"On a perdu contre nous-mêmes " : France-Espagne, autopsie d'un naufrage que personne n'avait vu venir
Brillants pendant un mois, les Bleus n'ont jamais existé contre la Roja, mardi (0-2), en demi-finales de la Coupe du monde.
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié le 15/07/2026 06:00
Mis à jour le 15/07/2026 07:32
Temps de lecture : 6min
C'est comme s'ils ne s'étaient pas préparés au rodéo qui les attendait. A Dallas, dans le Texas, les joueurs de l'équipe de France sont tombés de haut, mardi 14 juillet. Autant il y avait un pressentiment lorsqu'ils avaient manqué la finale de l'Euro, il y a deux ans, contre les mêmes Espagnols, autant cette fois, l'optimisme était de mise – 87% des lecteurs de franceinfo voyaient les Bleus en finale avant le match. Leur prestation a été inversement proportionnelle aux attentes. Plus encore qu'une défaite, ils n'auront tout simplement pas existé pendant quatre-vingt-dix minutes contre un adversaire qui a attendu les demi-finales pour réaliser sa meilleure prestation du tournoi.
"On n'a pas fait le match qu'on voulait faire, que ce soit tactiquement ou techniquement. Quand tu ne fais pas ce que tu es censé faire dans une demi-finale de Coupe du monde, tu ne gagnes pas", a assumé au micro de M6 Kylian Mbappé, dans un constat froid, qui a tardé à venir. Peu de joueurs ont pris la parole pour livrer une analyse devant les journalistes. Le capitaine a assuré le strict minimum en passant au micro du détenteur de droits, mais ne s'est pas présenté en zone mixte, où seuls deux remplaçants, et un attaché de presse en larmes, ont eu le courage d'affronter les questions des journalistes : Rayan Cherki et Maxence Lacroix.
Comment expliquer que l'immense favori à la victoire finale, qui a passé chaque tour avec maîtrise, perde soudainement le fil de sa compétition ? Peut-être que le chemin tracé depuis les premiers pas à Boston mi-juin n'avait pas assez préparé les Bleus à une telle opposition dans un match avec autant d'enjeux. "Il y a un peu de vérité là-dedans. Peut-être que quand c'est trop facile, on pense qu'on est au-dessus de la mêlée", a concédé Rayan Cherki. La marche était effectivement bien plus raide face aux champions d'Europe en titre après la promenade de santé contre le Maroc en quarts (2-0) et le catenaccio paraguayen en huitièmes (1-0).
Il est vrai que le football a récemment pris l'habitude de sacrer les équipes ayant appris à souffrir, comme le PSG lors des deux dernières campagnes de Ligue des champions. L'Espagne avait éprouvé de grandes difficultés contre le Cap-Vert, n'avait pas brillé contre l'Uruguay (1-0) et restait sur deux victoires arrachées en fin de match contre le Portugal (1-0) et la Belgique (2-1). Les joueurs de la Roja, particulièrement optimistes avant la rencontre, n'ont pas été punis. "Nous avons affronté l'une des meilleures sélections du monde, mais en face il y avait la meilleure équipe du monde", a savouré leur sélectionneur Luis de la Fuente.
Les Bleus n'ont pas accepté l'idée que leurs adversaires leur avaient été nettement supérieurs, malgré les "olé" qui sont descendus des gradins quand les Espagnols les ont privés du ballon. Kylian Mbappé a tout de même noté qu'il y avait une erreur dans l'approche tactique de son équipe : "On s'est laissé dicter le tempo. On s'est toujours retrouvés à trois contre deux au milieu. Fabian Ruiz et Rodri avaient beaucoup de temps pour jouer quand nous on pressait sur les défenseurs centraux. Il y a eu un manque de communication sur le pressing, il fallait jouer un pour un et les obliger à courir avec nous. On ne l'a pas bien fait".
