taraskuzio.com

« On étouffe » : pour faire face à la canicule l’association Sendra intensifie les maraudes auprès des sans-abri à Draguignan

On l’appelle « Le Corse ». Ses tatouages habillent ses jambes, ses yeux d’un bleu limpide éclairent encore son visage. Mais la chaleur, elle, continue de grignoter un quotidien déjà cabossé. Arrivé en France il y a deux ans, il s’est rapidement retrouvé sans rien après le vol de toutes ses affaires. La rue est alors devenue son refuge malgré lui.

Depuis le mois de mai, il dispose enfin d’un logement social. Pourtant, cet après-midi, il est installé sur un banc avec ses compagnons. Chez lui, le thermomètre grimpe « jusqu’à 47 degrés. Là-bas, on étouffe », souffle-t-il.

Alors, il préfère l’ombre des arbres… et le passage de la maraude.

« Heureusement qu’ils sont là pour nous aider », glisse-t-il en attrapant la bouteille d’eau glacée que lui tend Stella. Elle coordonne les actions de l’association Sendra.

Distribution de bouteille d’eau fraîche

Depuis huit mois, Gil attend une réponse pour l’attribution d’un logement. Au-delà de la bouteille d’eau fraîche, les bénévoles prennent le temps de faire le point avec lui sur l’évolution de ses démarches.
Depuis huit mois, Gil attend une réponse pour l’attribution d’un logement. Au-delà de la bouteille d’eau fraîche, les bénévoles prennent le temps de faire le point avec lui sur l’évolution de ses démarches.
L. D. / Var-matin

Depuis le début des fortes chaleurs, chaque épisode caniculaire déclenche le même protocole. À 10 heures puis à 16 heures, infirmiers et travailleurs sociaux prennent la route. Glacières remplies, bouteilles fraîches, parfois un brumisateur, ils partent retrouver les personnes sans abri dispersées dans le centre-ville.

À 16 heures, Stella, Aurélien et Joëlle entament leur tournée.

« Bonjour, papinou ! » Assis sur un banc, sa radio toujours allumée, Gil tend son poing pour les saluer, un sourire au coin des lèvres. Voilà des années qu’il vit dans la rue. Voilà huit mois qu’il attend un logement qui tarde à arriver.

Aurélien lui tend une bouteille d’eau fraîche. « C’est trop long… On m’avait dit que je l’aurais », souffle celui que l’on surnomme « Papi ».

« Je sais. Ton appartement est en travaux. Dès qu’on a des nouvelles, on te tient au courant », répond calmement Joëlle.

Car ici, les maraudes ne se résument pas à distribuer des bouteilles d’eau.

Les raccrocher au parcours de soins

« Le Corse » cumule une grande précarité et une addiction à l’alcool. Chaque jour, il attend le passage de la maraude de Sendra, devenu un repère dans son quotidien.
« Le Corse » cumule une grande précarité et une addiction à l’alcool. Chaque jour, il attend le passage de la maraude de Sendra, devenu un repère dans son quotidien.
Lou Dequidt / Nice Matin

Joëlle est travailleuse sociale depuis cinq ans chez Sendra. Derrière chaque prénom, elle connaît l’histoire, le parcours, les démarches administratives en cours.

À ses côtés, Aurélien est infirmier.

Les petits soins, les plaies, les douleurs du quotidien, c’est lui. Mais sa mission va au-delà. Il repère les problèmes de santé, évalue les situations, rassure, puis oriente chacun vers les structures adaptées.

C’est notamment lui qui a accompagné « Le Corse » dans une prise en charge de son addiction à l’alcool.

« Beaucoup lui font davantage confiance qu’à un médecin. À force de les voir presque tous les jours, un véritable lien se crée. C’est ce qui nous permet ensuite de les orienter vers les bons professionnels et de les raccrocher au parcours de soins », explique Joëlle.

Illustration d'une maraude. ANTIBES TOURNEE AVEC LA MARAUDE DE LA CROIX ROUGE PHOTOS DOMINIQUE AGIUSTEXTE : MARGOT DASQUE

1.672 actions de maraude en deux semaines

Les chiffres témoignent de cette présence quotidienne. Entre le 8 et le 23 juillet dernier, les équipes de Sendra ont réalisé 1.672 actions de maraude, distribué 304 bouteilles d’eau et assuré 620 interventions médicales. Des chiffres qui continuent de grimper, alimentés par des épisodes caniculaires de plus en plus fréquents et de plus en plus éprouvants pour les plus précaires.

Aujourd’hui, une dizaine de SDF ont vu les visages de Sendra. Deux d’entre eux sont sous l’un des rares bancs encore protégés par l’ombre. « Allez, courage… Avec cette chaleur, ce n’est pas facile. Et n’oubliez pas : une gorgée d’alcool, c’est deux gorgées d’eau. On s’hydrate bien ! », encourage Aurélien.

Aujourd’hui, plus d’une trentaine de personnes sans domicile vivent dans le centre-ville de Draguignan. Lorsque le thermomètre s’emballe, elles peuvent trouver refuge au local de l’association, maintenu ouvert toute la journée durant les épisodes caniculaires.

Avec l’Association varoise d’accueil familial, les bénéficiaires peuvent aussi profiter d’un accueil de jour, d’un hébergement d’urgence, d’un repas à un euro, d’une machine à laver au même tarif ou, plus simplement, d’un peu de fraîcheur et de répit lorsque la ville devient étouffante.

Le toit n’est pas toujours la solution

Chaque soir à 20 heures, l’association organise une distribution alimentaire à son point de collecte, où les bénéficiaires viennent récupérer un repas et échanger quelques mots avec les bénévoles.
Chaque soir à 20 heures, l’association organise une distribution alimentaire à son point de collecte, où les bénéficiaires viennent récupérer un repas et échanger quelques mots avec les bénévoles.
L. D. / Var-matin

Mais cette aide s’arrête à la porte du logement.

« Parfois, les personnes qui ont obtenu un appartement sont encore plus précaires que celles qui vivent dehors. Beaucoup habitent dans des passoires thermiques. Dès qu’elles ont un logement, elles perdent l’accès à une partie des dispositifs d’aide. C’est pour ça qu’on garde toujours un lien avec… », regrette Stella.

Pour Joëlle, l’enjeu dépasse la question du toit. « On imagine souvent que leur seul objectif est d’obtenir un logement. Mais certains sont tellement éloignés de ce mode de vie que la priorité est ailleurs. Avant tout, il faut les raccrocher aux soins, recréer un lien, les accompagner progressivement. »

En fin d’après-midi, la glacière est vide.

Les gilets rouges estampillés Sendra reprennent le chemin du local. La journée est loin d’être terminée. Les bénévoles enchaînent déjà avec la préparation des paniers alimentaires qui seront distribués à 20 heures, comme les 364 autres jours de l’année.

Pour soutenir l’association Sendra, il est possible de faire un don en contactant le 04.98.10.63.40.