Parti de Nîmes, aujourd’hui installé à Montpellier, le projet spatial Robusta, né d’un pari fou, fête ses vingt ans
L’enseignant-chercheur Laurent Dusseau s’est inspiré du développement des nanosatellites aux États-Unis pour importer l’idée en France. Retour sur une folle aventure née en 2006.
C’est l’histoire d’un fou. Ou en tout cas pris comme tel il y a vingt ans. C’est cet anniversaire qui était fêté ce jeudi 24 septembre à Bouillargues, dans le Gard, au siège de la société Symétrie, partenaire de la fondation Van Allen. "Ils m’ont traité de fou mais on l’a fait." Ils, ce sont les enseignants-chercheurs de l’IUT de Nîmes qui l’ont suivi en 2006 dans l’aventure des nanosatellites. Lui, c’est Laurent Dusseau, l’actuel directeur général de la fondation Van Allen. Le jeune ingénieur d’alors avait fait ses premières armes à l’université d’Arizona, aux États-Unis. "J’ai vu des jeunes travailler autour d’un petit objet, un cubeSat (satellite miniaturisé de forme cubique de dix centimètres de côté pesant un kilo, Ndlr) et je me suis dit que je ferais ça ici." Il allait bientôt avoir l’idée folle un jour d’inventer le Csum, le centre spatial de l’université de Montpellier.
Il rencontre à son retour en France Michel Courtois, directeur technique d’Alcatel space, qui cherche à tester des composants électroniques dans l’espace. Et qui était en contact avec l’université… d’Arizona. Le hasard est souvent un rendez-vous. Nommé professeur à l’université de Nîmes, Laurent Dusseau planche avec ses collègues et leurs étudiants sur le projet. "Les Américains faisaient le nanosatellite et nous on faisait l’expérience embarquée." Raté : la fusée explose et le cubeSat avec.
Mais l’histoire de fou était lancée. Les Nîmois décident de faire eux-mêmes leur nanosatellite. Avec les moyens humains et matériels du bord. "On avait sous-estimé la difficulté de l’exercice, ça nous a pris six ans !" À l’époque, le Cnes lance un appel à projets baptisé Expresso. Comme Laurent Dusseau est un fou farceur, il embraye le pas du clin d’œil au café : "On a répondu avec un satellite qu’on a appelé Robusta."
"On n’y connaissait pas grand-chose"
L’ambition paraissait démesurée… folle. "On était des profs de génie électrique et mécanique, on n’y connaissait pas grand-chose", reconnaît Laurent Dusseau. Les collègues de l’époque étaient là autour de lui ce jeudi : "On était comme des pionniers" dit l’un, "ça a été fantastique, une aventure extraordinaire", dit l’autre. "Les choix technologiques n’ont pas toujours été optimisés au début", convient un troisième. Au menu, un chantier à usiner et à tester : le cube lui-même, les batteries, les cartes, les cellules photo-voltaïques…
Le premier nanosatellite languedocien, Robusta-1A, est parti dans l’espace en 2012, à bord de la fusée européenne Vega. En 20 ans, l’équipe, depuis installée au sein du Csum, chapeautée par la fondation Van Allen, a permis d’envoyer dix nanosatellites, "petits et pas chers", dans l’espace. Pour, par exemple, repérer les plastiques en mer ou identifier les zones de sécheresse. Deux autres seront opérationnels dans les prochains mois.
"Il va s’en faire de plus en plus"
La fondation Van Allen s’appuie sur des partenariats internationaux – notamment avec des pays d’Afrique – et sur un mécénat d’entreprises. La fondation a été présidée tour à tour par Michel Courtois, l’ex-ministre des Transports Jean-Claude Gayssot et le spationaute Michel Tognini (depuis cette année). Lequel est convaincu que ces cubeSats ont de l’avenir : "Il va s’en faire de plus en plus, il faut les renouveler tous les cinq ans comme nos téléphones portables". Mais la concurrence est féroce : "Les Américains dont dix ans d’avance, en termes de puissance de calcul, de miniaturisation et d’intelligence artificielle", souligne Laurent Dusseau.