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Paris. « Appelle la police, je vais mourir » : le récit de la nuit durant laquelle Federico Aramburú a été assassiné

Federico Martin Aramburú est mort dans la nuit du vendredi 18 au samedi 19 mars 2022. Ce soir-là, l'ancien rugbyman argentin, notamment passé par Biarritz, Perpignan et Dax, est à Paris. Installé en France à la fin de sa carrière et dirigeant de la société Esprit Basque, celui qui a porté le maillot de l'Argentine à 22 reprises – notamment lors de la Coupe du monde 2007 en France – envoie un message à son associé. Ce dernier, nommé Shaun Hegarty, est également un ancien rugbyman. Originaire du Pays basque, il a été le coéquipier d'Aramburú à Biarritz pendant deux saisons, de 2004 à 2006.

S'il est ensuite parti chez le rival bayonnais, puis à Narbonne, Hegarty est toujours resté très proche de l'Argentin. Au point de lancer, en 2014, leur agence de voyages qui fait la part belle au rugby, au Pays basque, et à l'Argentine. Ce soir de mars 2022, quelques heures avant le match entre la France et l'Angleterre comptant pour le Tournoi des 6 nations, Aramburú veut retrouver son grand ami pour fêter avec lui une bonne nouvelle professionnelle, puisque leur agence vient d'être autorisée à vendre des prestations autour de la Coupe du monde de rugby 2023, disputée dans l'Hexagone.

Le duo s'arrête dans quelques bars, principalement dans le 6e arrondissement de Paris. Puis, à 5 h 21, s'installe sur la terrasse du Mabillon, situé Boulevard Saint-Germain... également dans le 6e arrondissement. D'après des images de vidéosurveillance diffusées dimanche dans l'émission "Sept à Huit" sur TF1, la terrasse est particulièrement remplie au vu de l'heure. Aramburú et Hegarty se retrouvent sur une table à proximité de Loïk Le Priol, de la compagne de ce dernier Lyson Rochemir, et de Romain Bouvier, arrivés près d'une demi-heure plus tôt dans une Jeep de l'armée.

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Un premier moment de tension... dans lequel Aramburú n'est pas impliqué

Les premiers échanges entre les deux tables semblent cordiaux, presque amicaux. Quelques dizaines de minutes plus tard, un homme étranger à ces deux tables discute avec Le Priol et Bouvier. « Il a l'air d'être un petit peu insistant », explique le journal L'Équipe, qui a également eu accès aux images de vidéosurveillance. Le Priol, ancien militaire et militant d'ultradroite, lui intime donc de partir. Juste à côté, Hegarty assiste à la scène et demande à ses voisins de table de mieux parler aux gens.

Une remarque pas vraiment du goût de Le Priol qui, dans la foulée, se lève et échange brièvement avec Hegarty, place sa main droite sur la nuque de l'ancien rugbyman puis lui met quelques petites claques. En face, Aramburú ne dit rien. Sur l'autre table, Bouvier n'intervient pas. C'est d'ailleurs le vigile de la brasserie qui met fin à ce moment de tension en séparant les deux hommes. Le Priol retourne à sa table, la soirée se poursuit.

À 6 heures du matin, l'ancien rugbyman né à Biarritz s'écarte de la terrasse pour fumer, tandis qu'Aramburú règle l'addition. L'Argentin se lève et, en quittant la brasserie, attrape fermement la capuche de Loïk Le Priol pour le renverser de sa chaise. Ce dernier se relève rapidement, et échange des coups avec l'ancien rugbyman. Dans le même temps, la situation s'envenime également entre Bouvier et Hegarty. Des serveurs et la sécurité de la brasserie finissent pas séparer tout le monde, une minute environ après le début de l'accrochage.

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Dix coups de feu ont été tirés

Les deux anciens joueurs finissent par partir vers leur hôtel, situé « à quelques centaines de mètres », tandis que le personnel du Mabillon retient Le Priol et Bouvier. Le premier, très en colère, exhibe un brassard orange floqué “Police”, et sort une arme de sa poche. Puis s'enfuit à son tour, seul, sur le boulevard Saint-Germain puis dans des petites rues adjacentes, pour retrouver les deux hommes. Ses deux compagnons de table, sa compagne et Romain Bouvier, montent eux dans la Jeep pour suivre la même route... sur les “conseils” d'un serveur de la brasserie, qui leur a suggéré d'éviter à leur ami (Le Priol) de prendre une « raclée ». Il est 6 h 05.

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À quelques mètres du Mabillon, Aramburú et Hegarty s'arrêtent à l'hôtel Welcome pour demander un peu de glace, afin de soigner leurs blessures. En ressortant de l'établissement, le duo tombe nez-à-nez avec la Jeep. Bouvier en sort, tire quatre coups de feu sur l'Argentin avec un Sharps en calibre 22 court puis s'échappe, à pied cette fois-ci. S'il n'est pas témoin de la scène, Le Priol, alors dans une autre rue, est alerté par les bruits de tirs. Et revient donc sur ses pas.

Rapidement, l'ancien militaire – par ailleurs fiché S – se retrouve en face d'Aramburú et Hegarty. Il se jette alors sur le premier, déjà très blessé après avoir reçu quatre balles. S'en suit un échange de coups au sol, tandis qu'Hegarty frappe Le Priol avec le sac de glaçons donné quelques instants plus tôt par l'hôtel. Le Priol finit malgré tout par mettre la main à la poche. Il en sort un pistolet Colt New Pocket puis tire à six reprises (et à bout portant) sur Aramburú avant de s'enfuir, à pied. Il est 6 h 09. « Appelle la police, je vais mourir », dit-il à Hegarty, à ses côtés. L'Argentin ne se relèvera pas.