Papy Michel, un poulet frites avec Jean-Luc Dehaene, Roger Laboureur, La Tribune : Michel Lecomte est notre invité d'" Une vie après la télé"
Ce n'est pas pour jouer au flatteur mais Michel Lecomte porte bien ses 71 ans. Loin de son rôle de chef de la rédaction sportive de la RTBF qu'il a dirigée durant dix-sept ans, des négociations pour les droits télé ("du côté francophone, nous n'avons jamais été dans la démesure"), de l'émission La Tribune, de la gestion des ego, du rythme effréné des grandes compétitions, le Namurois, retraité officiellement depuis fin 2020, remplit ses journées. Il y a une vie, voire plusieurs après la télé et le service public, notion à laquelle il est très attaché. "D'abord, je suis un papy dispo pour mes huit petits-enfants", sourit-il. Ajoutez-y le club du FC Arquet Namur (D3 amateurs) dont il est vice-président et un coup de main éditorial auprès de la FFA (Football Francophone Amateur).
Audience, critiques, publicité : le chef des sports de la RTBF fait le bilan du Mondial : "La force d'attraction de la Coupe du monde est assez folle"Rendez-vous chez lui à Namur à deux pas de l'écluse de La Plante. Avant de faire un saut à la Guinguette de Ben en bord de Meuse où les passants, piétons ou cyclistes, le saluent d'un "Salut Michel". Très ancré dans la vie locale, il a commenté (on ne se refait pas…) le 9 août dernier les joutes nautiques entre Jambes et La Plante pour les Compagnons du Buley. Résultat ? Victoire de La Plante…

Cela fait six ans que sa bouille a disparu du petit écran (le temps passe vite). "Je ne manque pas d'occupation. Primo. Durant des années, j'ai sans doute eu des lacunes dans mon rôle de père. Mes enfants me l'ont gentiment fait comprendre (NdlR : ses fils Thomas et Romain et sa fille Alice). J'ai 8 petits-enfants qui vont de 2 à 13 ans et, depuis mon départ à la retraite, je suis très dispo. Ils peuvent m'appeler à tout moment. On essaie de trouver des solutions et le mercredi est consacré aux enfants que Cécile et moi adorons voir grandir."
Sa "petite entreprise" post RTBF
Mais celui que Martin Charlier ou plutôt Kiki l'Innocent avait affectueusement surnommé Miche Miche n'est pas que babysitter.
"J'ai aussi quelques amis très chers avec lesquels je prends du bon temps. Sans oublier ma vie de couple, essentielle, sur laquelle le boulot a pas mal rogné. Je suis coprésident du club FC Arquet Namur (D3 amateurs) qui possède un label 3 étoiles depuis 9 ans pour la formation. À mon âge, j'aimerais doucement passer la main. Il faut du sang neuf, de nouvelles idées. Je joue un peu au golf (son sac stationne dans le couloir) même si je n'ai pas beaucoup progressé. Je suis affilié au golf Five Nations de Méan et Durbuy. Ma région d'origine."
Michel Lecomte, son premier Euro en "homme libre" depuis 40 ans: "Je rêve d'une finale Belgique-France"Il a aussi un peu tâtonné de théâtre ("j'y ai joué mon propre rôle, c'était très agréable de découvrir un nouvel univers avec deux comédiennes fantastiques"). Le foot n'est jamais très loin. La pièce s'appelait Hors-Jeu.
"J'ai une petite société qui bosse notamment pour la FFA. Je travaille avec des jeunes journalistes qui tournent des sujets sur le foot amateurs, sujet inépuisable. On les diffuse sur les réseaux sociaux. C'est un retour aux sources très vivifiant."
Ami très proche de Roger Laboureur, disparu le 14 décembre 2025, ("on a eu des fous rires avec lui…"), Michel a suffisamment recueilli les griefs de Monsieur Goal, Goal, Goal, victime du Plan Horizon à la RTBF en 1995, pour ne pas avoir préparé sa propre retraite.

