Paris. Scandale du périscolaire : cinq ans de prison dont un ferme requis contre un animateur
Cinq ans de prison dont au moins un ferme ont été requis lundi contre un animateur du périscolaire parisien jugé pour agressions sexuelles sur 9 enfants âgés de 6 à 9 ans, à l'issue d'une audience au cours de laquelle le prévenu a admis les faits, dont il n'a cependant reconnu que des bribes. Le prévenu, Michaël M., 38 ans, sous contrôle judiciaire, a déclaré tout au long de l'audience « regretter », avoir « honte » et vouloir se soigner, tout en disant à maintes reprises ne pas se souvenir des faits qui lui sont reprochés.
« La vérité est souvent difficile à faire sortir », a lancé le procureur à l'issue de 7 heures d'audience. Michaël M. « a les plus grandes difficultés à dire la vérité. Ce sont des aveux qui ne vont pas jusqu'au bout, mais pour moi ce sont des aveux », a-t-il dit, requérant cinq ans de prison dont au moins un an ferme, et cinq ans de suivi socio-judiciaire. Chétif et légèrement voûté dans son costume bleu, coiffé d'un catogan et le visage masqué en raison de « problèmes pulmonaires », Michaël M., 38 ans, était jugé pour des faits commis entre septembre 2022 et janvier 2024 dans une école primaire du XVe arrondissement de Paris.
« Je suis désolé de tout ce que j'ai fait »
Tout a commencé avec la plainte le 12 janvier 2024 d'une mère dont la fille de 6 ans avait raconté que l'animateur lui avait « touché les fesses » à deux reprises. L'enquête a permis d'identifier d'autres enfants susceptibles d'avoir été victimes du même animateur, des fillettes ayant décrit des attouchements sur les fesses ou sur le sexe à diverses occasions, dans le préau ou lors d'une sortie scolaire. Avec souvent le même « mode opératoire », a souligné le président du tribunal, relevant que la plupart des déclarations des enfants ont été jugées par les experts « vraisemblables » ou sans signe d'« affabulation ».
Appelé à la barre, Michaël M., qui avait reconnu les faits lors de sa garde à vue en mars, a déclaré d'une voix atone : « Je suis désolé de tout ce que j'ai fait, je demande pardon à toutes les victimes et leurs familles. Je regrette énormément tout ce qui s'est passé ». Interrogé longuement par le président, les avocats et le procureur, le prévenu répond d'abord par de grands silences. S'il dit à plusieurs reprises sa « honte », ses « regrets », voire son « dégoût de [lui]-même », lorsqu'il est interrogé sur les faits, la réponse semble toujours la même : « je ne me souviens pas », « je l'ignore », « je ne me l'explique pas ».
Lorsque Me Carine Durrieu Diebolt, l'avocate d'une partie civile, lui présente la photo d'une de ses petites victimes présumées, il répond : « ça me dit vaguement quelque chose ». Mais, questionné sur les faits, il répond : « ça ne me rappelle rien ». « Vous reconnaissez les faits mais vous ne vous souvenez pas. Vous comprenez que ça peut poser problème ? », s'agace une autre avocate, Me Constance Dewavrin. « Je ne remets pas en doute la parole des enfants. Si elles le disent, c'est que ça a dû arriver. Par contre, je ne peux pas inventer des souvenirs que je n'ai pas », répond Michaël M. Il peine également à éclaircir les raisons pour lesquelles il a utilisé en 2025 une application, Teleguard, sur laquelle il affirme avoir voulu traquer et signaler des « pédophiles ».
Décision le 15 septembre
Le prévenu est père d'une fille unique, aujourd'hui âgée de 13 ans, et marié à une femme qui l'a décrit au cours de l'enquête comme « tendre, attentionné ». La mère de Michaël M. a été elle même suspectée d'agression sexuelle sur sa petite-fille en lui touchant les fesses. L'enquête a été classée sans suite. Michaël M., qui a vu un psychologue a deux reprises depuis sa mise en examen, affirme que les séances l'ont aidé et pense pouvoir avancer. Des arguments qui n'ont pas convaincu le père d'une des victimes présumées. « Quand on lui pose des questions précises qui peuvent l'incriminer, il ne se souvient plus », relève calmement ce père, disant avoir l'impression que le coupable se fait passer pour la victime.
La décision a été mise en délibéré au 15 septembre. Il s'agit du quatrième animateur jugé depuis le mois de mai dans le scandale qui secoue depuis plusieurs mois le périscolaire parisien -une condamnation et deux relaxes-. Depuis début 2026, 132 animateurs ont été suspendus, dont 52 pour « suspicions de violences sexuelles ou sexistes », un nombre traduisant un caractère « systémique », selon le maire de Paris Emmanuel Grégoire.
119 - Allo enfance en danger
Toute victime ou témoin de violences physiques, psychologiques, sexuelles ou de négligences sur un enfant peut appeler le 119, confidentiel et gratuit, 7j/7 et 24h/24, même en cas de doute sur une situation.