OpenAI accusé de plagiat par une startup chinoise : la distillation tourne au vinaigre
Publié le 11 septembre 2026 à 21:10 par Christian D.
Le jeu a changé. Dans la guerre froide technologique qui oppose les États-Unis à la Chine, un acteur inattendu vient de retourner l'échiquier, accusant le géant OpenAI d'avoir pillé ses innovations.
Plusieurs agences gouvernementales américaines ont accusé la Chine de s'adonner à une distillation IA massive des grands modèles nationaux pour améliorer à moindre coût leurs propres modèles.
La Chine a répliqué en affirmant que les entreprises américaines font la même chose sur les modèles d'IA chinois et a prévenu qu'elle répliquerait aussitôt si des sanctions commerciales étaient mises en place.
Dans cette bataille de communication autant que de domination technologique, JoyIn, une startup chinoise spécialisée en robotique et soutenue par Ant Group, accuse publiquement OpenAI d'avoir copié son modèle d'IA Aether et le design de son site web.
Le PDG Guo Renjie allègue des similitudes techniques frappantes, notamment sur certains concepts clé de l'intelligence artificielle, et a annoncé le début d'une procédure judiciaire.
L'affaire prend une dimension particulière car elle inverse la narration habituelle puisque ce sont généralement les entreprises américaines qui accusent les firmes chinoises de pillage intellectuel.
De quoi la startup JoyIn accuse-t-elle précisément OpenAI ?
La startup chinoise JoyIn accuse OpenAI de s'être très fortement inspirée de ses travaux sur deux plans : le cœur technologique et l'identité visuelle. Le PDG Guo Renjie pointe du doigt des concepts techniques comme l'auto-amélioration récursive, un processus par lequel une IA s'améliore elle-même en continu, et l'usage de l'IA pour optimiser la puissance de calcul.
Il affirme avoir présenté ce cadre de travail, baptisé « visiteur extraterrestre », quelques semaines seulement avant que le scientifique en chef d'OpenAI ne publie un article intitulé « An Alien Mind ».
Au-delà de la technique, l'accusation porte sur des similarités visuelles flagrantes entre la page web de GPT-6 Astra et celle du modèle Aether de JoyIn, qui aurait été mise en ligne deux mois plus tôt.
Les deux sites partagent une thématique spatiale et un design très proche. Pour JoyIn, il ne s'agit pas d'une coïncidence mais du résultat d'une intelligence artificielle qui a été directement « distillée sans aucune modification ».
Comment cette affaire de copie technologique s'inscrit-elle dans la guerre sino-américaine de l'IA ?
Cette affaire est un véritable miroir déformant des tensions actuelles. Jusqu'à présent, les accusations de distillation, c'est à dire la pratique consistant à utiliser un modèle puissant pour en entraîner un autre plus petit, provenaient quasi exclusivement des États-Unis.
Des entreprises comme Anthropic ou Google ont maintes fois signalé que des acteurs chinois, dont Alibaba ou DeepSeek, utilisaient leurs modèles sans autorisation. Or, la plainte de JoyIn contre OpenAI renverse complètement ce narratif.
C'est la première fois qu'une entreprise chinoise accuse aussi frontalement un leader américain (et pas n'importe lequel !) de copie technologique, transformant l'accusateur en accusé.
Si les allégations n'ont pas encore été vérifiées de manière indépendante et seront sans doute contestées comme sans fondement, elles placent OpenAI dans une position potentiellement très inconfortable.
Longtemps pointée du doigt, la Chine n'hésite donc plus à se manifester à son tour et à accuser les entreprises américaines des mêmes travers, brouillant les lignes sur qui copie qui dans cette course effrénée à la suprématie.
Cette pratique a déjà été mise en application dans d'autres secteurs sensibles et notamment celui des puces, la Chine déclenchant des investigations contre des entreprises américaines en réponse à des sanctions commerciales ou le placement en liste noire de ses entreprises.
Qu'est-ce que le modèle Aether, au cœur de cette polémique ?
Le modèle Aether de JoyIn est un système d'IA conçu spécifiquement pour piloter la robotique humanoïde. Sa principale innovation réside dans son approche perceptive plutôt que textuelle.
Au lieu de traduire des commandes écrites en actions, Aether permettrait au robot de comprendre et d'agir directement à partir de son environnement via ses capteurs. Cette méthode promet une efficacité renforcée et une meilleure adaptation aux tâches imprévues par l'interprétation directe d'un nouvel environnement.
Selon JoyIn, cette technologie permettrait aux robots d'atteindre un taux de succès de 90 % dès la première tentative pour une nouvelle tâche, tout en réduisant le temps d'entraînement de deux tiers.
La crédibilité de cette avancée est renforcée par le profil de sa directrice, Zhu Mingxuan, une ancienne de l'entreprise américaine Figure, spécialiste des robots humanoïdes, rappelle Bloomberg.
La publication de ce modèle sert à la fois de démonstration de force technologique et de pièce à conviction dans le dossier judiciaire qui s'ouvre.
Pourquoi ce conflit surgit-il dans un climat de peur sur les risques de l'IA ?
Cette dispute éclate sur un terrain miné, celui des craintes grandissantes concernant la sécurité et le développement incontrôlé de l'intelligence artificielle.
Récemment, des chercheurs d'OpenAI et d'Anthropic ont publiquement alerté sur les risques existentiels posés par la course à la superintelligence. Ils évoquent la possibilité que l'« auto-amélioration récursive » mène à une IA hors de tout contrôle humain. L'accusation de JoyIn intervient donc à un moment où la confiance dans les géants de la tech est déjà ébranlée.
Le fait qu'OpenAI, qui se pose en leader de l'IA responsable, soit accusé de pratiques opaques et de plagiat, jette une ombre supplémentaire sur le secteur. Sam Altman, son PDG, a lui-même admis envisager un ralentissement du développement pour des raisons de sécurité.
Cette affaire ne fait qu'alimenter le débat public : si les leaders de l'industrie ne respectent même pas la propriété intellectuelle de plus petits acteurs, comment peut-on leur faire confiance pour gérer les risques bien plus importants d'une IA surpuissante ?
Journaliste GNT spécialisé en mobilité / Ante-Geek des profondeurs du Web et d'ailleurs
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