"Elle n'est pas tombée comme un couperet et je n'ai pas cherché à m'accrocher après 2020. J'ai encore donné un coup de main pour la négociation des droits TV avant de passer définitivement la main (NdlR : à Benoit Delhauteur, ex-chef des sports de la Dernière Heure). Il était temps. J'avais assez donné. Le pouvoir use et tu t'uses dans le pouvoir. La gestion humaine devenait lourde à porter."
"Le pouvoir t'use et tu t'uses dans le pouvoir"
Le cordon ombilical avec le boulevard Reyers n'a pas été pour autant complètement rompu. "Je revois régulièrement Benjamin, Laurent Bruwier ou mon assistante historique Karin. J'ai été invité pour le départ de Jean-Pierre Jacqmin. Cela me permet de revoir du monde."
Parce que sa vie, professionnelle s'entend, n'a connu qu'une maison. Il y est entré le 1er janvier 1986. Il y a 40 ans.
"Je suis un enfant du service public. J'étais autant attiré par la politique, le social que par le sport. Mon mémoire de fin d'études était consacré aux mères célibataires. J'ai débuté en effectuant des piges au centre régional de Namur où je racontais des histoires sportives de femmes et d'hommes de l'ombre comme je les aime."
La seule fois où la RTBF a payé
Repéré par Roger Laboureur qui, habitant Andenne, était branché sur la RTBF Namur, il débarque en télé. Pour un millésime 86 dont la Belgique du foot (mais pas que…) se souvient avec l'émission "Mexigoal".
Michel Lecomte rend hommage à Roger Laboureur : "Il apportait un autre ton… et sans cravate""Mon premier reportage TV ? Tony Gillet, le pilote champion de Belgique de course de côte, créateur de la Vertigo, la dernière voiture belge. J'ai toujours aimé le contact direct avec les sportifs. L'interview où l'on parvient à dépasser l'athlète pour découvrir l'humain. Roger Claesen (aujourd'hui je peux l'avouer j'étais supporter du Standard à l'époque), Justine Henin, Ingrid Berghmans, Eddy Merckx, Michel Preud'homme nous donnaient accès à une certaine proximité qui a malheureusement disparu. L'exemple que je cite le plus, c'est Nafi Thiam. Je sens une rare dimension humaine derrière l'incroyable athlète mais elle retient tout cela. Souvent. L'entourage fait barrage. Il est vrai que le terrain médiatique est moins fiable."
Au point qu'on a vu pointer une tendance néfaste pour le métier : payer pour obtenir une interview.
"Jean-Marie Pfaff m'a demandé 10 000 francs belges pour participer à une émission post-Coupe du Monde 1986. C'est la seule fois où la RTBF a payé…"
"Jean-Marie Pfaff a demandé 10 000 francs belges (250 euros) pour participer à une émission sur Mexico 86
Le métier a évolué. Forcément et heureusement mais les dérives guettent.
"La recherche du titre choc et du buzz est palpable. On perd le sens de la nuance. Les acteurs sont sur leur garde. On nous écarte de plus en plus en désignant les joueurs après le match, souvent les moins intéressants ou les plus langues de bois. Compliqué d'en sortir quelque chose souvent. Finie l'époque où on entrait dans le vestiaire. Pourtant, je ne me souviens pas d'un manque de respect à l'époque. Si nous avions raconté tout ce qu'on a vu… c'est souvent plus lisse aujourd'hui. On n'a plus guère l'occasion d'approfondir. "
"On perd le sens de la nuance"
"Un talk foot en prime time ? Du jamais vu"
Devenu chef des sports en 2003, il a dû s'emparer du dossier de plus en plus chaud des droits télé et les négos au cordeau.
"Le dernier contrat avec les Diables rouges a pris du temps, nous avons eu des sueurs froides mais nous l'avons décroché. Néanmoins, croire que le marché francophone est dans la surenchère et l'exponentialité des droits comme je l'ai souvent lu est faux. À la RTBF, grâce au directeur financier Chris Vandervinne et avec l'appui de Jean-Paul Philippot, nous sommes restés ambitieux mais soucieux des dépenses. Je gérais l'argent comme si c'était le mien. Tous les acteurs du marché francophone savent où ils vont. Cependant, affirmer que le service public doit se cantonner dans des missions d'information et d'éducation permanente via l'info et la culture en réduisant le sport à peau de chagrin, cela ne tient pas la route. Le sport est une locomotive qui draine le public vers l'ensemble des contenus. La répartition actuelle des droits entre RTL et la RTBF me semble plutôt équilibrée. Et la concurrence du privé monte en qualité dans ses productions. Dans un pays limitrophe comme la France, TF1 a carrément abandonné le sport. Quand je côtoyais mes anciens collègues au sein de l'Eurovision, la Belgique francophone reste un marché privilégié qui n'est pas si coûteux que certains le prétendent. Le sport, tout le sport c'est seulement 7 % du budget total RTBF."

