taraskuzio.com

"Nous envisageons une saison grippale peut-être quelque peu décalée" : la grippe en 10 questions/réponses

Alors que les premiers maux de gorge, toussotements, écoulements de nez et autres joyeusetés de saison ne sont pas faits attendre, l'heure est (re-) venue de se préparer à affronter le virus Influenza et s'en protéger au mieux. Aux Pr Marc Van Ranst, professeur de virologie et d'épidémiologie à la KULeuven, au Dr Aurore Girard, présidente de la Société scientifique de médecine générale (SSMG) et à Nicolas Echement, chargé de communication à l'Association pharmaceutique belge (APB), nous avons adressé nos questions. Voici leurs réponses.

1. Quel bilan dresser et quelles leçons tirer de la saison grippale 2025-2026 en Belgique ?

Marc Van Ranst : Ce n'était pas la saison la plus complexe que nous ayons eu à gérer jusqu'à présent. Nous avons connu bien pire, notamment l'année précédente, que ce soit en termes de chiffres d'hospitalisations ou de symptômes sévères. L'épidémie grippale avait duré environ 13 semaines, de décembre à février. Si cette saison 2025-2026 a été moins lourde que la saison exceptionnelle précédente, elle a néanmoins à nouveau exercé une pression importante sur les soins de santé. Les personnes âgées, les patients atteints de maladies cardiovasculaires et les autres groupes à risque sont restés particulièrement vulnérables aux complications sévères. Nous avons observé une surmortalité d'environ 10,8 %, soit 2562 décès de plus de prévu.

"Il y a en effet une saturation au niveau de l'hôpital. Les spécialistes du terrain voyaient venir cette surcharge"

2. Peut-on dans une certaine mesure prévoir à quoi s'attendre pour la prochaine saison, notamment quant à la sévérité d'une épidémie ?

MVR : C'est toujours très difficile à dire, mais les premières indications sont plutôt rassurantes. On constate en tout cas qu'en Australie, pays qui nous sert généralement de premier indicateur pour les timings de la saison de la grippe, le démarrage semble avoir été plus tardif que les années précédentes. Donc oui, nous envisageons une saison peut-être quelque peu décalée, mais pas de différence majeure au niveau de la gravité de la maladie. Elle semble en tout cas très similaire à la souche de 1968 (NdlR : dont le virus H3N2 est le descendant direct), ce qui permet de penser qu'une partie de la population belge sera déjà, au moins partiellement immunisée. L'Australie reste pour nous un baromètre important du futur hiver européen. Cette année, nous observons en Australie une vague grippale tardive, qui se situe probablement encore autour de son pic.

3. Que dire des souches influenza en circulation ?

MVR : Il s'agit presque exclusivement d'influenza A, avec le H3N2 comme principal sous-type, et encore peu d'influenza B. Globalement, la saison australienne reste clairement plus modérée que l'année record 2025, mais la pression sur les services d'urgence y est localement importante, surtout chez les enfants scolarisés. Nous ne pouvons pas prédire la gravité de notre propre saison. La vaccination annuelle reste importante, en particulier pour les personnes âgées et les groupes à risque.

4. Quels sont les différents vaccins disponibles et leurs spécificités ?

MVR : Les vaccins traditionnels, les vaccins trivalents et ce que nous appelons les vaccins "renforcés", qui sont des vaccins contenant une dose plus élevée de principe actif, ou dont l'effet est renforcé par des produits adjuvants. Le point le plus important pour cette saison, c'est certainement le passage définitif des vaccins antigrippaux à dose standard aux vaccins renforcés pour les 65 ans et plus. Pour les adultes à partir de 65 ans, le Conseil Supérieur de la Santé (CSS) confirme en effet à nouveau sa préférence pour les vaccins antigrippaux à haute dose ou adjuvantés, car ceux-ci répondent mieux au vieillissement du système immunitaire et offrent une protection plus forte contre les formes graves de la maladie.

6. Qui devrait impérativement se faire vacciner, quelles sont les recommandations et les éventuelles contre-indications ?

MVR : Le personnel soignant, très clairement, ils sont en première ligne et leur immunité peut clairement s'avérer protectrice pour quiconque se retrouve dans un service hospitalier.

Aurore Girard : En dehors de cela, les groupes à risques habituels : les personnes de 65 ans et plus -pour elles, c'est littéralement crucial-, les patients de plus de 6 mois avec une affection chronique, même stabilisée (diabète, maladie cardio-vasculaire,…) Avec deux types de formules : les vaccins renforcés, qui contiennent 4 fois plus d'antigènes, et les vaccins qui contiennent une dose classique, mais dont l'effet est renforcé par un produit adjuvant.

