"Parler au portefeuille, au cerveau et au cœur": Citroën ressuscite au Mondial de l'Auto la mythique 2CV en version 100% électrique et pour moins de 15.000 euros
"Parler au portefeuille, au cerveau et au cœur": Citroën ressuscite au Mondial de l'Auto la mythique 2CV en version 100% électrique et pour moins de 15.000 euros
Publié aujourd'hui à 19h06
Lire dans l'appLa marque aux chevrons dévoile son concept de 2CV moderne au Mondial de l'Auto. Entre clins d'œil au mythique cahier des charges d'origine, détails rétro-futuristes et tarif d'attaque sous la barre des 15.000 euros, le constructeur donne un bel aperçu de son futur modèle populaire électrique attendu pour 2028.
C'est l'incontestable star du Mondial de l'Automobile 2026. Alors que le constructeur a longtemps affirmé qu'il ne succomberait pas à la mode du néo-rétro, Citroën s'est finalement décidé à offrir une version moderne d'une des voitures françaises les plus célèbres, la mythique 2CV. Avec le salon parisien qui se tient cette semaine à la Porte de Versailles comme première vitrine pour la présenter au public.

Baptisée 2CV Concept, cette citadine 100% électrique de 3,76 mètres de long préfigure une déclinaison de série promise à l'horizon 2028. Mais contrairement aux récentes réussites du marché comme la Renault 5 ou la Fiat 500 qui misent sur un positionnement plus haut de gamme, la marque aux chevrons entend bien appliquer la recette originale: proposer une mobilité véritablement populaire et abordable, sous la barre des 15.000 euros avant les aides.
"Ce qu'il faut qu'on fasse, c'est trois choses: c'est parler au portefeuille - cette nouvelle 2CV va démarrer à 15.000 euros -, c'est parler au cerveau - elle sera zéro émission -, et puis c'est surtout parler au cœur", résume Xavier Chardon, directeur général de Citroën.

Une ligne culte truffée de références historiques
Pour réinterpréter l'icône sans tomber dans la caricature, les designers de Citroën ont conservé les proportions et la silhouette ronde caractéristiques de l'ancêtre tout en les modernisant. La face avant arbore ses célèbres projecteurs ronds détachés de la carrosserie, son capot sculpté à stries (référence à l'ancêtre de la "Deuche", la TPV pour "Toute Petite Voiture" de 1939) et sa teinte exclusive "Rouge Infra Red".

La silhouette se distingue par un toit en toile courbe et un pare-brise très droit au bas duquel figurent des vignettes gravées et hautement symboliques: les chiffres "48/90/26", rappelant 1948 pour sa présentation initiale au Salon de Paris, 1990 pour la fin de sa production et 2026 pour cette renaissance électrique.

Les clins d'œil ne sont pas seulement visuels mais aussi sonores, puisque le concept embarque le véritable son du klaxon d'époque ainsi qu'un générateur de bruit moteur reproduisant fidèlement la sonorité du mythique bicylindre au démarrage et en roulant.
Des œufs et la simplicité retrouvée à bord
À l'intérieur, l'habitacle prend le contre-pied de la surenchère technologique actuelle pour revenir à une philosophie d'épuration et de praticité. Les sièges adoptent des banquettes habillées d'un tissu tartan jaune acidulé, tandis que la planche de bord intègre des aérateurs manuels sous le pare-brise et une commande de boîte PRND qui reprend la forme emblématique du levier de vitesse d'époque.

Dans les contre-portes, on découvre des rangements spécialement moulés pour accueillir des œufs. Un hommage direct au cahier des charges originel établi à la fin des années 1930 pour le projet TPV par Pierre-Jules Boulanger, alors patron de Citroën. L'homme exigeait une voiture économique capable de transporter deux cultivateurs en sabots, 50 kg de pommes de terre ou un panier d'œufs à travers un champ labouré sans en casser un seul.