En 2003, le journaliste change donc de casquette et devient chef. "J'ai préféré être le con qui dirige que d'être dirigé par un con", sourit-il. Un rôle passionnant que j'ai adoré mais compliqué dans la gestion des ressources humaines. Pas une surprise
"Ma bouffée d'oxygène, ce qui m'a fait un bien fou, ce fut de pouvoir revenir sur un plateau via La Tribune en mettant d'abord en évidence l'impertinence de Benjamin. Je rentrais tard le lundi soir mais j'avais le devoir d'être présent et préparé à la réunion du mardi à 10 h du mat'. L'émission a tout de suite eu du succès notamment parce qu'Yves Bigot a pris le pari de mettre un talk foot en prime time. C'était du jamais-vu. Avec Benjamin et l'équipe (Beenkens, Javaux, Thans, Pauwels, Charlier, Steegen.. ), nous avons réussi à amener un ton nouveau sans ronronner. Pourtant, Dieu sait si mon téléphone sonnait le mardi matin pour m'engueuler après quelques saillies de la veille Nous avons réalisé des audiences qui dépassaient 300 000 téléspectateurs. Il y a un truc qui s'est passé et la popularité ne s'est jamais démentie. À titre personnel, ce fut une émission marquante. Elle a aussi marqué les gens. Autant que les grands événements que j'ai commentés ou présentés."

"Sacré Roger"
Nous y voilà ! Le journalisme, c'est le terrain. Rien ne vaut le direct, l'émotion à transmettre et les rencontres…
"En 1986, je suis lancé dans le bain de la présentation de Mexigoal en alternance avec André Rémy. Personne n'y croyait. Avec Cécile Gonfroid, la réalisatrice, nous n'avons eu le Go qu'un mois avant le début du Mondial. En 1990, je commente mon premier match en live Belgique-Uruguay (3-1). En 1994, retour à la présentation avec des plateaux en extérieur. Notamment le père Claude de l'Abbaye de Maredsous fan de foot. Mais aussi un repas poulet avec Jean-Luc Dehaene, concocté par son épouse Célie, dans son jardin pour assister à Belgique-Pays-Bas et le fameux but de Philippe Albert. Ou encore le Belgique-Maroc avec le thé à la menthe au cœur de la Stib. En prison à Verviers, j'ai croisé Robert Vanoirbeek alias le petit Robert (NdlR : un cambrioleur roi de l'évasion). Mai c'était en repérage. Le ministre de la Justice n'a finalement pas accepté qu'on fasse le direct depuis la prison. Des moments de journalisme qui m'ont marqué et qui représentent bien le service public."
"Un Belgique-Pays-Bas avec Jean-Luc Dehaene dans son jardin"
Il y aura encore France 1998 et Japon-Corée en 2002 sur place avant qu'il ne devienne chef des sports et passe du côté organisationnel. Non sans jeter un œil dans le rétro sur les… JO.
"Cela a débuté par un fou rire mémorable avec ce sacré Roger lors des JO de Los Angeles en 1984. L'émission s'appelait "Soir après soir". Au-delà d'un journaliste de talent, Roger était un bon gestionnaire d'équipe. Il créait le lien si important pour que cela tourne… En 1992, je vais à Barcelone où j'ouvre grand les yeux. Ma carrière aurait dû se terminer sur les JO 2020 à Tokyo et l'Euro 2020. Ils ont été postposés à cause du Covid."
Déceptions, rancoeurs et peaux de banane
Diriger une rédaction dont on était le jour d'avant un membre à part entière, cela réclame du doigté, le sens de la diplomatie mais aussi celui des responsabilités et de la prise de décision.
Michel Lecomte, chef, présentateur et négociateur, revient sur ses rôles : "Mon regret ? La communication des champions est devenue trop formatée""Tu ne parviendras à ton épanouissement personnel que dans un projet collectif. Dans une rédaction de 35 journalistes, il y a tous les profils. Le casse-tête, c'étaient les désignations pour les grands événements. Tu ne peux pas mettre tout le monde au même endroit. Le commentaire, c'est une tâche spécifique. Il faut pouvoir vivre avec les déceptions, les rancœurs, les peaux de banane,…"

Michel Lecomte n'échappera pas à la question qui flotte dans l'air depuis des années et régulièrement alimentée par les réseaux sociaux : pourquoi avoir ôté les commentaires des matchs des Diables rouges à Rodrigo Beenkens ?
"C'est simple. En 2020, il est entré dans mon bureau pour me demander d'arrêter l'équipe nationale. Il voulait se concentrer sur le cyclisme dont il est le numéro 1 incontestable. J'ai accédé à sa requête. Tout ce qui s'est passé après n'est que la conséquence de ce souhait."
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