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REPORTAGE. "On ne va pas embêter quelqu'un pour trois géraniums" : en Côte-d'Or, les agents de l'OFB font respecter les restrictions d'eau avec pédagogie

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France Télévisions

Publié le 15/08/2026 07:00

Temps de lecture : 6min

Des agents de l'Office français de la biodiversité mènent une patrouille pour contrôler l'application des restrictions de l'usage de l'eau, le 13 août 2026, à Meursault (Côte-d'Or). (FABIEN MAGNENOU / FRANCEINFO)
Des agents de l'Office français de la biodiversité mènent une patrouille pour contrôler l'application des restrictions de l'usage de l'eau, le 13 août 2026, à Meursault (Côte-d'Or). (FABIEN MAGNENOU / FRANCEINFO)

Franceinfo a suivi une équipe de l'Office français de la biodiversité au cours d'une mission de police dans le secteur de Beaune, alors que l'arrosage et le nettoyage sont interdits dans la plupart des communes du département.

La Côte-d'Or meurt de soif. Environ 80% des communes du département ont franchi le seuil de crise, le plus haut niveau d'alerte, en raison de la sécheresse. Un arrêté préfectoral, entré en vigueur le 3 août, a introduit de très nombreuses restrictions sur l'usage de l'eau. Les agents de l'Office de la biodiversité (OFB), la police de l'environnement, sont notamment chargés de mener des contrôles auprès des entreprises, des collectivités et des particuliers. Ce jeudi 13 août, Olivier Meyer, chef de service départemental adjoint, et Gilles Marache, chef d'unité, partent en patrouille dans les rues de Beaune.

Dès le début de la tournée, les deux agents constatent que la piste d'un centre de lavage auto est restée ouverte. Un automobiliste fait briller son véhicule noir à grand jet. Quand les deux agents de l'OFB lui rappellent que le département est à sec, le conducteur passe la marche arrière. "Mais c'était ouvert ! Il n'y avait pas de cône pour bloquer l'accès. Moi, je ne peux pas savoir", explique-t-il. Sans se convaincre lui-même. "Et sinon, il va y avoir une amende ?" ajoute-t-il, avant de filer en toute hâte, soulagé.

Olivier Meyer et Gilles Marache vont bien signaler une infraction, mais contre le propriétaire des lieux, qu'ils connaissent déjà. Celui-ci a fait afficher un extrait de l'arrêté sur le distributeur de jetons, en surlignant l'existence de dérogations "en cas d'impératif de santé publique" ou "de salubrité publique". Un message liste même l'adresse d'autres centres de lavage dans le département voisin. "Aucune aide financière, station en péril", dénonce le propriétaire réfractaire, déjà visé par une procédure judiciaire ouverte la veille. Celui-ci sera entendu en audition libre dans les locaux de l'OFB.

"J'ai bien vu les sols complètement fendus par la sécheresse vers Dijon. Mais je devais rendre la voiture en leasing."

Une automobiliste dans la file d'attente d'un centre de lavage automobile

à franceinfo

Les particuliers risquent une amende pouvant atteindre 1 500 euros, et même 7 500 euros dans le cas des collectivités et des personnes morales. Ces contraventions de cinquième classe sont prononcées par le tribunal de police, ce qui veut dire que les agents de l'OFB ne peuvent délivrer aucune contravention au moment de l'infraction. Ce qui limite parfois leur pouvoir de dissuasion. Ainsi plusieurs automobilistes ont lavé leurs voitures sous les yeux des agents de l'OFB. "J'ai attendu 13 jours pour la laver, normalement c'est deux fois par semaine", argumente un conducteur VTC auprès des agents de l'OFB. "Je ne peux pas attendre davantage, c'est pour ma clientèle."

Des agents de l'Office français de la biodiversité constatent le maintien en service partiel d'une station de lavage de voitures, le 13 août 2026, à Beaune (Côte-d'Or). (FABIEN MAGNENOU / FRANCEINFO)
Des agents de l'Office français de la biodiversité constatent le maintien en service partiel d'une station de lavage de voitures, le 13 août 2026, à Beaune (Côte-d'Or). (FABIEN MAGNENOU / FRANCEINFO)

Les cinq golfs du département ont été contrôlés cette année ou les précédentes. Ils disposent d'une dérogation pour les greens, même en période de crise. Olivier Meyer et Gilles Marache scrutent également les massifs de fleurs de la ville de Beaune, pour déceler un éventuel arrosage. Celui-ci est totalement proscrit, à moins que l'eau ne provienne de "réserves constituées", notamment de pluie collectée. Les deux hommes veulent en apprendre davantage, après avoir croisé un agent équipé d'un nettoyeur à haute pression, sur la place du marché. "On risquerait sinon d'avoir des nuisibles, ce serait gênant", leur répond une secrétaire des services techniques, en référence à la dérogation pour salubrité.

"Il n'y a plus d'arrosage des massifs de fleurs", explique Tristan Braconnier, responsable de production aux espaces verts. "Nous avons une cuve enterrée de 80 m3, qui collecte l'eau de pluie. Mais il n'en reste plus que la moitié, car il n'y a plus une goutte qui tombe." Le technicien a dû adapter les variétés de plantes, au fil des années toujours plus chaudes et sèches, en introduisant davantage de sauges, de népétas ou d'euphorbes. Mais également du paillage au pied des plantes, pour conserver l'humidité. "Depuis une décennie, il n'y a plus aucune régularité dans les précipitations ou les saisons", ajoute le responsable. Les policiers de la biodiversité n'ont rien à redire à Tristan Braconnier.

