taraskuzio.com

Le projet de rénovation moderne du Palais Bourbon suscite la polémique

Qu’est-ce qui peut lier l’Assemblée nationale, Joey Starr, des associations de défense du patrimoine, Ségolène Royal et la mairie de Paris ? Non, il ne s’agit pas là du début d’une histoire drôle mais d’un projet de rénovation du Palais Bourbon (7e arrondissement) à Paris. Un projet fortement critiqué, un temps suspendu pour des raisons de procédure, mais qui vient d’être relancé à la faveur d’une décision du Conseil de Paris.

En 2023, Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, avait pris l’initiative de lancer un plan de rénovation de structure pour offrir aux 200.000 visiteurs annuels de l’Assemblée nationale des conditions d’accueil et de visite dignes de l’institution. L’ancien bâtiment d'accueil, construit en 1888, étant jugé trop exigu, le projet présenté en 2025 par le cabinet Moatti et Rivière, a soulevé de nombreuses critiques tant par son coût estimé à 50 millions d’euros, que par son architecture jugée inadaptée à son cadre. Une pétition lancée contre le projet a même déjà regroupé près de 70.000 signatures.

4.000 mètres carrés de verres, une boutique et une cafétéria

Suspendu en février 2025 en raison de problème de procédures et d’autorisation, notamment les difficultés à creuser sous le palais Bourbon et la hauteur du bâtiment, le projet de Yaël Braun-Pivet a reçu un avis favorable d’Emmanuel Grégoire, qui a voté une modification du plan de sauvegarde et de mise en valeur du 7e arrondissement de Paris qui bloquait jusqu’alors le projet.

Il faut dire que le changement est marquant. Le nouveau bâtiment de 4.000 mètres carrés présenterait des lignes nettement plus modernes. Sur deux niveaux, il serait habillé de verre et de brise-soleil verticaux évoquant les colonnes corinthiennes de la façade voisine et accueillerait, entre autre, une boutique et une cafétéria. Un véritable « massacre » et un « crime contre le patrimoine » selon certains internautes.

Ségolène Royal, Joey Starr et Rachida Dati contre le projet

Ils ont été nombreux à s’élever contre ce projet et parmi eux, certaines personnalités bien connues du grand public. Ségolène Royal par exemple. L’ancienne (et future ?) candidate à la présidence de la République l'a qualifié de « débauche d’argent public », « scandaleuse » rappelant que la présidente de l’Assemblée nationale « n’est pas propriétaire des lieux ».

Comme elle, plusieurs personnalités politiques, notamment de droite et d’extrême droite, comme le chroniqueur Charles Consigny, la maire de Yerres (Essonne) également habitué des présidentielles, Nicolas Dupont-Aignan ou encore la députée RN Florence Joubert ont exprimé leur désapprobation. Ce mercredi, c’est Rachida Dati, maire du 7e arrondissement qui s’en est prise à son adversaire aux municipales 2026, Emmanuel Grégoire, en appelant à la mobilisation « pour empêcher cette destruction patrimoniale ».

Mais à gauche aussi des voix se sont élevées. Emile Meunier, coprésident écolo du groupe Nouveau Paris Populaire avec Sophia Chikirou au Conseil de Paris de Paris, a comparé le nouveau bâtiment à une « sorte d’Apple Store ». Plus surprenant, c’est le chanteur Joey Starr qui a pris parti en repartageant une vidéo critique de l’association Sites & Monuments avec pour seul commentaire un ironique « Douce France ».

Une pétition à près de 70.000 signatures

L’association, qui a remercié l’ancien chanteur de NTM au passage, fait partie des plus zélés opposants aux projets. Elle est même à l’initiative de la pétition « Non à l’enlaidissement de Paris par l’Assemblée nationale » qui a déjà récolté plus de 68.500 signatures. En argument, Sites & monuments avance notamment un non-respect du Site patrimonial remarquable (SPR) du 7e arrondissement de Paris (en raison de sa hauteur et d’empiètements sur un espace vert protégé), du bien UNESCO des Rives de la Seine, inscrit au Patrimoine mondial, « dont il dégraderait la stratification harmonieuse », ni de l’avis de la Commission du Vieux Paris, qui « s’oppose fermement et unanimement à la démolition pure et simple de l’actuel pavillon d’accueil ».

Joint ce mardi par nos confrères du Figaro, le président de l’association, Julien Lacaze explique sa colère :

« Ce nouveau bâtiment en verre déséquilibrerait le paysage historiquement néoclassique, magistral, minéral et horizontal des lieux. On ne peut pas remplacer ainsi l’entrée actuelle, qui plus est en parfait état. Elle est imprégnée par l’histoire parlementaire et symbolise la démocratie méfiante, car elle a été construite après la tentative d’assassinat de Jules Ferry. »

« Il y aura toujours des conservateurs »

Pourtant, selon le Conseil de Paris, « les constructions projetées s’inscrivent bel et bien dans des gabarits proches de ceux des édifices déjà existants et ont été conçues dans le respect des caractéristiques architecturales et patrimoniales du site. » Une délibération contre laquelle le groupe de droite « Paris Liberté ! » avait voté. Après la décision, ce dernier avait commenté : « Décidément, à Paris, les espaces les mieux protégés le restent… jusqu’à ce qu’Emmanuel Grégoire décide qu’ils ne le soient plus. Ce n’est pas une erreur, c’est une politique. »

Si les critiques sont nombreuses à l’encontre du projet, certaines voix tempèrent quand même la colère et ne trouvent pas le futur bâtiment « si scandaleux que cela ». Un internaute par exemple sur X rappelle les expériences passées de la Pyramide du Louvre et des colonnes de Buren qui « ont aussi fait l’objet de violentes critiques à l’époque… ». « Il y aura toujours des "conservateurs"… Avant c’était mieux ; ne modifions rien, l’avenir nous fait peur… », explique-t-il fustigeant les « réactionnaires qui agissent systématiquement en réaction à la nouveauté ».

Notre rubrique Paris

Quoi qu’il en soit, plusieurs millions d’euros ont déjà été investis comme le précisait le Canard enchaîné il y a quelques mois. Aussi Yaël Braun-Pivet espère voir les travaux engagés avant la fin de la législature, soit probablement juste après l’élection présidentielle de 2027, qui sonnera sans doute la fin de son mandat à la tête de l’Assemblée nationale.