On vous explique la crise ouverte par l'afflux de dizaines de milliers de migrants à la frontière entre le Maroc et l'enclave espagnole de Ceuta
Environ 60 000 personnes sont entrées illégalement dans le territoire, après avoir forcé la ligne de démarcation, 34 migrants sont morts. L'armée a été déployée pour débloquer les routes.
France Télévisions
Publié le 31/07/2026 11:27
Mis à jour le 31/07/2026 14:32
Temps de lecture : 5min
Une crise à la frontière entre le Maroc et l'Espagne. Environ 60 000 migrants sont entrés illégalement dans l'enclave espagnole de Ceuta, jeudi 30 et vendredi 31 juillet, lors d'un afflux massif inédit dans l'histoire du petit territoire de 20 km², peuplé de 85 000 habitants. "La situation est intenable", a déclaré le président de Ceuta, Juan Jesus Vivas, lors d'une conférence de presse, précisant que 34 migrants étaient morts lors de leur tentative pour entrer.
La situation reste tendue des deux côtés de la frontière, avec le renfort de forces de l'ordre côté marocain et espagnol. Pedro Sanchez, le Premier ministre espagnol, s'est rendu à Ceuta vendredi matin.
Un afflux massif de migrants vers la frontière
Une partie des arrivées s'est concentrée sur la digue de Tarajal, qui sépare l'enclave du Maroc et que les migrants ont contournée avec des bouées ou à la nage pour arriver dans le quartier d'El Principe. Au moins 34 personnes sont mortes en tentant de rejoindre Ceuta depuis le Maroc, a également précisé Juan Jesus Vivas.
Les 60 000 personnes entrées illégalement à Ceuta représentent 70% de la population du territoire, a déclaré Juan Jesus Vivas, président de Ceuta. "Pour vous faire une idée, (...) c'est comme si en 24 heures, 34 millions de personnes entraient sur le territoire espagnol, a expliqué le responsable. Ce chiffre montre qu'il est impossible d'absorber cette pression." Quelque 25 000 migrants sont déjà repartis au Maroc, a ensuite ajouté le ministère de l'Intérieur espagnol.
Il s'agit de l'arrivée de migrants la plus importante depuis 2021, quand 10 000 migrants avaient passé illégalement la frontière. Le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, devait rencontrer les forces de l'ordre à la frontière puis les responsables régionaux, accompagné du ministre de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska.
Des renforts dépêchés en urgence
L'armée a été déployée pour empêcher le blocage de la route nationale, fortement encombrée jeudi par des véhicules transportant des jeunes, précise le quotidien local El Faro de Ceuta. Le ministère de l'Intérieur espagnol a annoncé l'envoi de nouveaux renforts policiers, dont des plongeurs et des bateaux.
Par ailleurs, plusieurs dizaines de gardes civils et policiers vont être envoyés dans les prochaines heures, parmi lesquels huit plongeurs, un bateau et des drones, a ajouté le ministère.
Pedro Sanchez dénonce une "attaque"
Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, a qualifié d'"attaque" et de "violation de l'intégrité territoriale de l'Espagne" cet afflux massif de migrants, lors d'une conférence de presse. "Le gouvernement de l'Espagne est aux côtés de la ville de Ceuta. Et nous comprenons l'émotion, la situation d'angoisse qu'ils vivent depuis ces dernières heures, en particulier depuis aujourd'hui."
Pedro Sanchez a estimé que la crise migratoire en cours à Ceuta était liée à une interprétation malhonnête "par les mafias" d'une récente décision de justice statuant sur la reconduite des migrants arrivés par la mer. Selon cet arrêt, "il n'est pas possible de reconduire à la frontière les personnes qui seraient arrivées en Espagne par la mer", a expliqué Pedro Sanchez, ajoutant que "cette interprétation" s'était "répandue comme une traînée de poudre ces dernières heures".
Il est difficile d'identifier l'élément déclencheur, mais plusieurs personnes interrogées par l'AFP ont évoqué un bouche-à-oreille sur l'ouverture des frontières et une grande quantité de publications sur les réseaux sociaux ou des plateformes très utilisées par les jeunes comme Discord.
Des heurts côté marocain
La police marocaine a arrêté à Fidneq une trentaine de jeunes, vendredi matin, essentiellement des Marocains, selon un correspondant de l'AFP. Ces interpellations ont suivi des heurts à proximité de la frontière avec l'enclave espagnole de Ceuta. Des milliers de candidats à l'émigration ont afflué ces derniers jours et se sont massés sur des collines en surplomb de la zone frontalière, d'où ils caillassent les forces de l'ordre locales. Celles-ci ont tenté de les disperser à plusieurs reprises, en les aspergeant avec des canons à eau et des gaz lacrymogènes.