Le CSS souligne dans ses recommandations les plus récentes que la vaccination annuelle contre la grippe reste le moyen le plus efficace de prévenir les formes graves, les hospitalisations et les décès liés à l'influenza. Il recommande la vaccination en priorité pour tous les adultes à partir de 65 ans ; les personnes résidant en maison de repos et de soins ou dans une autre institution de soins ; les personnes atteintes de maladies chroniques ; les femmes enceintes ; les personnes ayant un IMC ≥ 40 et les enfants soumis à un traitement prolongé à l'aspirine. Les personnes vivant sous le même toit que des patients vulnérables à risque ainsi que les personnes qui, dans le cadre de leur activité professionnelle, sont en contact avec des porcs ou des volailles sont également prioritaires pour la vaccination. Surtout, le vaccin réduit le risque de complications graves, d'hospitalisation (-37 %), d'admission aux soins intensifs (-82 %) ou de décès (-31 %).

En Belgique, la couverture vaccinale des adultes reste "structurellement insuffisante"

6. Comment s'y prendre pour se faire vacciner, à partir de quand, jusqu'à quand, et où ?

AG : La période de vaccination se déroule généralement entre le 15 octobre et le 15 novembre mais peut se poursuivre selon le début de l'épidémie. Cela peut être réalisé chez le médecin de famille ou même chez le/la pharmacien/ne. C'est également une bonne opportunité, pour ceux qui le souhaitent, de se faire vacciner contre le Covid au même moment.

En revanche, le vaccin combiné grippe/Covid de Moderna (mCombriax/mRNA-1083) n'est pas encore disponible en Belgique, cette saison. Rappelons qu'il faut compter 10 à 15 jours après l'injection pour que le corps développe une protection efficace.

Nicolas Echement : S'il se confirme que la grippe arrive, comme l'an dernier, un plus tard qu'habituellement, soit en janvier, rien ne sert que tout le monde se précipite dès aujourd'hui pour se faire vacciner. Le moment où le vaccin s'avérera le plus efficace sera décalé par rapport au moment où la grippe devrait arriver chez nous. Le but n'est pas de se faire vacciner une seconde fois. Pour une couverture optimale, il faut se faire vacciner 4 à 6 semaines avant l'arrivée du virus, soit a priori plutôt vers mi-novembre mi-décembre. On se rend compte en effet que la grippe arrive de plus en plus tard en Belgique.

7. Quand se faire vacciner et combien cela coûte-t-il ?

AG : La vaccination protège dans les 10-15 jours suivant l'injection. Quant au prix, le remboursement complémentaire dépend de la mutualité à laquelle la personne est affiliée et du choix effectué entre médecin généraliste ou pharmacien mais le prix effectivement payé, si le patient remplit les conditions médicales qui le placent dans le public prioritaire, se situera entre 3 et 8 euros. Plus précisément : pour la saison 2026-2027 : vaccin grippe : 17,74 € et vaccin grippe haute dose : 30,87 €. Ticket modérateur groupes à risque : environ 4 € (vaccin classique) ; 3€ si patient BIM et environ 8 € (>65 ans) et 5€ si patient BIM.

8. Est-il exact que certains vaccins sont en rupture de stock, si oui lesquels et quelles conséquences ?

MVR : D'après les informations dont nous disposons la campagne de vaccination n'est pas compromise pour la saison 2026-2027.

NE : À l'heure actuelle, il n'y a en principe pas de rupture à craindre. Cependant, le fait est que, au vu de la complexité de la production des vaccins en raison des souches identifiées cette saison, il pourrait y avoir des retards de livraison. Cela dit, l'AFMPS (Agence fédérale des médicaments et produits de santé) se veut rassurante. Selon elle, il ne devrait pas y avoir de problèmes d'approvisionnement dans la mesure où une partie des vaccins ont déjà été livrés en officines. On devrait donc pouvoir tenir jusqu'au pic de vaccination en novembre, moment où devraient arriver de nouvelles livraisons. En outre, vu que les recommandations du CSS préconisent de vacciner les 65 ans et + (soit environ un tiers de la population) avec un vaccin hautement dosé ou adjuvanté, cela devrait diminuer le problème de volume de vaccins classiques disponibles pour l'ensemble de la population.

Le Covid fait son retour en Belgique : "Depuis fin août, on est un peu surpris. C'est à suivre de près"

9. Quid du Covid déjà bel et bien de retour en Belgique et qu'en est-il de la vaccination ?

MVR : Le Covid 19, variant Omicron, est effectivement présent en Belgique, avec cette caractéristique qu'il est particulièrement contagieux mais presque toujours bénin, au point qu'il accompagne souvent d'autres affections telles que la grippe, sans forcément être répertorié. Les analyses des eaux usées dans les centres urbains nous permettent toutefois d'en suivre l'évolution.

10. Que dire des autres virus respiratoires contre lesquels se prémunir ?

MVR : Cela reste très difficile à dire ; les virus changent, évoluent au fil du temps. Le virus respiratoire syncitial, ou RSV, par exemple, reste une affection importante, qui accentue la pression sur les services hospitaliers.

La Belgique est-elle mieux préparée à une pandémie? "Une chose a été décevante cet hiver lorsqu'on est passé en code orange à cause de la grippe"

Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.