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«On n'a plus rien»: en Espagne, le désarroi et l'impatience des villageois évacués à cause des incendies

Alors que l'incendie dans les régions de Madrid, Tolède et Avila est toujours actif et a déjà ravagé près de 77 000 hectares, soit sept fois la superficie de Paris, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a annoncé mardi 28 juillet « entrevoir la lumière au bout du tunnel dans la lutte » contre les feux. Près de 90 000 personnes ont été évacuées ou placées en confinement, vidant complètement des villages, comme à Aldea del Fresno : ses habitants ne sont autorisés qu'à des retours très furtifs pour chercher des affaires.

Publié le : 28/07/2026 - 22:00

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Face à des feux que les autorités jugent « stabilisés » à certains endroits, le ministère de l'Intérieur espagnol a allégé le dispositif d'urgence nationale lié aux incendies, levant les ordres d'évacuation pour huit villages de la communauté de Madrid et cinq dans la province d'Avila.

C'est un soulagement pour les habitants, qui étaient pour la plupart dans des gymnases, avec très peu d'affaires, sous des températures qui s'annoncent de plus en plus chaudes. Mais la victoire n'est pas acquise, car les feux continuent de préoccuper les autorités dans cette zone, d'autant plus avec une nouvelle vague de chaleur prévue à partir de mercredi 29 juillet. Certains villages restent bloqués aux habitants, sauf pour des passages rapides.

Dans le village d'Aldea del Fresno, à 50 kilomètres au sud-ouest de la capitale espagnole, il ne reste plus un seul habitant : les routes sont désertes et les volets des maisons demeurent fermés, rapporte notre envoyée spéciale sur place, Alice Froussard.

« Le pire incendie que l'Espagne a connu »

Depuis six jours, tout le monde a dû partir à cause de la menace des incendies, explique le maire d'Aldea del Fresno, Alberto Plaza : « Aldea, comme plusieurs autres communes du sud-ouest de la Communauté de Madrid, se trouve dans une situation d'évacuation. Personne ne peut être ici. Le feu est tout près, dans le village voisin de Villa del Prado. Et à tout moment, un changement de direction du vent peut entraîner les flammes vers notre municipalité. » Mais lui veut rester optimiste : il n'imagine pas que le feu emportera le village et s'empresse de préciser qu'il s'agit de mesures de précaution face au « pire incendie que l'Espagne a connu de toute son histoire ».

À l'entrée du village, la Garde civile a installé un checkpoint. « D'accord, c'est pour récupérer des affaires ? », demande un membre à un habitant désireux de revenir pour un temps très court à Aldea del Fresno. « Oui, des affaires, cela fait une semaine qu'on n'a plus rien », répond le villageois. « OK, alors vous allez récupérer des choses et vous repartez », reprend le membre de la Garde civile.

Le passage est permis seulement sur autorisation : ne peuvent se rendre au village que ceux qui ont une ferme d'élevage et doivent nourrir les animaux, ceux qui ont des médicaments à récupérer ou bien ceux qui restent sans habits depuis plusieurs jours.

« C'est comme si nous n'apprenions pas de nos erreurs »

Dans le village de Muriel, à 1h30 de Madrid, tous les habitants avaient dû tout quitter à cause d'un premier incendie, le 16 juillet. Une fois de retour, ils retrouvent un endroit qu'ils ne reconnaissent plus. Le paysage de la Sierra Norte de Guadalajara est désolant : des pins brûlés, la terre noircie par les cendres, une odeur de feu qui reste et prend tout le monde à la gorge. Plus de 32 000 hectares ont été ravagés, soit près de trois fois la taille de Paris. Luis, un habitant, s'émeut profondément après la disparition presque totale de la forêt.

Heureusement, les maisons et les habitations ont été épargnées. Mais c’est vrai que ça nous attriste énormément de voir tout l’environnement brûlé. C'était magnifique ici, c’était une forêt, une pinède, et là, il ne reste que des zones calcinées. Quelques petits espaces ont été préservés, oui, mais la plupart a disparu en fumée. On avait des pins, des chênes, d'autres petits arbres. Surtout, cela va prendre énormément de temps pour que cela se régénère. La végétation basse et l'herbe repousseront, mais pas notre forêt et nos arbres : il leur faudra des années pour retrouver leur état d'origine.

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«C'était magnifique ici, c’était une forêt, une pinède, et là, il ne reste que des zones calcinées», s'attriste Luis

Alice Froussard

Les habitants font part de leur émotion, car cette forêt était ce qui faisait la beauté du lieu, la raison pour laquelle Luis avait quitté Madrid pour s'installer dans la nature. « Tout brule, partout. Nous ne sommes ni les premiers, ni les derniers, se désole-t-il. C'est comme si nous n'apprenions pas de nos erreurs. »

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De nouveaux feux redoutés avec l'arrivée de la vague de chaleur

Soudain, il y a de l'agitation et un pompier sort en courant de la caserne. « On va aller voir ce nouveau foyer d'incendie », lance un soldat du feu. « Lequel, c'est où ? », lui demande un collègue. Réponse : « Près du poste de la Garde civile, la zone boisée, c'est ce qu'a dit le chauffeur du camion. » C'était justement ce qu'ils craignaient : une nouvelle colonne de fumée, au moment même où les températures s'élèvent et où les vents sont violents, certaines rafales atteignant les 30 km/h.

Les services de secours et le gouvernement espèrent maîtriser autant que possible les flammes avant l'arrivée d'une nouvelle vague de chaleur prévue à partir de mercredi 29 juillet, qui laisse présager « ​​​​​​​des heures difficiles », s'est inquiété le Premier ministre Pedro Sanchez.

Ce dernier a toutefois exprimé son optimisme mardi 28 juillet. Selon lui, le travail des pompiers et des militaires « ​​​​​​​dans des heures très difficiles, très critiques », a permis d'inverser « ​​​​​​​réellement la tendance et nous permet donc de commencer à entrevoir la lumière au bout du tunnel dans la lutte contre ces incendies, avec toutes les précautions nécessaires », a déclaré Pedro Sanchez, lors de la conférence de presse hebdomadaire du gouvernement.

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