taraskuzio.com

On sait maintenant recycler jusqu'à 85% d'une pâle d'éolienne et ça change l'avenir de la filière

Broyées en fines aiguilles puis incorporées au béton, les pales d'éoliennes en fin de vie amélioreraient sa résistance à la flexion. Le gain atteindrait près de 19 % par rapport à un béton ordinaire.

Alex M.

Rédacteur scientifique

Publié le 22/10/26 à 14:20

En juillet 2024, selon une étude publiée dans la revue Materials, une équipe de la Northeast Forestry University, à Harbin, a broyé des

pales d’éoliennes pour en tirer un renfort de béton ordinaire. Un tel réemploi reste toutefois rare, car la fibre de verre et la résine des pales résistent aujourd’hui aux filières de recyclage classiques. Les premiers essais indiquent que ces pales d’éoliennes, une fois réduites en fines aiguilles, amélioreraient la tenue du béton à la flexion.

Le broyage réduit les pales d’éoliennes en fines aiguilles de verre

Ces aiguilles sortent d’une chaîne en trois temps. Les équipes découpent d’abord les pales, puis les passent au broyeur. Un tamisage en trois étapes sépare ensuite les fibres utilisables du reste. Les chercheurs les incorporent enfin au béton à 1 %, 1,5 % et 2 % du volume.

Les résultats portent sur des éprouvettes cylindriques et prismatiques, testées après vingt-huit jours de cure. La résistance à la flexion progresse de 5,37 à 18,5 % par rapport à un béton ordinaire. En compression, le gain va de 6,04 à 18,12 %, avec un maximum mesuré à 19,25 mégapascals. Cette résistance à l’écrasement diminue cependant à mesure que la teneur en fibres augmente dans le mélange.

Un dosage mesuré en fibres décide du résultat final

Les fibres jouent un rôle différent selon la sollicitation. Elles cousent les microfissures qui naissent quand le béton plie, d’où le gain en flexion. Sous une charge verticale, toutefois, ces mêmes fibres créent des vides qui fragilisent le matériau. Le dosage arbitre donc entre les deux.

L’équipe a poussé l’essai plus loin avec une seconde génération de béton. Elle y remplace une partie des granulats naturels par des gravats de démolition. Le taux de substitution monte à 20 %, puis à 40 %. Deux déchets se retrouvent ainsi dans le même matériau, les pales et les décombres.

Ces travaux restent cantonnés au laboratoire, et l’étude ne chiffre de plus aucune réduction d’émissions de CO2. Les chiffres d’économies de CO2 avancés par certains relais ne viennent pas de ces essais, mais d’autres sources. Aucune norme de construction n’autorise par ailleurs ce renfort sur un chantier français.

La filière éolienne cherche une sortie avant l’interdiction des décharges

Aucun chantier n’absorbe pour l’instant ces volumes, qui grossissent chaque année. Selon la fédération européenne WindEurope, qui l’a rappelé en juin 2021, 85 à 90 % de la masse d’une éolienne se recycle déjà, sauf les pales. Le secteur prévoyait ainsi 25 000 tonnes de pales démontées par an en 2025, et le double à l’horizon 2030. La fédération réclame depuis cette date une interdiction européenne de mise en décharge.

D’autres pistes avancent en parallèle, du ciment fabriqué avec la silice des pales aux fours qui les brûlent en remplacement du charbon. Aucune, à ce jour, ne traite encore les volumes annoncés. Les pales démontées, elles, continuent de s’empiler sur des terrains de stockage, faute de débouché industriel à leur échelle.