Didier Deschamps avait décidé d'aligner le même dispositif que les tours précédents, en réintégrant Aurélien Tchouameni au milieu, à la place de Manu Koné, un choix assez conservateur. Il n'a ensuite pas fait évoluer ce système malgré les difficultés de son équipe et a décidé de remplacer Adrien Rabiot à la mi-temps, à cause du carton jaune reçu par ce dernier. Se priver du meilleur Tricolore du début de match n'a forcément pas aidé le collectif. En face, le trio Rodri-Fabian Ruiz-Dani Olmo n'a jamais perdu en influence, et c'est même le dernier nommé qui a fait la différence sur le but du 2-0 en jouant le point d'appui devant la surface.
Le sélectionneur des Bleus ne s'est pas épanché sur d'éventuelles failles tactiques. Dans son analyse à chaud, il s'en est surtout pris à l'arbitrage. "Si je dis quelque chose aujourd'hui, je vais passer pour une pleureuse parce qu'on a perdu le match. La question que je pose à tous, c'est : est-ce que l'arbitre a le niveau pour arbitrer une demi-finale de Coupe du monde ?", a pesté le sélectionneur, ciblant le pénalty menant à l'ouverture du score espagnole en début de match. Mais aucun de ses joueurs n'a donné du crédit à cette hypothèse. "Aujourd'hui, on a perdu contre nous-mêmes, pas contre l'arbitre, pas contre l'Espagne. On faisait peur à tout le monde. On savait que la seule équipe capable de nous éliminer, c'était nous-mêmes et c'est ce qui est arrivé", a résumé Rayan Cherki.
"Aujourd'hui, on a perdu contre nous-mêmes", concède Rayan Cherki en zone mixte.
Il est le premier joueur de l'équipe de France à se présenter devant les médias et était déjà le premier à saluer les supporters après le coup de sifflet final pic.twitter.com/lE4L86xnIE
— Andréa La Perna (@A_LaPerna) July 14, 2026
Avec le ballon, les joueurs tricolores n'ont presque rien créé. Aucun des quatre fantastiques en attaque n'a réussi à sortir du lot. Chassé par les défenseurs, Michael Olise a complètement perdu ses moyens. Les connexions ne se sont jamais faites. Après 65 minutes de jeu, le score affichait 2-0 et seulement deux tirs tentés par l'équipe de France. À la fin du match, une seule véritable occasion figure dans la liste des dix tirs français : un tir de Kylian Mbappé dévié par Marc Cucurella (67e). Surtout, les Bleus n'ont enregistré que 0,3 Expected Goal (une statistique mesurant le nombre de buts qu'une équipe aurait dû marquer en fonction de la dangerosité de ses tirs), soit leur plus faible total lors d'un match de Coupe du monde depuis 60 ans d'après Opta. Un total d'autant plus faible qu'ils ont tout de même eu le ballon 49% du temps face à un adversaire qui n'a pas l'habitude de le partager.
"On a commis plus d'erreurs techniques que ce qu'on avait fait jusqu'à maintenant", a reconnu Didier Deschamps. Rayan Cherki, lui, a admis qu'il y avait une part psychologique dans l'échec collectif : "Ils en voulaient plus que nous. C'est malheureux, parce qu'aujourd'hui je suis persuadé qu'on reste une meilleure équipe (...). Peut-être qu'on a mal géré nos émotions". Ceux qui s'étaient auto-proclamés "les méchants" n'ont pas été fidèles à leur nouvelle réputation. Le coup de sifflet final est tombé comme une guillotine, alors que ce 14 juillet promettait poudre et feux d'artifice. La déconnexion observée sur le terrain s'est prolongée jusque dans l'après-match, avec des joueurs éparpillés sur le terrain, seuls dans leur propre souffrance, à l'image de Manu Koné et Désiré Doué, particulièrement inconsolables.
Maxence Lacroix a raconté l'ambiance d'un groupe sonné : "Dans le vestiaire, c'était silencieux, on a loupé notre marche pour aller en finale". Un silence qui en dit long sur l'ampleur de la désillusion, pour une équipe qui se voyait déjà à un pas du sacre, même si elle avait pris toutes les précautions dans sa communication. Il reste bien un match aux Bleus samedi, à Miami, mais la petite finale ressemble déjà à une formalité amère, un ultime rendez-vous dont personne n'a envie mais que le règlement impose.
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