Une crise ouverte entre Rome et Madrid
Les réactions les plus vives sont apparues en Italie. La cheffe du gouvernement, Giorgia Meloni, a dénoncé le choix récent de l'Espagne d'accorder la citoyenneté "à plus de 500 000 immigrés irréguliers", estimant que cette annonce avait encouragé "le trafic d'êtres humains". La dirigeante a précisé que son gouvernement était en train de réunir "les instances compétentes" en vue de prendre "des mesures exceptionnelles", comme "la suspension de l'accord de Schengen avec l'Espagne".
Auparavant, le vice-Premier ministre et chef de la diplomatie italienne, Antonio Tajani, s'était dit "favorable" à la fermeture à l'Espagne de l'espace de libre circulation européen. Le ministre des Affaires étrangères espagnol, José Luis Albares, a jugé ce message "inapproprié" de la part "d'un pays partenaire et ami dont nous attendons une solidarité européenne et non une démagogie partisane". Il a également annoncé que l'ambassadeur d'Italie serait convoqué vendredi à Madrid.
En France, le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé qu'il allait de nouveau s'entretenir avec son homologue espagnol, pour évoquer la situation. "Je me suis entretenu hier avec mon homologue espagnol, on doit se parler aujourd'hui", a-t-il réagi vendredi matin sur RTL. Il a ensuite "annoncé l'activation de la force d'intervention rapide pour des contrôles en profondeur", dans un message posté sur X, et le renforcement des contrôles à la frontière espagnole.
"Nous comptons sur l'Espagne pour faire ce qui est nécessaire afin de protéger les frontières extérieures de l'UE", a commenté Tom Berendsen, ministre des Affaires étrangères néerlandais, "et sur le fait que le Maroc prenne également les mesures requises".
Une situation suivie à Washington
Les images tournées à Ceuta ont été commentées aux Etats-Unis, à des fins de politique interne. "Les démocrates ont infligé cela à l'Amérique chaque jour pendant quatre ans sous Biden", a écrit sur X Stephen Miller, proche conseiller de Donald Trump. Et ils le referont "à une échelle infiniment plus grande", a-t-il poursuivi, "s'ils obtiennent la moindre parcelle de pouvoir national" lors des législatives de mi-mandat en novembre. "Heureusement que le président Trump a été élu pour que rien de tout cela ne puisse jamais se produire sous son autorité", a commenté le directeur de la communication de la Maison Blanche, Steven Cheung.
À regarder
-
Un incendie majeur dans l’est de l’Angleterre, des habitants évacués
• 2 min
-
Fissures, affaissements… La canicule met les routes à rude épreuve
• 2 min
-
Un immense iceberg se retourne au large du Groenland
• 2 min
-
Pourquoi regarder la mer nous fait du bien ?
• 3 min
-
Incendies : la solidarité exceptionnelle avec les pompiers
• 2 min
-
BTS renonce aux Grammy Awards
• 3 min
-
"Urgence humanitaire" : arrivée massive de migrants à Ceuta
• 2 min
-
Allumer des feux contre les incendies
• 2 min
-
Une femme meurt dans un salon de beauté à Nice
• 2 min
-
Gironde : 84 000 habitants évacués autorisés à rentrer chez eux
• 3 min
-
Des familles à la rue occupent le parvis du 115
• 2 min
-
La beauté rafraîchissante des grottes de Postojna en Slovénie
• 3 min
-
A Singapour, le Français qui avait léché une paille échappe finalement à la prison
• 2 min
-
Des images rares d'une famille d'ours dans les Pyrénées
• 1 min
-
Citoyens contre le feu : une semaine de mobilisation
• 3 min
-
Qui sont les sapeurs-pompiers volontaires ?
• 3 min
-
Incendies, canicule : l'appel à la générosité de la Fondation de France
• 3 min
-
Vers un départ du Tour de France 2029 à Berlin pour commémorer la chute du mur ?
• 1 min
-
Incendie en Gironde : des habitants du Porge intentent une action en justice
• 3 min
-
Incendies en série : la traque des pyromanes
• 2 min
-
"Je vais passer en mode survie" : ils sont traumatisés par la canicule
• 2 min
-
Quand Zidane passait son diplôme de manager général
• 2 min
-
Avant-après : quand le feu a tout détruit
• 2 min
-
La reprise de feu de Fontainebleau a été "fixée"
• 2 min
-
Frédéric Maggiani, un pompier grand brûlé toujours sur le front
• 3 min
-
Incendies : que doit-on mettre dans son sac d’urgence ?
• 3 min
-
La propagandiste russe Xenia Fedorova menacée d'expulsion
• 2 min
-
Les agriculteurs tous unis derrière les pompiers
• 3 min
-
Gironde : la course contre la montre après les reprises de feu
• 3 min
-
Incendies : la solidarité s'organise pour les animaux
• 3 min