"On aurait mieux fait de s'abstenir": au procès du "gourou" Rémy Daillet, les regrets d'un membre actif du groupuscule

Dessin d'audience lors du procès de Remy Daillet le 17 septembre 2026 à Paris - Photo par BENOIT PEYRUCQ / AFP
Au procès de Rémy Daillet, un adepte du mouvement d'ultradroite, Sylvain P., est revenu sur son engagement au sein d'un projet visant à renverser l'État par la force. À l'époque, intermittent du spectacle, il s'était fait passer pour un faux éducateur afin d'enlever la petite Mia chez sa grand-mère dans les Vosges.
Impliqué dans l'enlèvement d'une enfant, un adepte du mouvement d'ultradroite de Rémy Daillet, Sylvain P., est revenu vendredi 18 septembre au tribunal de Paris sur son engagement au sein d'un projet visant à renverser l'État par la force.
"Si vous voulez me faire dire que ce que j'ai fait est très grave, oui, ça l'est", admet Sylvain P., en se triturant le bouc à la barre, "on aurait mieux fait de s'abstenir."
Le 13 avril 2021, l'intermittent du spectacle se fait passer pour un faux éducateur afin d'enlever la petite Mia chez sa grand-mère dans les Vosges, avant de l'exfiltrer à pied à travers les bois vers la Suisse.
"Un mouvement non pas terroriste mais insurrectionnel"
À l'époque, "pris de compassion" pour la mère de Mia, à qui la garde avait été retirée, il pensait "restituer" une enfant abusivement placée. Aujourd'hui, le pianiste de 63 ans, surnommé "Pitchoune" au sein du groupe, reconnaît une "erreur" qu'il ne referait pas.
Le président, Christophe Valente, le rappelle régulièrement: les projets du groupuscule émergent en pleine pandémie de Covid-19, fin 2020 jusqu'à l'arrestation des 15 prévenus à partir d'avril 2021.
Sylvain P., actuellement sous contrôle judiciaire, "ne sait pas" si le virus Covid existe, mais la gestion de la crise sanitaire, qui l'a empêché d'exercer son activité de pianiste dans les bars, lui est alors insupportable.
Les vidéos de Rémy Daillet, qui propose le renversement du gouvernement, "pacifiquement ou avec effusion de sang" sont pour lui une révélation.

L'opération "Azur" qui visait à déclencher un coup d'État devait "être la plus pacifique possible", jure-t-il à la barre. "Un mouvement non pas terroriste mais insurrectionnel", remobilisant "le plus de Gilets jaunes possible", précise le sexagénaire.
"On a tous besoin d'une bonne psychothérapie"
Sous le regard de son ancien mentor Rémy Daillet, seul prévenu incarcéré, le musicien reconnaît avoir été subjugé par ses idées. "Il a du charisme ?", l'interroge le président. "Oui, comme Alain Soral (essayiste d'extrême droite, ndlr) et Dieudonné."
À cette époque, Sylvain P. est prêt à se suicider plutôt que de se faire vacciner de force. Depuis, le doute l'a gagné. Mais lorsqu'il détériore deux antennes 5G, début 2021, Sylvain P. est persuadé qu'elles sont destinées à surveiller la population mondiale.
Frère d'un médecin et d'un député, "Pitchoune" a peu à peu pris du galon dans le mouvement. "Agent de liaison pour rallier l'armée et la police", il est ensuite nommé "capitaine de la région Île-de-France" avant de se voir confier la branche militaire.
Sans doute "excessif dans (ses) idées" et souvent ambigu dans ses réponses, il réfute l'idée de s'être radicalisé, comme le pensent son frère et son ancienne petite amie.
Sur le même sujet
"On est dans une société qui crée des névroses, des phobies en tout genre, on a tous besoin d'une bonne psychothérapie et je suis ouvert à ça."
Sujets liés :