Dans ce même esprit, les pédales d'accélérateur et de frein arborent respectivement un dessin de lapin et de tortue, la console centrale est remplacée par un panier de pique-nique amovible imprimé en 3D et une enceinte nomade baptisée "Radioën" peut s'extraire de son logement pour être emportée partout.
Un écran esprit BD
Au centre du tableau de bord trône un écran carré de 8 pouces dont l'univers graphique a été développé en collaboration avec le dessinateur Jean-Luc Delvaux, célèbre auteur de bandes dessinées automobiles rétro comme "Nationale 7". Un écran tactile mais avec trois boutons physiques pour la climatisation et le volume sonore.
L'interface fait la part belle à une ambiance vintage: le GPS vous guide dans un Paris en bande dessinée, une cassette audio dont les bandes tournent apparaît lors de la lecture de musique et des bulles d'action s'affichent lors des appels téléphoniques. La marque promet que cet esprit décalé ne restera pas au stade de simple étude de style.
"La voiture de série va être très proche du concept-car, sinon on serait déçu évidemment, confirme Xavier Chardon. Et ce qui est important, c'est de revenir aussi à cette notion de simplicité, arrêter le "toujours plus". Donc c'est ce qu'on retrouve aussi à l'intérieur de cette voiture. Donc on arrête de mettre des écrans partout, on se recentre sur ce dont le conducteur a besoin."
Quelle autonomie sur la nouvelle 2CV de série?
Conçue pour respecter la future réglementation européenne E-Car avec une masse contenue sous la tonne, cette future 2CV de série refuse la course aux batteries géantes qui alourdissent et renchérissent les véhicules électriques actuels.
Pour réussir son pari et casser les prix, le groupe applique d'ailleurs une méthode inédite: l'architecture technique est développée à partir des technologies électriques chinoises de ses partenaires, mais la voiture sera intégralement fabriquée sur le sol européen. L'objectif est de proposer une offre abordable à moins de 15.000 euros pour contrer l'offensive des marques low-cost venues d'Asie, tout en respectant les normes de sécurité et de qualité du Vieux Continent.
"C'est un peu tôt pour parler chiffres, mais aujourd'hui un Français en moyenne fait une trentaine de kilomètres par jour. Donc la logique, c'est qu'il ait une autonomie électrique accessible, mais qui lui évite de recharger quand même trop souvent", explique Xavier Chardon.
Pour le patron de la marque aux chevrons, l'enjeu dépasse la simple fiche technique et s'inscrit directement dans la filiation du modèle original.
"La 2CV est née un peu avant la guerre et finalement, elle a permis de démocratiser la mobilité, de donner de la liberté aux Français après la Seconde Guerre mondiale, rappelle le dirigeant. On est parti de ce cahier des charges, on l'a réinterprété. Donc ce qu'on souhaite faire, c'est de donner de la mobilité 100% électrique, accessible aux Français et aux Européens."
Reste désormais à savoir si la version de série, attendue sur les routes d'ici 2028 (et donc certainement présentée au prochain Mondial de l'Auto dans 2 ans), parviendra à conserver tout le charme décalé de ce concept tout en tenant sa promesse d'une autonomie suffisante autour des 200 kilomètres.
La 2CV, une révolution populaire vendue à plus de 5 millions d'exemplaires
L'histoire de la 2CV commence en 1936, lorsque Pierre-Jules Boulanger, patron de Citroën, lance le projet TPV ("Toute Petite Voiture"). Son ambition: concevoir une automobile suffisamment économique pour permettre aux Français les plus modestes, notamment dans les campagnes, d'accéder à la voiture. L'ingénieur André Lefebvre et le designer italien Flaminio Bertoni sont chargés de sa conception. Le cahier des charges est étonnant: transporter quatre personnes et 50 kilos de bagages, tout en étant capable de traverser un champ labouré sans casser un seul œuf dans un panier.
La Seconde Guerre mondiale retarde son lancement. La 2CV est finalement dévoilée le 7 octobre 1948 au Salon de l'automobile de Paris pour une commercialisation en septembre 1949 au tarif de 228.000 francs, soit l'équivalent d'envirton 8.500 euros actuels. Avec son prix relativement accessible, sa mécanique rudimentaire et sa faible consommation, elle contribue à démocratiser l'automobile dans la France d'après-guerre.
Son succès est considérable: plus de 5,1 millions d'exemplaires seront produits au total. La dernière 2CV sort des chaînes de l'usine de Mangualde, au Portugal, le 27 juillet 1990, à 16 heures précises. Une fin de carrière discrète pour une automobile devenue l'une des grandes icônes industrielles françaises.
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