taraskuzio.com

"Nous vivons sous la tyrannie du "qui" : elle clive, elle divise, elle enferme chacun dans son camp"… La tribune d’Ophélie Laboury

"En réduisant l’avenir à un simple casting d’ego, à vérifier qui est dans quel camp, nous oublions la seule question fondamentale : pourquoi faisons-nous société ?", insiste la présidente fondatrice héraultaise de la société Myriagone conseil, dans l’espace de tribunes et de chroniques Lignes ouvertes de Midi Libre. Elle insiste sur l’intérêt de créer de l’échange plutôt que du conflit.

Qui a écrit C’était ça ou mourir ? Est-ce Thélyson Orélien ou l’IA ? Qui a acheté ce livre ? Qui a endommagé ou brûlé des lycées, des casseurs ou des lycéens ? Qui a obtenu des places pour Céline Dion ? Qui a participé aux messes du Pape ? Qui sera le futur président de la République ? Qui succédera au président de la CCI ? Depuis la rentrée, les semaines défilent et le besoin de mettre un nom derrière chaque acte s’amplifie.

Ces questions répétées en boucle envahissent les médias et nos discussions. Partout, du sommet de l’État aux institutions locales, notre époque s’épuise dans la recherche obsessionnelle du "qui". Nous vivons sous la tyrannie du "qui". Cette quête perpétuelle d’un nom, d’une personne ne rassemble pas : elle clive, elle divise, elle enferme chacun dans son camp. Elle empêche l’échange, le dialogue. Le conflit prend la place du débat d’idées. Et si derrière cette recherche du "qui" se cachait une recherche d’authenticité ? Une recherche maladroite d’alignement entre des valeurs et des actions ?

En réduisant l’avenir à un simple casting d’ego, à vérifier qui est dans quel camp, nous oublions la seule question fondamentale : pourquoi faisons-nous société ?

Sommes-nous tous en train de nous comporter comme Orphée ? Orphée avait convenu avec le Dieu des enfers de ne pas se retourner tout au long du trajet de retour des enfers vers la surface en contrepartie de quoi le dieu s’engageait à laisser repartir Eurydice, l’amour d’Orphée. Ne pas se retourner, ne pas regarder qui le suivait, ne pas vérifier qu’Eurydice était bien derrière lui, il avait promis de suivre son projet, de ne pas perdre de vue son ambition. Pourtant, Orphée a tout perdu en cédant à la tentation de la vérification. Qui est derrière moi ? Qui me suit ? Oui il s’est retourné pour se rassurer momentanément. Il a assouvi son besoin de contrôle mais Il a perdu de vue sa promesse et la finalité de sa démarche. Le doute qu’a ressenti Orphée, notre société l’éprouve. Ce doute trahit la perte de confiance en l’avenir. Et comme le dit ma grand-mère : "La confiance se gagne en grammes mais se perd en tonnes !".

En réduisant l’avenir à un simple casting d’ego, à vérifier qui est dans quel camp, nous oublions la seule question fondamentale : pourquoi faisons-nous société ? Quelles sont les valeurs portées par tel ou tel autre projet ? Pourquoi agir ?

La ferveur autour du Pape ou l’émotion universelle lors des concerts de Céline Dion le prouvent : nous n’avons pas besoin de nouveaux maîtres à penser, mais de figures capables de porter des valeurs et d’incarner une sincérité brute. L’authenticité ne réside pas dans un titre ou une ambition personnelle, mais dans la capacité à créer du partage, un bien commun en accueillant la richesse de nos diversités.

Et si derrière toutes ces révoltes actuelles, il y avait une recherche non avouée, un besoin de créer du lien, la recherche d’une dynamique collective. Albert Camus disait : "Je me révolte, donc nous sommes". Et si les sinistrés du Porge, les lycéens, les dirigeants, les agriculteurs se révoltaient pour tenter de sortir de l’isolement et partager des valeurs. Pour dépasser ces crises et réinventer nos organisations, ne devrions-nous pas déplacer notre regard de la personne vers la finalité, vers l’ambition, vers le projet d’avenir ?


Nos tribunes Lignes ouvertes en cliquant ici…


La légitimité de demain ne s’obtiendra pas au travers d’un mandat ou d’un masque affiché. Elle appartiendra à celles et ceux qui sauront tisser des liens, dépasser les fractures. Sera légitime celui qui rassemble et construit en incarnant le "pourquoi" contrairement à celui qui clive et isole. Il serait peut-être bon de prendre le temps, pour réfléchir à nos valeurs et quelles actions nous devons mener pour les faire vivre et ne pas les perdre de vue sur le long terme. Prendre le temps de rechercher le pourquoi des revendications pour ne pas se tromper et démasquer les actions court-termistes qui ont vocation de nous contrôler.