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« On doit vérifier que les informations sont vraies » : à Menton, les journalistes en herbe du collège Villa Blanche passent derrière le micro

Pour les jeunes français, les habitudes d’information ont profondément changé. Selon le dernier Digital News Report du Reuters Institute, ils se tournent de moins en moins directement vers les médias traditionnels et découvrent davantage l’actualité à travers les réseaux sociaux et leurs algorithmes. Une nouvelle façon de s’informer qui rend aussi plus importante la capacité à vérifier et à comprendre ce que l’on voit passer sur son écran.

À Menton, le collège Villa Blanche travaille justement sur cette question. Depuis 2019, une vingtaine d’élèves participent chaque année à un atelier radio en partenariat avec Radio Fréquence Méditerranée. Pour découvrir le projet, rendez-vous au CDI de l’école. Entre ordinateurs, livres et journaux, Florence Cassegrain accueille les élèves pendant la pause méridienne.

« Ils mangent puis viennent ici. On cherche des sujets qui peuvent intéresser leurs camarades et les auditeurs de la radio », explique l’enseignante. C’est ici que les élèves préparent leurs chroniques, avant de passer quelques semaines plus tard derrière le micro.

Après avoir préparé leurs chroniques, les jeunes collégiens enregistrent leurs émissions dans les locaux de l’établissement.
Après avoir préparé leurs chroniques, les jeunes collégiens enregistrent leurs émissions dans les locaux de l’établissement.
Radio Fréquence Méditerranée

Les participants, principalement des 6e et des 5e, préparent deux à trois émissions par an. Les 3e jouent souvent un rôle moteur auprès des plus jeunes. Ils choisissent leurs sujets, effectuent leurs recherches, vérifient leurs sources et écrivent leurs chroniques. Jean-Luc Ghisolfo, le patron de Radio Fréquence Méditerranée, vient ensuite installer son matériel directement au collège pour enregistrer les émissions.

Trois élèves rejoignent leur professeure : Léane, Chloé et Éléa. Elles constituent aujourd’hui le « noyau fort » de l’atelier. L’an dernier, leur chronique a même remporté le concours Médiatiks, qui récompense des productions médiatiques scolaires en France.

« On aime beaucoup travailler sur l’actualité », racontent-elles. Parmi leurs derniers sujets : l’intelligence artificielle, les réseaux sociaux et le harcèlement. Elles ont aussi consacré une chronique au chocolat, pour un sujet plus léger.

Préparer une émission demande toutefois du temps. « Il faut faire quelque chose de léger et d’accrocheur, mais en même temps sérieux et informatif. Il faut trouver le bon équilibre », expliquent les collégiennes. La partie la plus importante reste la recherche : « On doit consulter plusieurs sources et différents sites pour être sûres que les informations sont vraies. »

« Apprendre à s’exprimer »

L’atelier radio, lancé en 2019, accueille chaque année une vingtaine d’élèves.
L’atelier radio, lancé en 2019, accueille chaque année une vingtaine d’élèves.
Radio Fréquence Méditerranée

Pour Éléa, l’exercice dépasse le cadre de la radio. « Pour moi, c’est une façon d’apprendre à m’exprimer, un peu comme le théâtre », explique-t-elle. Une compétence qui lui sera utile pour l’oral du brevet, mais aussi dans son projet de devenir juge ou avocate.

Florence Cassegrain constate elle aussi les progrès réalisés par les élèves. « Même les plus timides réussissent à se lancer et en ressortent vraiment grandis. Ils prennent confiance en eux et développent leurs capacités d’expression. » Le travail en équipe et la découverte des contraintes d’une véritable production médiatique complètent l’apprentissage.

Et lorsque la chronique est diffusée, la satisfaction se prolonge à la maison. « Quand la professeure nous envoie le lien, je le partage avec toute ma famille et je reçois toujours beaucoup de compliments », racontent Léane et Chloé. Avec, parfois, une petite pointe de fierté : « C’est bien de montrer que les jeunes savent faire autre chose que rester sur leur téléphone. »

Une idée née d’une passion

Jean-Luc Ghisolfo, patron de Radio Fréquence Méditerranée, est à l’origine de ce projet pédagogique, destiné à aider les jeunes à mieux décrypter l’information.
Jean-Luc Ghisolfo, patron de Radio Fréquence Méditerranée, est à l’origine de ce projet pédagogique, destiné à aider les jeunes à mieux décrypter l’information.
Radio Fréquence Méditerranée

À l’origine de cette collaboration, Jean-Luc Ghisolfo nourrit une conviction ancienne. « J’ai toujours voulu faire pour les jeunes ce qui n’a pas été fait pour moi quand j’étais adolescent », raconte le patron de la radio.

Lui découvre la radio à 14 ans et commence à en faire à Menton quatre ans plus tard. « À l’époque, les plus grands ne me prenaient pas toujours en considération. Je me suis dit que si, un jour, je créais quelque chose, j’aiderais les jeunes. »

Aujourd’hui, l’objectif dépasse donc la simple découverte du média. « Le travail que nous faisons avec des enseignants comme Florence Cassegrain sert surtout à leur apprendre à décrypter l’information. Derrière une chronique, il y a beaucoup de travail : ils écrivent, cherchent et surtout vérifient leurs sources. »

Même si la radio n’est plus forcément leur premier réflexe lorsqu’ils veulent s’informer, le véritable enjeu, selon lui, est ailleurs : « Leur apprendre à s’intéresser à l’information et à l’analyser. »