuvent correspondre avec plusieurs détenus, indique Paa Kofi Eduah, coordinateur du programme. Mais ce n’est pas un engagement à prendre à la légère. Certains bénévoles n’arrivent pas à le poursuivre, quand les échanges s’arrêtent après une exécution. »
Parfois, la mobilisation des militants paie : la justice de l’Ohio a récemment abandonné toutes les charges pesant contre Elwood Jones, libéré en 2023 après vingt-sept ans dans les couloirs de la mort, à l’issue d’un procès bâclé. Il correspondait avec des bénévoles de l’Acat situés à Royan (Charente-Maritime) et Bayonne (Pyrénées-Atlantiques).
Dessiner contre la peine de mort
Un dessin et un slogan en disent parfois plus qu’un long discours. Organisé par le Réseau international d’éducation à l’abolition, le concours d’affiches « Dessine-moi l’abolition » s’adresse, tous les deux ans, aux jeunes de 12 à 25 ans pour favoriser l’engagement des nouvelles générations contre la peine de mort. Lors de sa 7e édition, qui a réuni près de 500 participants de 17 pays, le prix du jury – composé d’artistes et de spécialistes des droits humains – a récompensé trois affiches réalisées au Luxembourg, en France et en Écosse. Le prix du public a salué trois dessinateurs en Allemagne, Autriche et République démocratique du Congo.
Des congrès pour avancer
Tous les trois ans, l’ONG Ensemble contre la peine de mort – dont Robert Badinter était président d’honneur – organise un congrès mondial contre la peine de mort réunissant politiques, diplomates et militants engagés pour l’abolition, dont un réseau de jeunes ambassadeurs de 18 à 30 ans soutenus par le Conseil de l’Europe. L’édition 2026 de ce congrès a été marquée par l’annonce du Liban de mettre fin à cette pratique.
Autre fait marquant : le Maroc a annoncé son intention d’accueillir la 10e édition du congrès en 2029. Signe d’une avancée vers l’abolitionnisme sur le continent africain ? Pour la présidente de l’ONG, Aminata Niakaté, cette invitation représente un signal fort : « Peut-être, dans trois ans, nous l’espérons fermement, nous tiendrons le Congrès dans un nouveau pays abolitionniste… »