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OpenAI au cœur d’une polémique sur une découverte mathématique

Tech

Un professeur de NYU accuse OpenAI d’avoir profité d’infos sensibles sur un problème mathématique majeur. L’affaire dépasse largement la simple rivalité IA.

OpenAI
Image d'illustration. OpenAI — OpenAI / PR-ADN

En bref

  • Un chercheur de New York University affirme qu’OpenAI a travaillé sur la même piste de Navier-Stokes après avoir eu connaissance de ses travaux.
  • Cette piste est liée à l’un des problèmes du prix du millénaire, dont la résolution rapporte un million de dollars.
  • OpenAI conteste ces accusations, mais l’affaire pose la question de l’utilisation des échanges avec les IA dans la recherche.

Un problème à un million de dollars, une priorité scientifique qui peut faire une carrière, et maintenant une sale histoire entre OpenAI, New York University et un chercheur lié à Anthropic. On a vu des dramas tech plus bruyants, rarement plus explosifs.

Une course à la preuve qui tourne mal

Tristan Buckmaster, professeur de maths à NYU, a récemment mis en avant trois preuves, avec un résultat préliminaire sur l’un des plus gros problèmes non résolus des maths théoriques. Il a travaillé avec Levent Alpöge, mathématicien chez Anthropic, en s’appuyant sur les modèles Codex et Claude.

Mais au moment de finaliser leurs résultats, les deux chercheurs ont appris que des informations sur leur progression auraient circulé jusqu’à OpenAI. Quand ils ont contacté l’entreprise, ils disent avoir découvert qu’une preuve complète du problème central existait déjà chez elle. Puis, selon Buckmaster, les réponses sont devenues floues dès qu’il a demandé quand le travail avait commencé et quelle part venait réellement des humains.

D’après lui, il est finalement apparu qu’une équipe entière bossait sur le sujet avec une puissance de calcul énorme, et que le premier prompt n’aurait été envoyé que dans les tout derniers jours, après la remontée d’infos sur leurs travaux. Résultat ? L’idée d’une simple coïncidence prend un coup.

Pourquoi ce problème change tout ?

Le nœud de l’affaire, c’est le problème de l’existence et de la régularité de Navier-Stokes. L’un des sept Millennium Prize Problems du Clay Mathematics Institute, avec à la clé un million de dollars pour la première solution validée.

Ces équations sont partout en mécanique des fluides, mais leur socle théorique reste mal compris. Une vraie preuve, ce n’est pas juste un trophée pour matheux. C’est un bond sérieux dans la compréhension de la physique mathématique.

La méthode choisie rend les soupçons plus lourds

Ce qui chiffonne Buckmaster, ce n’est pas seulement le timing. C’est aussi la route empruntée. Lui et Alpöge avaient choisi une approche jugée très peu fréquentée, autour d’une force lisse, dans les options c et d de l’énoncé formulé par Fefferman.

Selon Buckmaster, presque personne ne travaillait sur cette piste précise. Il estime qu’on n’arrive pas sur cette direction en quelques jours en donnant juste l’énoncé du problème à un modèle. Dit autrement, si OpenAI a pris exactement le même chemin, ça fait quand même beaucoup.

Anthropic, Codex et la question des données

Il y a un autre détail, franchement sensible. Même si Alpöge travaille chez Anthropic, cette recherche n’était pas menée pour l’entreprise. Le duo a d’ailleurs surtout utilisé Codex, l’outil d’OpenAI.

Buckmaster dit aussi que l’affiliation d’Alpöge à un labo rival a crispé OpenAI, et il affirme que Sebastian Bubeck lui aurait proposé, dans un compromis, de retirer son nom des crédits. Plus gênant encore, Buckmaster s’inquiète d’un possible recyclage de ses propres échanges avec Codex. OpenAI se réserve le droit d’entraîner ses modèles sur ces interactions, sauf refus explicite de l’utilisateur. Si un modèle entraîné là-dessus a ensuite été utilisé en interne sur un problème proche, le malaise est évident.

Des échanges très tendus, et un débat relancé

Sebastian Bubeck, qui dirige la recherche mathématique chez OpenAI, rejette les accusations, qu’il qualifie de fausses et incendiaires. Il assure avoir suivi les normes académiques et promet une réponse plus complète.

Buckmaster, lui, raconte un échange autrement plus rugueux. Quand il a voulu rendre l’affaire publique, Sebastian Bubeck lui aurait lancé : « Pourquoi ruinerais-tu ta carrière ? », avant d’ajouter : « Si tu ne veux pas que je sois gentil, alors je n’ai pas à être gentil ». Ambiance.

Il dit ne pas avoir vu la preuve d’OpenAI, ne pas savoir comment leur modèle a travaillé, ni si ses données ont été utilisées. Il ne dit pas accuser quelqu’un formellement, seulement exposer ce qu’on lui a dit et ce qu’on lui a proposé. Et c’est là que l’histoire devient plus large que ce clash: la place de l’IA dans la recherche mathématique n’a pas fini de faire débat.

Jordan Servan

Spécialiste Tech

Rédacteur sur Begeek.fr depuis 2014, passionné par les jeux vidéo, les séries TV et le cinéma.

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