"Il y avait un tuyau là chez ce particulier, ça pose question", glisse en revanche Olivier Meyer, en roulant dans les rues de Pommard, à trois kilomètres de Beaune. Un peu plus loin, la place de l'Hôtel de Ville est agrémentée de massifs de fleurs éclatants, qui viennent manifestement d'être arrosés, puisque l'eau perle encore sur les pétales. Les deux agents poussent la porte de la mairie pour réclamer des précisions. "Il y a encore du travail pour sensibiliser les gens", soupire le chef départemental adjoint, quand il constate que l'arrêté préfectoral n'a pas encore été affiché sur le panneau d'information, ce qui est pourtant obligatoire. L'équipage recevra par la suite un appel du premier adjoint, qui leur apprendra que l'arrosage municipal a été confié à un prestataire. Lequel ? Affaire à suivre.

L'une des missions de l'OFB est de faire appliquer l'arrêté préfectoral sur la sécheresse. (FABIEN MAGNENOU / FRANCEINFO)
L'une des missions de l'OFB est de faire appliquer l'arrêté préfectoral sur la sécheresse. (FABIEN MAGNENOU / FRANCEINFO)

Cinq kilomètres plus loin, à Meursault, en revanche, "les fleurs tirent un peu la tête" et l'arrêté préfectoral semble respecté à la lettre. "On fait preuve de discernement. On ne va pas embêter quelqu'un qui a trois pots de géranium", complète Olivier Meyer. L'OFB compte seize inspecteurs en Côte-d'Or, dont trois encadrants, avec de très larges compétences et prérogatives. Les missions de police occupent la moitié de leur temps, à la fois sur le terrain et dans leurs locaux. Les agents de Côte-d'Or ont réalisé cet été 141 contrôles, dont 7 non conformes, qui ont entraîné l'ouverture de deux procédures administratives et de deux procédures judiciaires.

L'OFB avait alerté sur la "situation historique et critique pour les petits cours d'eau français", dans son dernier bilan arrêté au 1er août. La Côte-d'Or fait partie des secteurs les plus fragiles. "Nous avons 22 stations qui ne coulent plus sur les 30 du réseau Onde (Observatoire national des étiages) dans le département, résume Gilles Marache. On n'a jamais vu ça depuis la création de l'indice dédié en 2012." Le débit actuel de l'Avant-Dheune, l'une des rivières qui traverse le secteur, ne dépasse pas 5 litres/seconde, estime à vue d'œil Gilles Marache, alors que son débit moyen, à l'année, est dix fois plus élevé. Le ru des Clous, lui, est totalement à sec, et il ressemble désormais à un sentier de montagne.

Les agents de l'OFB engagent volontiers le dialogue avec les habitants, pour leur rappeler les restrictions en vigueur. Mais la présence d'un polo siglé avec le mot "police" crée parfois un sentiment de panique. Une habitante de Montagny-lès-Beaune se réfugie derrière un mur à leur passage, alors qu'elle passait simplement le chiffon sur une voiture.

A quelques rues de là, une octogénaire et sa fille ratissent une pelouse totalement jaune et calcinée. "Il n'y a plus rien. Je n'ai jamais connu pareille sécheresse. Pas comme ça", se lamente cette habitante. Celle-ci a eu vent des restrictions en écoutant la radio, mais sa fille regrette que la mairie n'ait pas distribué de prospectus.

"Je suis sûr que certains remplissent leurs jacuzzis et leurs piscines pendant la nuit, en cachant les tuyaux sous les bâches."

Une habitante de Montagny-lès-Beaune

à franceinfo

Il arrive que certains en profitent pour régler leurs comptes. Chaque semaine, l'OFB du département reçoit une dizaine de dénonciations, par e-mail ou par téléphone. Ces signalements donnent parfois suite à des contrôles et à des amendes : un arrosage de pelouse, cet été, ou le remplissage d'une piscine, l'an passé.

Olivier Meyer, chef de service départemental adjoint de l'OFB en Côte-d'Or, constate les effets de la sécheresse sur le ru des Clous, le 13 août 2026. (FABIEN MAGNENOU / FRANCEINFO)
Olivier Meyer, chef de service départemental adjoint de l'OFB en Côte-d'Or, constate les effets de la sécheresse sur le ru des Clous, le 13 août 2026. (FABIEN MAGNENOU / FRANCEINFO)

Le secteur de Beaune, connu dans le monde entier pour la qualité de ses parcelles viticoles, s'apprête donc à débuter ses vendanges, toujours plus précoces, dans un contexte hydrique tendu. On aperçoit déjà des ouvriers laver des fûts au jet d'eau, sur le parking d'une coopérative, et d'autres affairés à la récolte, dans des parcelles de crémant. Les agents de l'OFB rencontreront les syndicats agricoles le 18 août, afin de leur rappeler la valeur de l'or bleu. "On dit qu'il faut cinq litres d'eau pour faire un litre de vin", observe Gilles Marache, évoquant l'arrivée de nombreux travailleurs ou le nettoyage des cuves. "La maturité du raisin arrive au plus mauvais moment."