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Paris. Procès de l'assassinat d'Aramburú : les images glaçantes examinées par la cour d'assises

Soudain 10 détonations figent la salle. Les images des ultimes instants de la vie de Federico Martin Aramburu, tué en plein Paris en 2022, ont été examinées ce jeudi par la cour d'assises de Paris, sous les yeux des tireurs, Romain Bouvier et Loïk Le Priol, l'auteur des coups de feu mortels. Au son assourdissant des détonations, le second, un ex-militaire de 32 ans, baisse la tête ; Bouvier, 35 ans, ne livre pas de réaction apparente. La veuve du rugbyman argentin, Maria Codino Aramburu, elle, ne quitte pas des yeux ce que la vidéosurveillance parisienne a pu capter des dernières minutes de la vie du père de ses trois enfants, achevée à 42 ans dans une violence inouïe.

Des images captées au petit matin du 19 mars 2022 sur la terrasse de brasserie où une dispute futile a d'abord éclaté entre fêtards alcoolisés puis, devant le commerce de vêtements tout proche, boulevard Saint-Germain, où elle s'est achevée dans le sang. Tout est allé si vite depuis que la querelle a dégénéré entre ces deux sympathisants d'ultradroite fascinés par les armes et ayant de lourds antécédents de violence, et d'autre part Aramburu et son ami Shane Hegarty, venus du Pays basque pour un match du tournoi des 6 Nations.

Une « agression » 

Alors qu'il quitte la brasserie à 6 heures, Aramburu saisit Le Priol par la capuche et le met au sol. Une « agression », selon la défense, un « geste d'énervement » sans conséquence ni dommages, pour un enquêteur. Dix minutes plus tard, l'ancien trois-quarts de l'Argentine s'effondrera, mortellement touché, sur des poubelles alignées sur le trottoir de ce quartier cossu.

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Surpris d'avoir été mis au sol mais ne montrant aucun signe de douleur, Le Priol se relève immédiatement et entreprend d'adresser un crochet à Aramburu. Une bagarre s'ensuit, violente mais brève et interrompue par le personnel de la brasserie. Hegarty et Aramburu s'éloignent à pied. Pour eux, l'incident est clos, explique un policier. Pas pour les accusés, accompagnés ce soir-là de la compagne de Le Priol, qui encourt aussi la perpétuité pour complicité de tentative d'assassinat. Après avoir intimé à celle-ci d'aller chercher sa Jeep, Le Priol part à vive allure à pied. La Jeep démarre deux minutes plus tard, conduite par la jeune femme. Bouvier y prend place. « Ma conviction, c'est qu'ils partent chercher » les deux rugbymen dans le véhicule, explique un enquêteur. Le Priol, lui, veut encore « en découdre », estime son collègue.

Le Priol tire six fois en quatre secondes

Un de ses avocats, Pierre-Henri Baert, rebondit : pourquoi dire « pour en découdre » et non « pour tuer » ? « Parce que je n'ai pas d'élément pour le dire », répond le fonctionnaire. « Je ne suis pas dans sa tête ». Se joue là l'enjeu central : la préméditation, qui pèsera lourd à l'heure du verdict, le 25 septembre.

À 6 h 08, la Jeep s'arrête à hauteur d'Aramburu et Hegarty. Bouvier descend, fait face à Aramburu, qui avance vers lui sur la chaussée puis recule quand Bouvier ouvre le feu, quatre fois, avant de fuir à pied. Au même moment, Le Priol remonte le boulevard en sprintant. Les deux hommes s'empoignent et chutent au sol. Quand Aramburu le percute, Le Priol a-t-il son arme en main ?, demande Me Baert. « Vraisemblablement non », répond le policier. Les deux hommes se relèvent, s'empoignent. « Est-ce qu'après le premier coup de poing » reçu, Le Priol « sort son arme » ?, insiste Me Baert. « Il ne me semble pas », répond le policier.

Le Priol a reçu « de multiples coups », affirme Me Baert, qui demande au policier s'il a agi dans « un contexte de défense ». « Dans un contexte de bagarre », rectifie le fonctionnaire avant de rappeler qu'Aramburu n'était pas armé. « M. Aramburu a porté des coups, M. Le Priol a porté des coups », renchérit son collègue.

Le Priol tire six fois en quatre secondes, une scène finale hors du champ de la caméra du magasin de vêtement. Dont deux tirs de sommation vers le ciel, selon sa défense. Ce que les policiers écartent : pas de latence entre les tirs et quatre secondes, c'est bien court pour « donner à la personne le temps de changer d'avis ». Pour eux, il ne fait aucun doute que les deux accusés étaient animés d'une volonté homicide : « Quand on vide un chargeur et qu'on vise une personne, c'est qu'on est déterminé à lui ôter la vie », assène l'un d'eux. Que lui inspire une telle détermination ? « Que c'est une exécution ».